Cyberattaques : pourquoi l’Afrique est-elle dans le viseur des pirates ?
L’Afrique connaît l’une des croissances numériques les plus rapides au monde. Plus de 1,1 milliard d’abonnements mobiles et près de 570 millions d’internautes utilisent aujourd’hui les services numériques pour effectuer leurs paiements, accéder aux services publics, se soigner ou encore suivre leur scolarité. Cette transformation constitue un formidable levier de développement économique, mais elle ouvre également la porte à une nouvelle génération de menaces.
Le rapport 2026 d’INTERPOL souligne que cette expansion s’est opérée plus rapidement que le développement des dispositifs de cybersécurité. Les réseaux criminels profitent ainsi des lacunes réglementaires, du manque d’expertise technique et des différences législatives entre les pays pour multiplier leurs opérations.
Cette évolution marque un changement de dimension. Les cyberattaques ne sont plus des incidents isolés mais s’inscrivent dans un véritable écosystème criminel transnational, capable d’agir simultanément dans plusieurs pays.
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L’intelligence artificielle change les règles du jeu
L’une des principales nouveautés mises en avant par INTERPOL concerne l’utilisation massive de l’intelligence artificielle par les cybercriminels.
Les outils d’IA permettent désormais de créer des courriels de phishing extrêmement crédibles, de fabriquer des vidéos truquées (deepfakes), de générer de fausses identités ou encore d’automatiser des campagnes de fraude à grande échelle.
Les rançongiciels évoluent également. Les groupes criminels ciblent de plus en plus les hôpitaux, les réseaux électriques, les administrations publiques ou encore les établissements scolaires afin de maximiser la pression exercée sur les victimes.
Autre phénomène inquiétant : la démocratisation du « Cybercrime-as-a-Service ». Sur le dark web, il devient possible de louer des outils de piratage sans disposer de compétences techniques avancées, ce qui favorise l’arrivée de nouveaux acteurs criminels.
Les arnaques en ligne restent la menace numéro un
Selon INTERPOL, les escroqueries en ligne demeurent la forme de cybercriminalité la plus répandue sur le continent.
Les fraudes liées au mobile money, les usurpations d’identité, les faux investissements en cryptomonnaies ou encore les escroqueries sentimentales figurent parmi les techniques les plus utilisées.
Le rapport révèle que 97% des pays ayant participé à l’enquête considèrent les fraudes liées au mobile money comme une menace majeure. Les cybercriminels exploitent les réseaux sociaux, les applications de messagerie et les plateformes de paiement mobile afin de piéger leurs victimes.
L’apparition de véritables « scam centres », parfois liés à des réseaux de traite humaine, inquiète également INTERPOL. Ces structures fonctionnent comme de véritables entreprises criminelles spécialisées dans les arnaques numériques.
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Une cybercriminalité qui coûte des milliards
Les conséquences économiques sont considérables.
Les pertes déclarées liées à la cybercriminalité sont passées de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions de dollars en 2025. Plus largement, INTERPOL estime que les dommages directs pourraient atteindre au moins 5 milliards de dollars à l’échelle du continent.
Dans le même temps, le nombre de victimes identifiées est passé de 35.000 à 87.000 en seulement un an, illustrant l’ampleur de la progression des attaques.
Les services financiers, les télécommunications, les administrations publiques et les infrastructures critiques figurent parmi les secteurs les plus exposés.
Des réponses encore inégales selon les régions
Toutes les régions africaines ne sont pas confrontées aux mêmes risques.
L’Afrique australe concentre les attaques les plus sophistiquées, notamment contre les infrastructures critiques. L’Afrique de l’Ouest reste particulièrement touchée par les fraudes financières et les compromissions de messagerie professionnelle (Business Email Compromise). En Afrique de l’Est, les attaques ciblent davantage les services de paiement mobile, tandis que l’Afrique centrale souffre d’un manque de capacités techniques et d’un sous-signalement important des incidents.
Cette diversité complique la coopération régionale, les cadres juridiques et les moyens techniques demeurant très variables d’un pays à l’autre.
Une coopération devenue indispensable
Pour INTERPOL, la réponse passe nécessairement par une coopération renforcée entre les États africains, les forces de l’ordre, les acteurs privés et les organisations internationales.
L’organisation appelle à harmoniser les législations, développer les capacités d’enquête numérique, améliorer les échanges d’informations et investir davantage dans la cybersécurité.
Le rapport met également en avant plusieurs opérations conjointes menées récemment, qui ont permis des centaines d’interpellations et le démantèlement de réseaux spécialisés dans les escroqueries en ligne, preuve que la coopération internationale peut produire des résultats concrets.
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L’Afrique face à un défi stratégique
Au-delà de la seule dimension technologique, INTERPOL estime que la cybercriminalité est désormais un enjeu de sécurité économique et de stabilité institutionnelle pour le continent.
L’essor de l’intelligence artificielle, l’explosion des services numériques et la sophistication croissante des groupes criminels imposent une adaptation rapide des politiques publiques. Sans investissements durables, sans coopération régionale renforcée et sans sensibilisation accrue des citoyens, les cybercriminels continueront d’exploiter les failles d’un continent dont la transformation numérique ne cesse de s’accélérer.