Sénégal : la lente accalmie après des manifestations réprimées dans le sang

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Sénégal : la lente accalmie après des manifestations réprimées dans le sangManifestation des partisans du chef de l’opposition sénégalaise, Ousmane Sonko, à Dakar, au Sénégal, le 29 mai 2023. © Zohra Bensemra / Reuters
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À Dakar, la tension retombe progressivement. Pourtant, depuis le 1er juin, date à laquelle Ousmane Sonko, principal opposant au président sénégalais, Macky Sall, a été condamné à deux ans de prison pour «corruption de la jeunesse», le pays est en proie à des violences sans précédent. Les manifestants protestent contre la condamnation du leader de l’opposition et continuent de redouter une arrestation du candidat déclaré pour la présidentielle de 2024.

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Plusieurs quartiers qui avaient connu des accès de violence jeudi et vendredi dans la capitale sont restés calmes samedi. Dimanche, la présence des forces de l’ordre a légèrement diminué dans la capitale, où de nombreux magasins sont restés fermés.

Le ministère de l’Intérieur a communiqué sur une «nette baisse des points de tension et des arrestations». «Beaucoup d’activités ont repris hier [samedi] soir et ce [dimanche] matin avec la fin de l’interdiction de la circulation des motocycles», a-t-il ajouté.

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Un «climat de terreur», selon les mots du directeur d’Amnesty Sénégal, Seydi Gassama. Un épisode qui rappelle le déferlement de manifestations spontanées survenues en mars 2021 après l’arrestation d’Ousmane Sonko, perçue comme un abus du pouvoir. Cinq jours d’émeutes durant, 14 manifestants avaient perdu la vie, dont 12 à la suite de tirs par balles de la police, de la gendarmerie et de l’armée.

16 morts, plus de 350 blessés et 500 arrestations

Faisant le point dans la soirée du dimanche 4 juin, la police nationale sénégalaise a indiqué que les heurts ont fait, à date, 16 morts parmi les manifestants. Le parti de Sonko donne, lui, un bilan de 19 morts parmi les manifestants et continue d’exhorter les Sénégalais «à se défendre par tous les moyens et à riposter».

Par ailleurs, la Croix-Rouge a annoncé, dans un communiqué, avoir porté secours depuis le début des troubles à 357 manifestants blessés, dont une femme enceinte, et 36 éléments des forces de l’ordre. 78 personnes étaient blessées grièvement et ont été évacuées vers des structures de santé.

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Le ministre sénégalais de l’Intérieur, Antoine Félix Diome, a indiqué qu’«environ 500 arrestations» ont été menées depuis le début du mouvement contestataire. Et de préciser que certains parmi eux appartiennent à des formations politiques, mais la majorité n’ont pas d’appartenance partisane.

«Des armes blanches» ont été également «saisies» dans un contexte de «saccages et pillages de magasins» par «des bandits de grand chemin» qui «s’invitent dans les manifestations» de l’opposition, révèle de plus le quotidien national Le Soleil.

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Des milices privées et une suspension d’internet

Les forces de sécurité restent pourtant omniprésentes dans la capitale. L’armée s’est déployée, comme la veille, autour de points stratégiques.

Mais les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) ont accusé, dimanche, le pouvoir d’utiliser «des milices privées» pour «mater» les populations civiles et condamné «la répression meurtrière des forces de défense et de sécurité» et accusent

Le gouvernement dénonce pour sa part les «actes de vandalisme et de banditisme» et accuse les partisans de Sonko d’être soutenus par des «forces occultes», «des étrangers» venus «déstabiliser le pays» et le «plonger dans le chaos».

Alors que les deux camps se renvoient mutuellement la responsabilité des violences, le gouvernement a annoncé suspendre «temporairement» l’accès à Internet sur les téléphones, «en raison de la diffusion de messages haineux et subversifs». Les réseaux sociaux ont, en effet, participé au déclenchement de la contestation : mobilisation, appels à manifester, publication de vidéos…,

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«L’État du Sénégal a décidé en toute souveraineté de suspendre temporairement l’usage de certaines applications digitales par lesquelles se font des appels à la violence et à la haine», a justifié le ministre de l’Intérieur dans la nuit de jeudi à vendredi, alors que les réseaux sociaux, comme WhatsApp, Facebook ou Twitter, étaient souvent indisponibles depuis la veille.

«L’internet des données mobiles est suspendu temporairement sur certaines plages horaires», explique un communiqué du ministère sénégalais de la Communication, des Télécommunications et de l’Économie numérique. Cette suspension temporaire est renouvelée toutes les 24 heures «selon l’évolution de la situation», explique le ministre de la Communication, Moussa Bocar Thiam. Les Sénégalais, eux, dénoncent un huis-clos.

«La plupart des internautes soutiennent Ousmane Sonko, et même les artistes sont avec lui. C’est ce qui dérange les autorités qui ont coupé la connexion aux réseaux sociaux. Mais il n’en demeure pas moins que les internautes défendent la cause de Sonko», a déclaré un citoyen sénégalais à Africanews.

Amnesty International a dans un communiqué fustigé les restrictions au droit à la liberté d’expression et à l’information. «Ces restrictions au droit à la liberté d’expression et à l’information constituent des mesures arbitraires contraires au droit international, et ne sauraient être justifiées par des impératifs de sécurité», a indiqué la directrice régionale d’Amnesty International, Samira Daoud.

Appels à la retenue

L’ONG a appelé les autorités à rétablir les réseaux sociaux. Vendredi 2 juin, la communauté internationale, des représentants d’associations et des stars de football comme l’attaquant vedette Sadio Mané ont appelé à la retenue et à cesser les violences dans ce pays, réputé être un rare îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest.

Parallèlement, le groupe Anonymous, qui avait déjà attaqué plusieurs sites officiels, a revendiqué le 2 juin une «une cyberattaque massive sur des sites Web très médiatisés du gouvernement sénégalais contre la brutalité policière contre les manifestants». Le site de la primature était ainsi bloqué le 3 juin dans la journée.

Le candidat à la présidentielle se dit victime d’une «tentative de liquidation politique», et se dit depuis «séquestré» dans sa résidence de Dakar par des forces de sécurité qui empêchent quiconque d’approcher.

Ousmane Sonko peut désormais être arrêté «à tout moment», a expliqué le garde des Sceaux Ismaïla Madior Fall. Ce dimanche, il a rappelé sur une radio locale que «l’exécution de la décision de la justice incombe au parquet». Or, il a expliqué que la décision de justice n’était pas encore rédigée. Il n’y a pas de délai pour l’exécution de la décision de justice, mais elle a vocation à être appliquée, a-t-il rappelé.

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Samedi soir, un des chefs de file de la coalition de l’opposition et maire de Dakar, Barthélémy Dias, a appelé le président Macky Sall à s’exprimer et à renoncer à une candidature à un troisième mandat.

Après plusieurs déclarations dans lesquelles il affirmait qu’il ne se présenterait pas en 2024, Macky Sall laisse à présent planer le doute sur une candidature. Ses opposants estiment qu’il ne peut aller au-delà de ses deux mandats légaux.

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