Transit
Ils ont atterri à Lungi un mercredi matin. Neuf. On avait annoncé 25. Aucun des neuf n’est Sierra-Léonais. Sénégalais, Nigérians, Ghanéens, Guinéens… Expulsés des États-Unis. Posés à Freetown, parce que le gouvernement de ce pays d’Afrique de l’Ouest a signé un papier avec Washington en échange de quoi exactement ? On ne sait pas vraiment.
En janvier, Washington avait bloqué les visas pour les Sierra-Léonais. Coopération insuffisante, disaient-ils. Maintenant, il y a un accord. Bon. Ces neuf personnes vont rester 15 jours à l’hôtel puis rentrer chez elles. C’est ce qu’on dit. La société civile parle de « chantage déguisé ».
Au Ghana on avait dit pareil. Certains expulsés envoyés là-bas avaient des protections juridiques américaines. Ils sont quand même repartis vers des pays qu’ils avaient fuis. Les détails de ce qui s’est passé ensuite sont flous. Les détails restent souvent opaques. Aucun mécanisme de recours local n’est prévu dans ces accords. Une fois sur le sol africain, la juridiction américaine s’évapore.
La CEDEAO n’a pas réagi. Elle a un texte quelque part sur la libre circulation. Cette semaine, elle s’est occupée d’autre chose. Ce qui se passe à Freetown ce n’est pas une exception. Le Rwanda a fait pareil avec les Britanniques il y a deux ans. Maintenant la Sierra Leone avec les Américains. Le Ghana avant. D’autres capitales regardent, certaines ont leurs propres problèmes de visas avec Washington.
On sait comment ça finit. Neuf personnes à Lungi. Un mercredi ordinaire…