Afrique : l’autosuffisance en carburants est-elle réaliste ?
De longues files d'attente à une station-service de Bamako, où le carburant manque en raison d'un embargo imposé par le Jnim sur les importations de carburant, le 7 octobre 2025 à Bamako © AP L’Afrique peut-elle couvrir ses besoins en carburants grâce à ses propres capacités de raffinage d’ici à 2030 ? L’objectif a été défendu par l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote, mercredi 30 septembre, lors de la pose de la première pierre d’une future raffinerie à Lamu, au Kenya. Le projet, dont la capacité annoncée atteint 700.000 barils par jour, s’inscrit dans une dynamique de développement des infrastructures pétrolières sur le continent.
Pour atteindre l’autosuffisance, l’Afrique devrait disposer de capacités de raffinage supérieures à quatre millions de barils par jour, selon les éléments rapportés par RFI. Le continent produit actuellement environ cinq millions de barils de pétrole brut quotidiennement, mais une partie importante de ses besoins en produits raffinés reste couverte par les importations.
Plusieurs projets pourraient contribuer à réduire cet écart. Au Nigeria, la raffinerie Dangote de Lekki prévoit une extension d’ici à fin 2028, qui porterait sa capacité à environ 1,4 million de barils par jour. D’autres initiatives sont en cours ou envisagées au Ghana, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Angola, au Niger et au Tchad.
Pour Charles Thiémélé, directeur Afrique du négociant en produits pétroliers BGN, l’objectif est réaliste. Il estime que les nouvelles installations et la modernisation des raffineries existantes permettront de mieux répondre à la demande locale, notamment en essence et en gazole.
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Des obstacles au-delà de la production
L’augmentation des capacités industrielles ne garantit toutefois pas, à elle seule, l’autosuffisance. Au Nigeria, malgré le potentiel de la raffinerie Dangote, l’approvisionnement du marché reste confronté à des difficultés de transport et de stockage. Les produits raffinés sont notamment acheminés par camions, un système qui peut accroître les coûts et compliquer la distribution vers certaines régions.
Le développement des pipelines et des capacités de stockage constitue ainsi un enjeu majeur, particulièrement pour les pays enclavés. La compétitivité des carburants produits localement représente un autre défi : ils doivent pouvoir rivaliser avec les produits importés.
L’enjeu est également économique. En raffinant davantage son pétrole sur place, l’Afrique pourrait conserver une plus grande part de la valeur ajoutée liée à sa transformation. Mais la réalisation de cet objectif d’ici à 2030 dépendra de la concrétisation des projets annoncés, de leur rendement et de la capacité des réseaux de distribution à acheminer les carburants jusqu’aux consommateurs.