Kenya : la méga-raffinerie de Lamu divise déjà avant sa construction
Au Kenya, le lancement du chantier d’une méga-raffinerie à Lamu, sur la côte nord-est, marque une nouvelle étape dans l’ambition du pays de réduire sa dépendance aux importations de carburants. Inauguré mercredi 30 septembre en présence du président William Ruto, du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et de plusieurs dirigeants africains, le projet est porté par le groupe nigérian Dangote et vise une capacité de traitement de 700.000 barils par jour d’ici 2030.
Présentée comme un levier d’industrialisation pour le Kenya et l’Afrique de l’Est, l’infrastructure est cependant contestée dès son démarrage. Des habitants du comté de Lamu ont saisi la justice, estimant que les terres concernées par le projet empiètent sur des zones occupées par leurs familles, tandis que des inquiétudes émergent aussi sur ses effets environnementaux dans une région côtière sensible.
Une méga-raffinerie au cœur des ambitions énergétiques du Kenya
Le projet représente un investissement annoncé de 16 milliards de dollars et doit être adossé à une centrale électrique de 1.000 mégawatts. Selon ses promoteurs, une partie de cette production d’électricité alimentera le réseau kényan, tandis que la raffinerie doit approvisionner non seulement le marché intérieur, mais aussi les pays voisins, dans une logique d’intégration régionale de l’Afrique de l’Est. Cette orientation s’inscrit dans les priorités défendues au niveau continental par l’Union africaine et la Banque africaine de développement, qui plaident pour une transformation locale accrue des ressources africaines.
Pour Nairobi, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de limiter la facture des importations de produits raffinés, dans un contexte où de nombreux pays africains exportent du brut mais importent encore l’essentiel de leurs carburants transformés. A l’échelle du continent, environ 70% des carburants consommés seraient importés, malgré d’importantes ressources pétrolières. La future installation de Lamu s’ajouterait ainsi aux capacités déjà développées au Nigeria, dans une tentative de rééquilibrage industriel au profit du raffinage africain.
Mais cette ambition se heurte à plusieurs limites immédiates. Le brut destiné à alimenter la future méga-raffinerie devrait, dans un premier temps, provenir en partie de régions extérieures à l’Afrique, les capacités de production du Kenya et de ses voisins restant insuffisantes pour répondre seuls aux besoins d’une telle installation. À cela s’ajoutent les oppositions locales, dans une zone où les questions foncières, les activités de pêche et la préservation du littoral sont particulièrement sensibles. Le dossier illustre ainsi une tension plus large observée sur le continent : accélérer l’industrialisation énergétique tout en sécurisant l’adhésion des populations concernées et en répondant aux exigences sociales, foncières et environnementales. Pour le Kenya, la réussite du projet dépendra donc autant de sa faisabilité industrielle que de sa capacité à surmonter ces contestations naissantes.