Commerce intra-africain : 77 milliards de dollars en jeu

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Commerce intra-africain : 77 milliards de dollars en jeuImage d'illustration © DR
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L’Afrique pourrait accroître de près d’un tiers ses échanges commerciaux internes en comblant les écarts actuels entre l’offre et la demande. Selon Afreximbank, le potentiel d’exportation intra-africain inexploité dépassait 77 milliards de dollars en 2024, notamment dans les produits manufacturés et transformés.

L’Afrique dispose encore d’une marge considérable pour développer ses échanges commerciaux à l’intérieur du continent. Selon l’Annual Trade Development Effectiveness Report 2025 d’Afreximbank, le potentiel d’exportation intra-africain non exploité dépassait 77 milliards de dollars en 2024. Ce montant représente environ 40% de la valeur actuelle du commerce intra-africain et pourrait permettre aux échanges régionaux de progresser de près d’un tiers si les principaux écarts de marché et de politique commerciale étaient résorbés.

L’estimation, reprise par Afreximbank à partir de son Africa Trade Report, met en évidence une faiblesse qui ne tient pas uniquement au niveau de production des économies africaines. Le potentiel inexploité se concentre principalement dans les produits manufacturés et transformés. Pour la banque panafricaine, le déficit commercial observé reflète ainsi davantage une fragmentation des marchés régionaux et une exploitation insuffisante des capacités industrielles qu’un manque de compétitivité des matières premières africaines.

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Les produits transformés au cœur du potentiel

Le rapport souligne d’ailleurs que le commerce intra-africain présente une structure plus diversifiée que les échanges du continent avec le reste du monde. Les produits manufacturés et semi-transformés représentent plus de 60% des exportations intra-africaines, contre seulement 13 à 17% des exportations destinées aux marchés extérieurs. Ces dernières restent largement dominées par les matières premières, qui représentent entre 65 et 75% des exportations extra-africaines selon les estimations citées dans le rapport.

Cette configuration fait du marché continental un levier potentiel de diversification économique. Les catégories de produits présentant les perspectives d’exportation les plus importantes comprennent notamment les machines, l’électricité, les véhicules et leurs pièces détachées, les produits alimentaires, les minerais, les produits de beauté, les produits chimiques, les plastiques et le caoutchouc, ainsi que les métaux ferreux, les pierres précieuses et les engrais.

À elles seules, les dix principales catégories identifiées représentent 41,6 milliards de dollars de potentiel d’exportation intra-africain inexploité. Les minerais, y compris les minerais à valeur ajoutée, arrivent en tête avec environ 9,4 milliards de dollars, devant les machines et appareils mécaniques, estimés à 6,7 milliards. Le potentiel reste également important dans les véhicules, les équipements électriques, l’agroalimentaire, la chimie et les plastiques.

Une faible complémentarité entre les marchés

L’un des principaux obstacles identifiés par Afreximbank réside dans le décalage entre l’offre et la demande au sein du continent. L’Afrique affiche un indice de complémentarité commerciale inférieur à 0,35, nettement en dessous de ceux observés en Europe, en Asie ou dans les Amériques. Autrement dit, la production d’un pays ne correspond pas toujours aux besoins d’importation de ses partenaires africains.

Cette faible complémentarité limite la capacité des entreprises à trouver des débouchés régionaux, même lorsque les capacités de production existent. Afreximbank estime que la diversification des produits, la modernisation industrielle et la mise en place de chaînes d’approvisionnement régionales mieux coordonnées sont donc essentielles pour transformer le potentiel identifié en échanges effectifs.

L’enjeu dépasse ainsi la seule suppression des droits de douane. Le rapport met en avant les difficultés liées aux procédures frontalières, aux normes, à la logistique, aux paiements et au financement du commerce intra-africain. Le continent compte plus de 100 frontières terrestres séparant 55 pays. Les opérateurs peuvent y être confrontés à des procédures douanières répétitives, à des exigences documentaires différentes, à des délais de dédouanement importants et à des systèmes de garanties de transit disparates. Ces contraintes augmentent les coûts de transport et perturbent les chaînes d’approvisionnement.

La fragmentation réglementaire constitue une autre difficulté. Les entreprises doivent composer avec des normes de produits, des procédures de certification, des régimes de licences et des documents douaniers qui varient d’un marché à l’autre. Pour les petites et moyennes entreprises, ces exigences peuvent représenter un obstacle particulièrement important à l’accès aux marchés régionaux.

L’AfCFTA comme levier de rattrapage

C’est dans ce contexte que le rapport présente la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA) comme un instrument central pour réduire les barrières commerciales et rapprocher la production régionale de la demande continentale. Afreximbank considère que la mise en œuvre effective de l’accord peut contribuer à améliorer la complémentarité entre les économies africaines et à transformer le potentiel commercial inexploité en flux commerciaux réels.

La banque indique avoir consacré une partie importante de ses interventions à cet objectif. En 2025, elle a facilité une hausse de près de 8,7 milliards de dollars de la valeur du commerce intra-africain. Au total, ses investissements ont atteint 22,4 milliards de dollars à travers 183 opérations, auxquels se sont ajoutés 6,2 milliards de dollars de garanties et 13,1 milliards de dollars de cofinancements mobilisés.

Parmi les instruments mis en avant figure le Pan-African Payments and Settlement System (PAPSS), destiné à réduire la fragmentation monétaire et les coûts liés aux paiements transfrontaliers. En 2025, le système a traité des opérations impliquant 72 banques commerciales réparties dans 27 pays africains ainsi qu’une fintech. Le montant moyen des transactions instantanées s’est établi à 1.083 dollars, un niveau que le rapport associe notamment à une adoption accrue par les PME et les clients de détail.

Afreximbank soutient également l’harmonisation des normes. Avec l’Organisation africaine de normalisation, la banque a contribué à l’harmonisation de 385 normes pharmaceutiques, dont 114 approuvées en 2025. Dans les secteurs de la mode, du textile et du cuir, 168 normes ont été harmonisées, dont 32 au cours de l’année.

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Un potentiel qui dépend de la transformation industrielle

Au-delà des échanges eux-mêmes, le chiffre de 77 milliards de dollars met en lumière l’enjeu industriel auquel le continent est confronté. Une part importante du potentiel se situe dans des secteurs où l’augmentation du commerce intra-africain dépend de capacités de transformation, de chaînes de valeur intégrées et d’infrastructures adaptées.

Le rapport insiste ainsi sur la nécessité d’aligner les politiques commerciales avec les politiques industrielles. La progression des échanges intra-africains ne repose pas seulement sur la capacité à vendre davantage, mais aussi sur celle à produire des biens correspondant à la demande des autres marchés du continent. Les minerais, les machines, l’automobile, l’agroalimentaire, la chimie et les produits électriques apparaissent ainsi comme autant de secteurs où la création de valeur régionale peut être renforcée.

Le financement constitue toutefois un autre frein. Afreximbank estime que le déficit annuel de financement du commerce intra-africain dépasse 120 milliards de dollars. En 2025, la banque affirme avoir contribué à réduire ce déficit de 18,7%. Elle a accordé 80 lignes de financement du commerce intra-africain, pour un montant total de 4,8 milliards de dollars, dans 26 pays, lesquelles ont donné lieu à 58.952 sous-prêts destinés aux PME.

Le rapport présente donc les 77 milliards de dollars non exploités moins comme une prévision que comme une mesure de l’espace commercial actuellement laissé vacant. Sa concrétisation dépendra de la capacité des économies africaines à réduire les coûts du commerce, harmoniser les règles, améliorer les infrastructures, développer leurs capacités industrielles et mieux faire correspondre l’offre et la demande entre pays.

Pour Afreximbank, la mise en œuvre de l’AfCFTA constitue le principal cadre permettant de répondre à ces contraintes. Mais le rapport souligne implicitement que l’intégration commerciale ne pourra produire son plein effet sans une transformation des structures productives. Le potentiel de 77 milliards de dollars apparaît ainsi comme le reflet d’un marché continental encore fragmenté, mais aussi comme une opportunité de renforcer les chaînes de valeur africaines et de réduire la dépendance du continent à l’égard des marchés extérieurs.

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