Énergie, inflation, alimentation : le FMI alerte sur les fragilités africaines

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Le FMI alerte sur la vulnérabilité de plusieurs pays africains face au choc énergétiqueSiège du FMI, Washington DC © DR
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Le FMI alerte sur les effets inégaux d’un nouveau choc énergétique mondial, dont les répercussions se font déjà sentir sur les économies africaines les plus fragiles. Si la croissance mondiale tient encore, cette résistance masque de fortes disparités entre régions, avec des pays importateurs d’énergie exposés à la hausse des prix, aux tensions budgétaires et à l’aggravation de l’insécurité alimentaire. Décryptage.

Le Fonds monétaire international (FMI) a mis en garde, lundi 15 juin, contre la vulnérabilité particulière de plusieurs économies africaines face à la hausse des coûts de l’énergie et à ses effets en cascade sur les prix alimentaires, les finances publiques et la stabilité macroéconomique.

Dans un billet signé par Kristalina Georgieva, la directrice générale de l’institution, le FMI souligne qu’un choc global peut sembler contenu à l’échelle mondiale tout en frappant de manière beaucoup plus dure les pays importateurs d’énergie et ceux qui disposent de marges budgétaires limitées. L’organisation estime que, malgré la résilience apparente de l’économie mondiale, les écarts entre régions et entre pays restent très marqués, l’Afrique figurant parmi les zones les plus exposées.

Lire aussi : Insécurité alimentaire : des millions de personnes menacées au Moyen-Orient

Un choc énergétique à géométrie variable

Selon le FMI, le principal canal de transmission du choc reste l’énergie. La fermeture de fait du détroit d’Ormuz, qui a duré plusieurs semaines, et les dégâts causés aux infrastructures régionales ont perturbé le marché mondial du pétrole, alors que près de 25 à 30% du pétrole mondial et environ 20% du gaz naturel liquéfié transitent par ce passage stratégique.

L’institution rappelle que les prix du pétrole sont restés environ 30% au-dessus de leur niveau d’avant-guerre, même s’ils ont reflué par rapport aux pics enregistrés plus tôt dans le conflit. Cette évolution entretient la pression sur les importateurs nets, pour lesquels la facture énergétique agit comme un prélèvement additionnel sur le revenu national.

L’Afrique apparaît, dans ce contexte, comme l’un des espaces où les effets du choc se lisent le plus nettement. Le FMI souligne que plusieurs pays du continent combinent une forte dépendance aux importations d’énergie et une capacité limitée à amortir le choc par le budget public. Cette double fragilité se traduit par une dégradation des balances extérieures, une hausse des besoins de financement et des tensions sur les prix à la pompe.

L’institution cite notamment des pays confrontés à des pénuries de carburant, comme l’Éthiopie, le Malawi et la Zambie, tandis que, dans des pays comme le Lesotho, le Rwanda ou la Tanzanie, les prix de l’essence ont progressé d’environ moitié depuis le début du conflit.

L’insécurité alimentaire en première ligne

Le choc énergétique ne s’arrête pas au transport ou à l’industrie. Le FMI insiste sur son effet direct sur les engrais et, par ricochet, sur les denrées alimentaires. L’augmentation des coûts énergétiques renchérit les intrants agricoles, pèse sur les marges des producteurs et alimente le risque d’insécurité alimentaire dans les pays les plus fragiles.

Cette alerte rejoint celle de la Banque mondiale, qui indique dans sa mise à jour de mai 2026 que l’insécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale s’aggrave, avec des hausses récentes des indices des prix agricoles et céréaliers. La Banque mondiale estime jusqu’à 67 millions le nombre de personnes ayant besoin d’aide alimentaire en Afrique de l’Est et australe, tandis que près de 52,9 millions de personnes devraient être en insécurité alimentaire aiguë en Afrique de l’Ouest et centrale pendant la période de soudure de juin à août 2026.

La pression sur les prix alimentaires est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient dans un environnement déjà fragile. La Banque mondiale relève que les perturbations liées au conflit au Moyen-Orient ont provoqué une hausse mensuelle de 46% du prix de l’urée et un bond de 8% des indices agricoles, tandis que les prix des engrais devraient encore augmenter de 31% en moyenne en 2026.

Pour les pays africains dépendants des importations, une telle séquence renforce le risque de voir se cumuler inflation alimentaire, dégradation des comptes extérieurs et ralentissement de la croissance. Le FMI avertit d’ailleurs que, si les perturbations persistent, de nombreux agriculteurs de pays à faible revenu pourraient avoir davantage de difficultés à produire, ce qui prolongerait les tensions inflationnistes pendant plusieurs mois.

Lire aussi : Ghana : une insécurité alimentaire persistante malgré des progrès récents

Des réponses ciblées pour éviter l’effet boule de neige

Face à ce type de choc, le FMI plaide pour des réponses publiques ciblées, temporaires et budgétairement soutenables. Dans une publication distincte consacrée à la réponse aux chocs des prix de l’énergie et des denrées, l’institution recommande de protéger en priorité les ménages vulnérables par des transferts monétaires ciblés, plutôt que par des mesures générales et coûteuses comme les plafonnements ou les subventions massives.

L’objectif est de préserver les signaux de prix, de contenir la dépense publique et d’éviter que des mesures d’urgence ne creusent davantage les déficits. Pour le FMI, la discipline budgétaire et la stabilité des prix restent essentielles dans un contexte où le coût de l’endettement remonte et où les marges de manœuvre des États se rétrécissent.

Le tableau dressé par l’institution financière internationale ne se limite toutefois pas aux risques. Le FMI observe que la croissance mondiale résiste, en partie grâce à des marchés financiers relativement solides, à des anticipations d’inflation encore ancrées et à des investissements technologiques soutenus, notamment dans l’intelligence artificielle et les centres de données.

Mais cette résilience globale masque, selon la même source, une géographie économique très inégale. Autrement dit, la stabilité d’ensemble ne doit pas faire oublier la vulnérabilité accrue des économies africaines importatrices d’énergie, ni l’urgence de renforcer leurs filets sociaux, leurs infrastructures et leurs capacités de production pour amortir de futurs chocs.

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