Minerais critiques : Washington et Pékin lorgnent les ressources ouest-africaines

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Minéraux critiques : Washington défie Pékin en AfriquePhoto d'illustration © DR
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L’essor de la demande mondiale en minerais stratégiques redessine les rapports de force en Afrique de l’Ouest. Face à une Chine déjà solidement implantée, les États-Unis multiplient les initiatives pour renforcer leur présence dans une région riche en lithium, graphite ou coltan. Une compétition qui pourrait transformer durablement les équilibres économiques et géopolitiques de la sous-région.

Longtemps identifiée avant tout à ses importantes réserves d’or, l’Afrique de l’Ouest s’impose progressivement comme une région stratégique pour l’approvisionnement mondial en minerais critiques. Lithium, graphite, cuivre, manganèse, nickel ou encore coltan. Ces ressources, indispensables à la transition énergétique et aux technologies de pointe, suscitent un intérêt croissant des grandes puissances.

Déjà très active en République démocratique du Congo (RDC) et en Afrique australe, la rivalité entre la Chine et les États-Unis semble désormais s’étendre à cette partie du continent, où les investissements et les initiatives diplomatiques se multiplient.

Lire aussi : Minerais critiques : Washington courtise l’Afrique industrielle

Washington accélère son offensive en Afrique de l’Ouest

Les récents mouvements de Washington illustrent cette évolution. Début juillet, l’International development finance corporation (DFC), l’agence américaine de financement du développement, a participé au salon Mining on top Africa, organisé à Paris et largement consacré au secteur minier africain. Cette présence, qui intervient environ dix-huit mois après l’ouverture d’un bureau régional de la DFC à Abidjan, traduit la volonté américaine de renforcer son ancrage en Afrique de l’Ouest.

Depuis son implantation en Côte d’Ivoire, la DFC examine plusieurs projets liés à l’extraction de ressources minières, à leur transformation locale ainsi qu’aux infrastructures nécessaires à leur exploitation. « Les opportunités sont immenses », a déclaré à l’agence Ecofin Biro Condé, directeur régional de l’institution pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Sans détailler les dossiers étudiés, il évoque plusieurs projets en cours d’évaluation, notamment en Guinée, où les autorités souhaitent développer une industrie de transformation à valeur ajoutée autour des minerais critiques.

Cette offensive américaine reste toutefois plus récente que celle observée dans d’autres régions africaines. Washington concentre déjà une partie de ses efforts sur le corridor de Lobito, qui relie l’Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie afin de faciliter l’exportation des minerais critiques.

En Afrique de l’Ouest, la stratégie américaine cherche désormais à convaincre les États partenaires en mettant l’accent sur le financement d’infrastructures, l’appui au secteur privé, la disponibilité énergétique et le développement d’industries locales de transformation.

Cette vision a notamment été réaffirmée lors du Forum ministériel sur les minerais critiques organisé le 10 juillet à Abidjan par la Banque africaine de développement (BAD). Sans citer directement la Chine, les représentants du département américain du Trésor ont plaidé pour des chaînes de valeur africaines davantage intégrées et soutenues par des investissements privés.

La Chine conserve une longueur d’avance

Face à cette montée en puissance américaine, la Chine bénéficie déjà d’une avance significative. Pékin contrôle plusieurs actifs stratégiques dans la région, notamment deux mines de lithium au Mali exploitées par des entreprises chinoises. Son influence pourrait encore s’accroître au Ghana, où le groupe Zhejiang Huayou Cobalt a annoncé en mai 2026 deux accords destinés à prendre le contrôle du projet de lithium d’Ewoyaa.

L’entreprise chinoise prévoit de débourser 210 millions de dollars pour acquérir Atlantic Lithium, propriétaire majoritaire du projet, ainsi que 71 millions de dollars pour racheter les droits détenus par l’entreprise australienne Elevra Lithium. Si ces opérations obtiennent les autorisations réglementaires nécessaires, elles pourraient modifier les débouchés commerciaux du futur site, initialement destiné à approvisionner le marché nord-américain.

Au-delà du lithium, l’ensemble de la sous-région présente un potentiel minier de plus en plus diversifié. Le Ghana dispose également de minerais importants comme le graphite, tout comme la Guinée. La Côte d’Ivoire exploite déjà du nickel et du manganèse tout en poursuivant des travaux d’exploration sur le cuivre, le lithium et le coltan.

À Issia, la société publique SODEMI s’est associée à un partenaire chinois afin de développer un gisement de coltan, illustrant l’implantation progressive des entreprises chinoises dans plusieurs segments de la chaîne minière régionale.

Lire aussi : La traçabilité des minerais critiques, entre exigence mondiale et levier d’industrialisation africaine

L’enjeu des chaînes de valeur locales

Pour tenter de réduire cet écart, la DFC met en avant un éventail d’instruments financiers comprenant des prêts, des prises de participation, des garanties contre les risques politiques ainsi que des financements destinés à la préparation des projets. L’institution précise cependant qu’elle n’intervient pas dans les phases d’exploration, mais uniquement lorsque les minerais sont identifiées et que les projets présentent une maturité suffisante.

Washington entend également soutenir la création d’unités locales de transformation, répondant ainsi à une revendication récurrente des gouvernements ouest-africains qui souhaitent limiter l’exportation de matières premières brutes et développer davantage de valeur ajoutée sur leur territoire. Les financements américains restent toutefois soumis à plusieurs critères, notamment la solidité financière des promoteurs, la viabilité technique des projets et leurs retombées économiques pour les populations locales.

Au-delà des seuls investissements miniers, les États-Unis reconnaissent que le développement du secteur dépend aussi de la disponibilité énergétique, de la qualité des infrastructures portuaires et des réseaux ferroviaires. Lors du forum organisé par la BAD, le représentant du Trésor américain, Jeremy Wiggins, a résumé cette approche autour de trois priorités : « capitaux, kilowatts et clients ».

La compétition entre Washington et Pékin dépasse ainsi la seule conquête des minerais critiques. Elle porte également sur la maîtrise des chaînes d’approvisionnement mondiales nécessaires à la transition énergétique, à l’industrie des batteries, aux véhicules électriques et aux technologies numériques. Pour les pays d’Afrique de l’Ouest, cette rivalité pourrait constituer une opportunité de mobiliser davantage d’investissements, à condition de parvenir à renforcer leur pouvoir de négociation et à faire de la transformation locale un levier durable de développement économique plutôt qu’un simple enjeu géopolitique.

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