Réformes macroéconomiques en Afrique : entre fondamentaux et pragmatisme
Lors d’un panel modéré par Mark Miller, senior research associate à l’Overseas development institute (ODI), plusieurs économistes ont débattu du rôle des politiques macro-budgétaires dans la promotion de la croissance en Afrique. Les échanges ont réuni Karim El Aynaoui, président du Policy center for the new South, Mamo Mihretu, ancien gouverneur de la Banque nationale d’Éthiopie, Kwame Owino, CEO de l’Institute of economic affairs, et Catherine Pattillo, senior fellow au Center for global development.
Pour Karim El Aynaoui, les pays africains doivent avant tout renforcer les bases de la gestion macroéconomique. Dans un contexte marqué par les chocs externes et la hausse des prix de l’énergie, la discipline budgétaire et la solidité des institutions sont essentielles pour préserver des marges de manœuvre. Dans plusieurs pays du continent, le service de la dette absorbe déjà une part importante des budgets publics.
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L’exemple des réformes en Éthiopie
Mamo Mihretu souligne que les fondations macroéconomiques, inflation maîtrisée, dette soutenable et politique monétaire crédible, restent indispensables à une croissance durable. Revenant sur les réformes engagées en Éthiopie, il insiste sur l’importance de la méthode : préparation approfondie, bonne séquence des mesures, coordination entre autorités budgétaires et monétaires, gestion des impacts sociaux et communication claire.
Kwame Owino rappelle que la plupart des économies africaines sont petites et ouvertes, ce qui limite leur capacité à influencer les conditions économiques mondiales. Dans ce contexte, les niveaux d’endettement élevés, comme au Kenya, risquent de peser durablement sur les politiques économiques. Il met également en garde contre une dépendance excessive à l’augmentation des recettes fiscales, compte tenu des limites politiques et sociales de la pression fiscale.
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Le défi de la mise en œuvre
Pour Catherine Pattillo, les politiques favorables à la croissance sont globalement connues. Le véritable défi réside dans la capacité des systèmes budgétaires à les mettre en œuvre efficacement. Cela implique de renforcer la mobilisation des ressources domestiques, d’améliorer l’efficacité des dépenses publiques et de veiller à ce que l’endettement finance des investissements réellement productifs.
Au final, les intervenants ont convergé sur une idée centrale : au-delà des politiques elles-mêmes, la réussite des réformes économiques dépend surtout de la qualité des institutions et de la capacité des États à mettre en œuvre leurs stratégies de manière crédible et durable.