Femmes et finance : pourquoi le Maroc et la région arabe peinent encore à libérer leur potentiel économique ?
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Avec un taux de participation des femmes au marché du travail avoisinant les 20%, la région arabe affiche la performance la plus basse à l’échelle mondiale. Cette situation résulte d’un enchevêtrement de facteurs : rareté des emplois formels, poids du travail domestique non rémunéré, normes sociales persistantes et obstacles juridiques. Faute d’alternatives, de nombreuses femmes se tournent vers de petites activités génératrices de revenus ou l’auto-emploi.
Mais sans accès équitable au crédit, à l’épargne, à l’assurance ou aux services financiers digitaux, cet entrepreneuriat reste fragile. Le rapport de l’ESCWA souligne qu’en moyenne, 57% des hommes possèdent un compte dans une institution financière, contre seulement 42% des femmes. Un écart de 15 points qui grimpe bien davantage dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Au Maroc, la fracture est particulièrement marquée : 55% des hommes disposent d’un compte bancaire, contre 35% des femmes, soit un différentiel de 20 points. Une disparité qui illustre à elle seule l’ampleur du défi.
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Lois, normes sociales et patrimoine : un premier verrou
Premier obstacle identifié : le cadre légal et les normes socioculturelles. Dans plusieurs pays de la région, les règles liées à l’héritage, à la mobilité ou au statut familial continuent de restreindre la capacité des femmes à accumuler des actifs ou à fournir des garanties pour accéder au crédit. Si, en théorie, les femmes ont droit à une part successorale, beaucoup renoncent à cet héritage sous pression familiale ou sociale.
Ces contraintes se traduisent concrètement par une moindre propriété foncière et immobilière, réduisant l’accès aux prêts et aux investissements productifs. À cela s’ajoute un environnement culturel qui limite encore la participation féminine au marché du travail, notamment en raison des responsabilités de soins assumées quasi exclusivement par les femmes.
Certains pays ont engagé des réformes ambitieuses, à l’image de l’Arabie saoudite, qui a assoupli plusieurs règles liées au tutorat masculin, ou des Émirats arabes unis, où des changements juridiques ont renforcé l’égalité dans l’accès au crédit et à la propriété. Mais à l’échelle régionale, ces avancées restent inégales et fragmentées.
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Des services financiers encore peu adaptés aux femmes
Deuxième frein majeur : l’offre bancaire traditionnelle. Les institutions financières conçoivent rarement des produits pensés pour les besoins spécifiques des femmes. Résultat : des exigences de garanties élevées, des horaires peu compatibles avec les contraintes familiales et une faible présence d’agences dans certaines zones rurales.
Le rapport pointe également un biais persistant dans l’octroi de crédits, où les femmes sont souvent perçues comme des emprunteuses plus risquées, malgré des données montrant le contraire. À cela s’ajoute l’absence de statistiques financières ventilées par genre, qui empêche de cibler efficacement les politiques publiques.
Dans la région, plusieurs pays affichent encore des écarts supérieurs à 20 points en matière de détention de comptes bancaires féminins. Le Maroc fait partie de ce groupe, aux côtés notamment de la Tunisie, de la Jordanie ou de la Palestine. Cette exclusion financière limite la capacité des femmes à épargner, investir ou se protéger face aux chocs économiques.
Des bases posées, mais un fossé persistant
Sur le plan numérique, le Maroc se distingue toutefois par un cadre réglementaire relativement favorable à l’innovation financière. Le pays a autorisé les opérateurs télécoms à intervenir dans les services financiers, ouvrant la voie au développement des paiements mobiles et des portefeuilles électroniques. Cette orientation a stimulé l’écosystème fintech et élargi l’offre de services digitaux.
Mais ces avancées ne profitent pas encore pleinement aux femmes. Comme dans le reste de la région, elles sont moins nombreuses à utiliser Internet, les paiements numériques ou les cartes bancaires. Le rapport souligne que la fracture digitale reste un obstacle central : manque de compétences numériques, préoccupations liées à la sécurité, coûts d’accès aux technologies et faible couverture dans certaines zones.
Pour l’ESCWA, renforcer la littératie financière et digitale des femmes marocaines apparaît donc comme une priorité, au même titre que l’amélioration de l’accès au crédit pour les très petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes.
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La fracture numérique, nouveau champ de bataille
Troisième barrière : l’accès aux services financiers digitaux. Dans l’ensemble de la région arabe, les femmes sont significativement moins connectées que les hommes. Elles utilisent moins Internet, réalisent moins de paiements numériques et possèdent moins de cartes de débit.
Cette exclusion numérique isole une partie importante de la population féminine des nouveaux circuits financiers. Pourtant, les expériences internationales montrent que des investissements ciblés dans les infrastructures digitales, couplés à des programmes de formation de proximité, peuvent produire des résultats rapides, notamment en milieu rural.
Un impératif économique autant que social
Pour l’ESCWA, réduire l’écart d’inclusion financière entre les sexes n’est pas seulement une question d’équité : c’est une nécessité économique. Les simulations présentées dans le rapport indiquent que même des progrès modestes dans l’accès des femmes aux services financiers peuvent générer des gains significatifs en matière de développement.
L’organisation appelle ainsi les gouvernements, les banques et la société civile à adopter des stratégies globales : réformes juridiques, produits financiers sensibles au genre, collecte systématique de données sexuées et programmes de formation financière et numérique.
Au Maroc, comme dans l’ensemble du monde arabe, le potentiel est là. Reste à lever les derniers verrous pour transformer l’inclusion financière des femmes en véritable levier de croissance et d’autonomie.
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