Après des années de sécheresse, la voici enfin, la pluie ! Et elle ne fait pas les choses à moitié. Quitte à venir, autant laisser une trace de son passage. Le pays s’étant habitué à la sécheresse, bon nombre de précautions ont été jetées à la poubelle.
Oui, elle a fini par tomber, submergeant l’Oued Loukkos et forçant les autorités à évacuer une ville entière, au passage. A Ksar el-Kebir, ce sont entre 108.000 et plus de 140.000 personnes qui ont dû quitter leurs foyers ces derniers jours.
Ce qui devait être un épisode météorologique exceptionnel se transforme rapidement en épisode « social » tout aussi exceptionnel… dans le pire sens du terme.
Les familles déplacées (certaines ayant perdu leur maison, leurs biens…) se retrouvent dans des villes voisines à la recherche de logements temporaires. Et que se passe-t-il ? Eh bien, surprise, les loyers grimpent d’un coup. Des témoignages abondent sur des propriétaires et des commerçants qui ont décidé que l’urgence était une excellente excuse pour réviser leurs prix. Hébergements à prix d’or, loyers au kilo, pain et produits de première nécessité qui s’envolent, toute la panoplie du « marchand de crise » est là, souriante et prête à faire son beurre !
Face à cette exploitation, les autorités ont réagi parce que la colère monte. Le gouvernement a publiquement averti les spéculateurs de prix que des sanctions seraient appliquées, histoire d’éviter que le pillage ne devienne officiellement un sport national.
Sérieusement, c’est tragique, mais tellement marocain comme paradoxe. Une catastrophe naturelle, que certains appellent intempérie historique, pour tempérer, réunit deux réalités qui ne devraient jamais aller ensemble, la vulnérabilité des citoyens et l’appétit vorace de quelques profiteurs. Pendant que certains partagent ce qu’ils ont ou ouvrent leur porte gratuitement, d’autres facturent un toit temporaire à prix d’or.
Pour la morale collective à quelques jours de Ramadan, on repassera. La pluie est tombée, essuyant au passage toute once de solidarité.
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