La Cour constitutionnelle censure partiellement la loi sur la réorganisation du CNP

Avatar de Mouna Aghlal

Temps de lecture :

La Cour constitutionnelle censure partiellement la loi sur la réorganisation du Conseil national de la presseConseil national de la presse © DR

A
A
A
A
A

La Cour constitutionnelle a rendu, jeudi, une décision majeure concernant la loi n° 026.25 relative à la réorganisation du Conseil national de la presse (CNP). Saisie par 96 députés de la Chambre des représentants, la haute juridiction a déclaré plusieurs dispositions du texte contraires à la Constitution, tout en validant l’essentiel de l’architecture juridique du nouveau dispositif.

La saisine de la Cour est intervenue avant la promulgation du texte, conformément aux dispositions de l’article 132 de la Constitution. Les députés requérants contestaient la constitutionnalité de neuf articles de la loi, estimant qu’ils portaient atteinte notamment aux principes de démocratie interne, d’égalité, de séparation des pouvoirs et de garanties du procès équitable.

Sur le plan procédural, la Cour a jugé la saisine recevable, soulignant que la loi avait été adoptée dans le respect des étapes constitutionnelles, depuis son examen en Conseil de gouvernement jusqu’à son adoption définitive par les deux Chambres du Parlement.

Déséquilibre dans la composition du Conseil

Au fond, la Cour a particulièrement sanctionné la composition du Conseil national de la presse telle que prévue par la loi. Elle a estimé que le mode de représentation accordé aux éditeurs, notamment à travers l’article 5 (alinéa b), créait un déséquilibre manifeste par rapport à la représentation des journalistes professionnels.

Lire aussi : Chambre des conseillers : feu vert en commission au projet de loi relatif au CNP

Selon la décision, l’octroi d’un nombre supérieur de sièges aux représentants des éditeurs, sans justification objective suffisante, porte atteinte aux bases démocratiques du système d’autorégulation de la presse garanties par l’article 28 de la Constitution. Ce déséquilibre est de nature à affecter la légitimité des décisions du Conseil.

Atteinte au principe de pluralisme professionnel

Dans le même esprit, la Cour a censuré l’article 49 de la loi, qui prévoyait que l’organisation professionnelle ayant obtenu le plus grand nombre de parts représentatives remporte l’ensemble des sièges réservés aux éditeurs. Une telle disposition, selon la Cour, contrevient au principe constitutionnel de pluralisme consacré par l’article 8 de la Constitution.

La juridiction constitutionnelle a rappelé que la liberté d’organisation professionnelle implique nécessairement une représentation pluraliste et ne saurait conduire à l’exclusivité d’une seule organisation au détriment des autres, dès lors qu’elles remplissent les conditions légales de représentativité .

Problème d’impartialité dans les instances disciplinaires

Autre point majeur de censure : l’article 93 relatif à la composition de la commission d’appel disciplinaire. La Cour a jugé contraire aux principes constitutionnels de neutralité et d’impartialité le fait que le président de la commission d’éthique, ayant statué en première instance, siège également au sein de l’organe chargé d’examiner les recours.

Une telle configuration est incompatible avec les garanties du procès équitable prévues notamment aux articles 118 et 120 de la Constitution, souligne la décision.

Lire aussi : Projet de loi sur le CNP : le gouvernement dit avoir intégré l’essentiel des remarques institutionnelles

Incohérences législatives et insécurité juridique

La Cour a également relevé, de sa propre initiative, des incohérences internes au texte, notamment entre les articles 5 et 57 relatifs à l’élection du président et du vice-président du Conseil selon le critère de parité de genre. En l’absence de mécanismes juridiques assurant effectivement cette parité, l’obligation légale a été jugée inapplicable en pratique, ce qui porte atteinte au principe de sécurité juridique et à la cohérence normative .

Plusieurs articles jugés conformes

En revanche, la Cour constitutionnelle a validé plusieurs dispositions contestées, notamment celles relatives aux sanctions disciplinaires, aux garanties de la défense, à la consultation du Conseil sur les projets de loi ou encore aux modalités d’adhésion et de fonctionnement des organisations professionnelles.

Elle a estimé que le législateur disposait d’une marge d’appréciation constitutionnelle suffisante dans ces domaines et que les garanties fondamentales n’avaient pas été méconnues.

Ainsi, la Cour constitutionnelle a déclaré contraires à la Constitution les articles 4 (dernier alinéa), 5 (b), 49, 57 (alinéa premier) et 93, tout en validant les autres dispositions examinées. Cette décision impose au législateur de revoir certaines options structurantes du texte afin de garantir un modèle d’autorégulation réellement démocratique, pluraliste et équilibré.

La décision sera notifiée aux présidents des deux Chambres du Parlement ainsi qu’au chef du gouvernement, et publiée au Bulletin officiel, marquant ainsi une étape déterminante dans la réforme du cadre institutionnel de la presse au Maroc.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Marché du médicament : le Conseil de la concurrence plaide pour une évolution du modèle des pharmacies

Politique - Ahmed Rahhou plaide pour un nouveau modèle de pharmacie au Maroc, enjeux et perspectives pour le marché du médicament.

Mouna Aghlal - 10 mars 2026
Nucléaire civil : le Maroc défend son intégration dans le mix énergétique

Politique - Présent au Sommet mondial sur l’énergie nucléaire à Paris, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a mis en avant la stratégie énergétique du Royaume et son ouverture à une intégration progressive du nucléaire civil pour renforcer la sécurité énergétique.

Ilyasse Rhamir - 10 mars 2026
Bourita à Paris : échange avec Barrot sur les relations bilatérales

Politique - Rencontre diplomatique à Paris entre le chef de la diplomatie marocaine et son homologue français en marge du Sommet mondial sur l’énergie nucléaire.

Ilyasse Rhamir - 10 mars 2026
SIPRI : le Maroc devient le premier importateur d’armes en Afrique

Politique - Le Maroc est devenu le premier importateur d’armes d’Afrique (2021-2025), ses achats ayant augmenté de 12% par rapport à 2016-2020.

El Mehdi El Azhary - 10 mars 2026
Nucléaire : Akhannouch représente le roi Mohammed VI au sommet de Paris

Politique - Paris accueille le deuxième Sommet international sur l’énergie nucléaire réunissant dirigeants, institutions et experts autour du rôle du nucléaire civil dans la transition énergétique mondiale et la sécurité d’approvisionnement en électricité bas carbone.

Ilyasse Rhamir - 10 mars 2026
Khénifra : Nizar Baraka lance plusieurs projets pour renforcer le réseau routier

Politique - Le ministre lance des projets pour renforcer la connectivité à Khénifra et améliorer les infrastructures routières locales.

Mouna Aghlal - 10 mars 2026
Voir plus
Sahara : 4 ans pour tout régler ?

Dossier - Le Maroc peut maintenant demander plus : sortir le dossier du Sahara de la quatrième commission de l'ONU, inscrire le Polisario comme organisation terroriste…

Sabrina El Faiz - 25 janvier 2025
Le roi Mohammed VI lance à Nouaceur une usine Safran dédiée aux trains d’atterrissage

Politique - Le roi Mohammed VI donne le coup d’envoi d’une nouvelle usine Safran à Nouaceur, au Palais royal de Casablanca.

Ilyasse Rhamir - 13 février 2026
Inondations à Safi : le PJD demande la reconnaissance officielle de la catastrophe

Politique - Après les inondations meurtrières, le PJD demande une officialisation de la catastrophe pour soutenir les victimes et les sinistrés.

Mouna Aghlal - 17 décembre 2025
Sahara : Guterres appelle à un changement de cap

Politique - L’ONU tire la sonnette d’alarme : le Sahara reste en tension, Guterres appelle les parties à un changement de cap pour éviter l’escalade.

Hajar Toufik - 25 août 2025
Fête du Trône : le Roi adresse un discours à la Nation

Le roi Mohammed VI a adressé, mardi, un discours au peuple marocain à l’occasion du 26e anniversaire de son accession au Trône. Voici le texte…

Rédaction LeBrief - 29 juillet 2025
Parlement : la diplomatie de l’ombre

Dossier - À l’instar d’un pur-sang arabe, le Parlement avance toujours, rectifiant ses virages au besoin. Immersion dans un univers parallèle.

Sabrina El Faiz - 28 décembre 2024
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire