RNI : les dessous du retrait d’Akhannouch
Aziz Akhannouch, lors d'un rassemblement RNI (archive) © DR
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C’est tombé comme un couperet. Pas lors de la session ordinaire, mais bien après. Etait-ce volontaire de sa part ou l’a-t-on poussé vers la sortie?
Selon le politologue Driss Aissaoui, ce décalage n’est pas anodin. « Il voulait le faire de manière indépendante, pour montrer que c’est un choix qu’il a fait lui-même et non une décision à laquelle il aurait été poussé ». En s’exprimant en dehors du cadre formel du parti, Aziz Akhannouch aurait cherché à donner une portée spécifique à son message.
Pour le politologue, cette annonce est plus une volonté de rompre avec une pratique ancrée dans le champ politique marocain. « Les chefs de partis, une fois arrivés à ce niveau de responsabilité, s’installent définitivement. C’est presque une nomination ad vitam aeternam », observe-t-il. A l’inverse, le président du RNI aurait voulu adresser un message à l’ensemble de la classe politique, à savoir exercer un mandat, puis céder la place.
Le politologue estime que cette décision vise à établir un précédent. « Il veut donner une leçon, à sa manière, à toute la classe politique marocaine », affirme-t-il, en soulignant que le message ne s’adresse pas uniquement aux responsables partisans, mais aussi aux citoyens.
Driss Aissaoui renvoie à une étude récente sur le rapport des jeunes Marocains à la politique, marquée par une désaffection croissante. Dans ce contexte, le retrait annoncé serait présenté comme un exemple de gestion du pouvoir et du temps politique. « Assumer sa responsabilité quand on en a envie, partir le plus tôt possible, rester quelqu’un qu’on aime citer en exemple », résume-t-il.
Pour autant, aucune feuille de route précise n’a été communiquée. Aziz Akhannouch n’a pas fixé de date butoir claire pour son retrait effectif, évoquant la poursuite des échéances en cours, notamment les législatives. Une situation que Driss Aissaoui juge logique au regard de la structure interne du parti.
Lire aussi : RNI : Akhannouch renonce à un troisième mandat
Une transition encore indéterminée
Selon le politologue, le RNI est historiquement un parti sans hiérarchie permanente clairement établie. « C’est un parti qui n’a jamais eu de structure durable avant l’arrivée de Akhannouch », rappelle-t-il. La question de la succession reste donc ouverte.
A ce stade, aucun nom ne s’impose de manière évidente. « Je n’ai pas de nom en particulier », indique Driss Aissaoui. Il évoque néanmoins plusieurs profils ayant accompagné la gestion du parti durant la période où Aziz Akhannouch cumulait la présidence du RNI et la chefferie du gouvernement, sans pour autant désigner de favori.
Deux scénarios sont envisageables selon lui : l’émergence d’un nouveau visage disposant du charisme nécessaire pour diriger le parti, ou la désignation d’un responsable issu du noyau existant du RNI, capable d’endosser un rôle de leader, qu’on ne voit pas forcément encore. « Ces choses resteront discrètes jusqu’à l’annonce officielle », précise-t-il.
Il n’exclut pas non plus une direction collégiale, à l’image de ce qui a été mis en place au sein du Parti Authenticité et Modernité, où trois responsables ont été nommés pour assurer la transition après le départ du secrétaire général.
Si Aziz Akhannouch renonce à briguer un nouveau mandat à la tête du RNI, Driss Aissaoui ne parle pas pour autant d’un retrait total de la scène politique. « Il va rester dans le bureau politique, quel que soit le nouveau responsable », affirme-t-il.
Cette présence en arrière-plan serait de nature à rassurer les membres et les soutiens du parti, notamment ceux issus du monde des affaires, qui ont rejoint le RNI durant la période Akhannouch. « Les gens savent qu’il y aura toujours Akhannouch à leurs côtés », explique le politologue.
Selon lui, cette continuité devrait limiter les risques de départs ou de désengagements. Le futur dirigeant du parti devrait, de toute manière, bénéficier de son aval. « Il ne donnera pas le parti à quelqu’un en qui il n’a pas confiance », insiste Driss Aissaoui.
Concernant l’image de Aziz Akhannouch auprès de certaines franges de la population, notamment les jeunes, le politologue relativise l’impact de ce facteur dans la décision annoncée. « On ne peut pas être chef du gouvernement sans être exposé à la critique », estime-t-il.
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La structuration du RNI
Notre interlocuteur rappelle que l’arrivée de Aziz Akhannouch à la tête du RNI a profondément transformé le parti. Dès son accession à la présidence, il a engagé un processus de structuration, mise en place d’une organisation interne, création de cartes d’adhésion, lancement d’un site internet officiel et désignation de responsables clairement identifiés.
Cette structuration contribue, selon Driss Aissaoui, à expliquer pourquoi le RNI reste largement associé à la figure de Aziz Akhannouch.
Interrogé ensuite sur la dimension institutionnelle du parcours de Aziz Akhannouch, Driss Aissaoui rappelle que ce dernier a très tôt bénéficié d’une reconnaissance au plus haut niveau de l’Etat. Il évoque sa participation, à un jeune âge, à un groupe restreint d’experts constitué sous le règne de feu le roi Hassan II.
Ce groupe, composé de 14 jeunes formés notamment à l’étranger, avait pour vocation d’apporter une expertise technique et stratégique. « Il faisait partie de ce brain trust », précise le politologue, soulignant la confiance politique dont il a bénéficié dès cette période.
Cette confiance s’inscrirait également dans une continuité familiale, liée au rôle joué par son père dans des moments stratégiques (fin du protectorat) notamment dans le secteur énergétique.
Pour l’heure, Driss Aissaoui insiste sur un point, la décision de ne pas briguer un troisième mandat relève, selon lui, d’un choix personnel et politique de Aziz Akhannouch. « Il a toujours aspiré à réfléchir et à respirer en dehors de la chose politique », conclut-il.
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