À l’orée de 2026, l’on revient naturellement sur l’année qui s’achève. 2025 n’a pas tant été celle des chocs spectaculaires que celle de l’endurance. 2025 a été l’année où il a fallu s’adapter dans un monde en constant mouvement, peu indulgent pour ceux qui restent immobiles et ne sont pas résilients. Sous cette apparente continuité, de nouvelles dynamiques se sont installées, durables mais souvent préoccupantes. Arrivées discrètement, elles ont tout de même réussi à modifier profondément les équilibres politiques et géopolitiques mondiaux.
2025 a été une année de repli. Le discours autoritaire s’est banalisé. Identitarisme, défiance envers les institutions, préférence de l’émotion sur la délibération rationnelle… Il semblerait que l’individu prime de plus en plus sur le collectif. Les démocraties titubent sous un libéralisme exacerbé, sans vision globale et long-termiste. Des politiques protectionnistes sont imposées sans concertation, avec sacralisation du chef et relativisation des contre-pouvoirs. Le cycle inflation-inquiétude a offert au populisme un terreau fertile. En temps de crise, il est plus facile de désigner un bouc émissaire que de penser des politiques publiques complexes.
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L’ingérence américaine a connu une normalisation complètement assumée ! Désormais, la diplomatie de puissance l’emporte sur le multilatéralisme, la pression sur les alliés s’officialise et la morale géopolitique devient optionnelle. Le discours de JD Vance à la conférence de Munich en février en est l’exemple parfait. La rupture avec la diplomatie traditionnelle américaine est assumée dès le premier mois du mandat de Trump. En pointant les faiblesses européennes tout en redéfinissant les priorités transatlantiques, ce fut un moment qui a redessiné le rapport de force occidental.
Cette année, la liberté de parole n’a pas été réellement amputée, mais elle a tout de même bien chaviré. Non pas parce qu’on l’aurait interdite, mais parce que son sens même se serait perdu en route. On l’invoque désormais comme un étendard pour légitimer des propos qui, hier encore, auraient semblé inconcevables. C’est frappant, tout de même, ceux qui dénoncent avec le plus de vigueur une prétendue censure sont souvent les mêmes qui, ailleurs, la pratiquent sans scrupule. La liberté d’expression n’est donc pas tant menacée par la censure, qui peut aussi servir à préserver le pluralisme en empêchant qu’un acteur surpuissant ne réduise les autres au silence, que par sa déformation et par cette utilisation opportuniste qui en fait un alibi commode pour tout dire, n’importe comment, n’importe quand !
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La science, elle aussi, a été instrumentalisée. Le doute légitime s’est mué en relativisme systématique. 2025 a été l’ère des experts contestés, études dévalorisées, vaccins et climat transformés en champs de bataille idéologiques… Tout devient arme politique. Le retrait américain des cadres multilatéraux sur le climat, les déclarations de Donald Trump qualifiant le réchauffement de mystification, les coupes dans les financements de la recherche et des grandes universités, ou encore la résurgence de discours complotistes autour des vaccins démontrent bien cette dérive. Au lieu d’éclairer, la connaissance devient un terrain de confrontation, au grand plaisir de nombreuses personnes.
Enfin, la fatigue morale des donateurs a profondément affecté l’aide humanitaire. Pour ne citer qu’un exemple, sur les 45 milliards demandés par l’ONU pour 2025, un peu plus de 12 milliards seulement ont été financés. Le démantèlement de l’USAID, plus grosse agence d’aide mondiale, aura sonné la fin de la récréation. C’est un signal d’alarme sur l’adéquation du système face aux besoins réels. Les États-donateurs, désormais plus attentifs à leurs intérêts et à l’efficacité des structures qu’ils financent, ont conditionné leurs contributions et réduit des enveloppes historiques. Pourtant, les montants octroyés durant la crise de 2008 (10.000 milliards de dollars) ou de la Covid (17.200 milliards de dollars) pour sauver le système financier mondial ont été sans commune mesure.
Cependant, tout n’est pas perdu. La résilience s’est manifestée partout, empêchant de grandes fractures d’apparaître. Même dans le marasme des droits de douane américains, la valeur totale du commerce mondial continue d’augmenter, ouvrant des marges de manœuvre économiques si elles sont mises au service du commun. 2025 nous a testés et parfois surpris par la capacité d’acteurs fragiles à tenir la barre. Sans choix politiques forts, l’année prochaine ne sera qu’un écho de celle qui se termine, creusant toujours un peu plus le fossé entre les leaders et la base commune. 2026 dira si nous aurons le courage de transformer ces enseignements en actions profitables pour tous et pourquoi pas en faire une Annus mirabilis.
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