Le jeudi 28 août, le chef de l’exécutif présidera le premier Conseil de gouvernement après la trêve estivale. Une rentrée très attendue, certains diraient redoutée. Car si l’été devait offrir un peu de répit, il a surtout mis en évidence les fragilités d’un gouvernement en quête de cohésion. Les « vacances », pas vraiment méritées aux yeux de nombreux observateurs, laissent place à un retour brutal aux réalités : les urgences du pays n’ont pas pris congé.
L’affaire de la circulaire de l’Agence nationale de la sécurité routière, sur le contrôle renforcé des motos et la saisie des deux-roues non conformes aux limitations de vitesse, a jeté une ombre gênante sur l’exécutif au point de pousser son chef à intervenir pour mettre en veilleuse l’exécution de ladite circulaire. Un texte administratif devenu symbole d’un certain désordre interne. À quelques jours seulement de la rentrée sociale et politique, le timing ne pouvait être plus maladroit. Et cet épisode, anodin en apparence, illustre un malaise plus profond : un exécutif qui peine parfois à parler d’une seule voix.
Or, les prochains mois ne s’annoncent pas plus calmes. Les centrales syndicales ont déjà planté le décor : elles promettent un « démarrage social brûlant ». L’Union marocaine du travail (UMT) place la barre haut avec son exigence d’une nouvelle augmentation générale des salaires. Derrière, c’est l’ensemble du dialogue social qui s’annonce tendu avec le casse-tête de la refonte des régimes de retraite, lesté d’un climat de méfiance où syndicats et gouvernement s’accusent mutuellement d’arrière-pensées électorales.
Chaque rentrée a son budget, mais cette fois-ci, l’exercice sera particulièrement sensible. C’est le dernier de la législature. Autrement dit, celui du bilan et celui des calculs électoralistes. La lettre de cadrage du PLF 2026, envoyée par le chef du gouvernement avant qu’il ne s’envole pour se ressourcer sous d’autres cieux, n’a pas levé le voile sur les vrais enjeux du prochain exercice budgétaire. Les débats s’annoncent rudes : combien de postes budgétaires pour les secteurs vitaux comme l’éducation et la santé ? Quelle enveloppe pour l’emploi, alors que le chômage des jeunes reste une plaie ouverte ? Comment contenir une inflation qui érode le pouvoir d’achat, pendant que les prix de l’alimentation et du carburant s’envolent ? Entre les exigences sociales et l’impératif de préserver les équilibres financiers, le gouvernement marche sur une corde raide.
Autre dossier : le droit de grève, dont la loi organique entrera en vigueur. Par ailleurs, le nouveau Code de procédure pénale, voté malgré des critiques persistantes, continue de susciter des réserves parmi les magistrats et les défenseurs des droits humains. L’onde de choc des censures de la Cour constitutionnelle sur le projet de loi de réforme de la procédure civile, elle, n’est pas encore totalement dissipée.
La fameuse Moudawana, inchangée depuis 2004, fera aussi partie des tractations. Mais cette fois, ce n’est pas un simple ajustement : c’est un affrontement de visions. Les conservateurs entendent défendre une lecture traditionnelle du rôle de la famille et de la femme. En face, les progressistes réclament un virage net vers l’égalité. Ce débat, hautement symbolique, risque d’enflammer non seulement l’hémicycle, mais aussi l’opinion publique. Car il ne s’agit plus seulement de technique juridique, mais d’une bataille culturelle et identitaire.
Dans ce contexte, une question revient en boucle : le gouvernement a-t-il encore la force et l’unité nécessaires pour affronter une rentrée aussi explosive ? Entre fissures internes, menace d’un front social élargi et débats de société inflammables, le risque de turbulences est réel.
La dernière année d’un mandat est rarement propice aux grandes réformes. Mais cette fois, le Maroc n’a pas ce luxe. La rentrée politique s’annonce donc comme un véritable crash-test pour l’exécutif. Ce qui se jouera le 28 août au Conseil de gouvernement dépasse la simple reprise après vacances…
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