Qu’est-ce que le sommet des BRICS ?

Avatar de Rédaction LeBrief
Temps de lecture :

Ouverture du 17e Sommet des BRICS à Rio de JaneiroPhoto de présentation des BRICS © DR

A
A
A
A
A

Les BRICS par-ci, les BRICS par là. Mais qu’est donc cet acronyme que l’on croise de plus en plus dans les discours internationaux ? Longtemps perçu comme un club de pays émergents rêvant de grandeur, ce groupe formé par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud a réellement grandi. Mais que vaut réellement ce bloc ? À quoi sert son sommet annuel ?

BRICS. Cinq lettres pour désigner à l’origine quatre pays que tout semblait opposer… sauf leur potentiel et leur ambition économique. C’est en 2001 que la banque Goldman Sachs invente le terme « BRIC » pour désigner les économies en forte croissance susceptibles de dominer le monde au XXIe siècle : Brésil, Russie, Inde et Chine. En 2010, l’Afrique du Sud rejoint l’alliance, lui donnant un « S » final.

Mais au-delà du simple regroupement de pays émergents, les BRICS deviennent peu à peu une entité politique, économique, diplomatique. En 2009, leur premier sommet a lieu en Russie. Le message est évidemment sans équivoque. Ils veulent peser dans les grandes décisions mondiales ! Officiellement pas en rivalité frontale avec l’Occident, ils veulent proposer des alternatives. Banque de développement, système de paiement, fonds de réserve… Le tout, en misant sur la coopération Sud-Sud et la souveraineté économique.

Le sommet de Rio

C’est dans ce contexte que s’est tenu, le 7 juillet 2025, le 17ᵉ sommet des BRICS à Rio de Janeiro. Ce n’était pas un sommet comme les autres. D’abord, parce qu’il marquait l’entrée en scène des nouveaux membres admis en 2024 : Egypte, Ethiopie, Iran, Emirats arabes unis, Argentine… Désormais, le BRICS+ représente 11 pays et s’étend, s’étend, s’étend à vue d’œil.

Mais surtout, ce sommet a pris une tournure très politique. Dans un contexte de tensions avec les États-Unis, les membres ont fustigé les politiques protectionnistes américaines, notamment les menaces de Donald Trump de taxer à +10% les importations en provenance des pays dits « hostiles ». Ils ont également appelé à un commerce mondial « plus équitable » et rejeté les sanctions économiques unilatérales.

Dans un discours, Vladimir Poutine, intervenu par visioconférence vu qu’il n’a pas le droit de quitter le territoire russe, a affirmé que la mondialisation à l’occidentale était dépassée et que l’avenir appartenait aux économies émergentes. Le ton est donné.

Loin d’un simple exercice diplomatique, le BRICS pèse désormais lourd. Ensemble, les pays membres représentent plus de 3,3 milliards d’habitants, soit près de 45% de la population mondiale. Leur produit intérieur brut cumulé dépasse 40% du PIB mondial (en parité de pouvoir d’achat).

Et depuis l’élargissement, le BRICS+ contrôle plus de 40% de la production mondiale de pétrole. Ce qui lui confère un poids géoéconomique considérable, notamment face aux marchés occidentaux.

Mais cette puissance reste déséquilibrée. La Chine, seule, pèse entre 60 et 70% du PIB du groupe. Elle est le moteur économique, le principal financeur de la banque du groupe et l’architecte de plusieurs instruments monétaires alternatifs. Une domination que certains membres, comme l’Inde ou le Brésil, regardent avec méfiance.

Une architecture financière en construction

C’est l’un des volets les plus concrets du projet BRICS, à savoir sa propre boîte à outils économiques.

La Nouvelle banque de développement (NDB), créée en 2014 avec un capital initial de 50 milliards de dollars (porté à 100 milliards), a déjà approuvé 96 projets à travers ses membres, pour un total de près de 33 milliards de dollars. Les BRICS ont pour objectif de financer des projets d’infrastructure, d’énergie ou de transition écologique sans passer par la Banque mondiale ou le FMI.

A Rio, une annonce est venue renforcer ce contexte : la création prochaine d’un fonds de garantie multilatéral, baptisé BRICS multilateral guarantee (BMG). Ce mécanisme vise à sécuriser les investissements privés dans les pays membres, en mobilisant des garanties publiques. Tout cela pour faire levier et attirer 5 à 10 fois plus de capitaux. Sa mise en œuvre est prévue pour 2026.

Autre pilier : le Contingent reserve arrangement (CRA), un fonds de réserve de 100 milliards de dollars destiné à aider les membres en cas de crise monétaire. Une sorte de mini-FMI interne.

Enfin, les BRICS travaillent depuis plusieurs années sur un système de paiement décentralisé baptisé BRICS Pay, pour permettre des transactions en monnaies locales. L’objectif, non voilé, à long terme étant de réduire la dépendance au dollar américain.

Lire aussi : Ouverture du 17e sommet des BRICS à Rio de Janeiro

Malgré cela, tout n’est pas simple au sein du BRICS. L’unité du groupe est fragile. Les intérêts des membres divergent parfois fortement entre rivalités entre l’Inde et la Chine, tensions entre les pays du Golfe et l’Iran, gouvernances économiques très différentes… L’élargissement à 11 pays renforce ce paradoxe.

Autre difficulté, la crédibilité monétaire. Les devises locales des BRICS sont peu utilisées à l’international. La volonté de « dé-dollariser » l’économie mondiale se heurte à la réalité que le dollar demeure la monnaie refuge par excellence. Et les alternatives comme le BRICS Pay ou le système chinois CIPS peinent encore à s’imposer face au SWIFT.

Enfin, la dépendance à la Chine inquiète. Si elle permet de porter des projets ambitieux, elle pose aussi la question du leadership et de l’équilibre géopolitique du groupe.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Trump accentue les coupes dans l’aide internationale, au risque d’un « shutdown »

Donald Trump annonce des coupes de 4,9 milliards de dollars dans l’aide internationale, aggravant le risque de shutdown gouvernemental.

Mouna Aghlal - 29 août 2025
Washington retire les visas de responsables palestiniens avant l’Assemblée générale de l’ONU

Monde - Les États-Unis ont décidé de retirer et refuser des visas à des responsables de l’AP et de l’OLP, à la veille de l’Assemblée générale de l’ONU.

Ilyasse Rhamir - 29 août 2025
La Turquie bloque ses ports et son espace aérien aux appareils israéliens

Monde - La Turquie a décidé de durcir ses mesures contre Israël en interdisant l’accès de ses ports aux navires israéliens et en fermant son espace aérien aux avions militaires et officiels.

Ilyasse Rhamir - 29 août 2025
Macron qualifie Poutine d’« ogre », Moscou réplique avec virulence

Monde - La diplomatie russe a vivement réagi aux déclarations d’Emmanuel Macron, qui avait qualifié Vladimir Poutine d’« ogre » et de « prédateur ».

Ilyasse Rhamir - 29 août 2025
L’énigme n’est pas à Rabat, elle est à Paris

Pourtant, une vidéo du Premier ministre français, François Bayrou, est apparue dans mon fil d'actualité. Son message était sans détour : « La vie de…

Rédaction LeBrief - 29 août 2025
États-Unis : fin de l’exemption douanière pour les petits colis dès vendredi

À partir de vendredi, les colis de moins de 800 dollars seront soumis à des droits de douane. Découvrez les implications.

Mouna Aghlal - 29 août 2025
Voir plus
Israël-Iran : et si ce n’était que le début ?

Monde - Les frappes israéliennes ont endommagé certaines infrastructures, mais elles n’ont pas neutralisé le programme nucléaire iranien.

Sabrina El Faiz - 14 juin 2025
La CPI et immunités d’État : le cas Netanyahu et les ambiguïtés du droit international. Interview

Monde - La France, le 27 novembre, qui a souligné pour la première fois l’immunité de Benjamin Netanyahu, en raison du statut d’Israël, non partie au Statut de Rome

Farah Nadifi - 28 novembre 2024
Fumée blanche : un pape élu

Monde - De la fumée blanche s'est échappée jeudi à 18H08 (17H08) de la chapelle Sixtine au Vatican, annonçant l'élection d'un nouveau pape pour succéder à François.

Sabrina El Faiz - 8 mai 2025
Le grand retour des BRICS

Monde - Le Sommet des BRICS est marquée par la guerre en Ukraine, et l’absence de Poutine, sous mandat d’arrêt international.

Rédaction LeBrief - 22 août 2023
Soudan : la « reine nubienne »

Les hausses de prix et les pénuries alimentaires ont provoqué des manifestations contre le gouvernement d'Omar al-Bashir en décembre 2018, mais les plus grandes manifestations…

Arnaud Blasquez - 11 avril 2019
Astronomie : le ciel de mai 2021

Apparition de Mercure au crépuscule, conjonction entre la Lune et Jupiter, puis entre la Lune et Mercure, éclipse dans le Pacifique... En compagnie des chroniqueurs…

Khansaa Bahra - 6 mai 2021

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire