UM6P Science Week : l’Afrique peut faire face au défi de la sécurité alimentaire

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UM6P science week: l’Afrique peut face au défi de la sécurité alimentaireKen Gillers, Professeur retraité de systèmes de production végétale à l'université de Wageningen aux Pays-Bas, lors de la Science Week 2025, organisée par l'UM6P, à Benguérir, le 17 février 2025 © LeBrief

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La sécurité alimentaire en Afrique reste l’un des défis les plus pressants du XXIe siècle. Alors que la population du continent devrait doubler d’ici 2050, atteignant près de 2,5 milliards d’habitants, la question de la production alimentaire et de l’accès à une nourriture suffisante et nutritive devient de plus en plus critique.

Dans une intervention à l’occasion de la Science Week 2025, organisée par l’UM6P, Ken Gillers, professeur retraité de systèmes de production végétale à l’université de Wageningen aux Pays-Bas, a souligné les enjeux auxquels l’Afrique est confrontée, tout en mettant en lumière les opportunités qui pourraient transformer son système alimentaire.

Un constat alarmant

Selon les données de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la sécurité alimentaire existe lorsque tous les individus ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, sûre et nutritive. Pourtant, en Afrique, la situation est préoccupante. Le taux de sous-alimentation sur le continent atteint 20%, contre une moyenne mondiale de 9%. Cette tendance s’est aggravée depuis 2013, en raison de conflits, de changements climatiques et de la pression démographique, alerte Ken Gillers. 

En effet, les rendements agricoles en Afrique restent particulièrement bas par rapport à d’autres régions du monde. Alors que l’Asie et l’Amérique latine ont connu une augmentation significative de leur productivité agricole depuis les années 1960, l’Afrique a stagné. La production alimentaire sur le continent a principalement été augmentée par l’expansion des surfaces cultivées, plutôt que par une amélioration des rendements. Cette approche n’est plus viable, car les terres disponibles se raréfient et les sols s’appauvrissent, ajoute l’expert.

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Par ailleurs, l’une des caractéristiques de l’agriculture africaine est la prédominance des petites exploitations. En moyenne, les fermes africaines couvrent environ 1,6 hectare, avec une médiane souvent inférieure à un hectare. Ces petites exploitations doivent nourrir des familles de six à huit personnes, ce qui représente un défi colossal. La pression sur les terres agricoles est telle que de nombreux agriculteurs ne parviennent pas à produire suffisamment pour subvenir aux besoins de leur famille, même en améliorant les rendements.

Dans ce contexte, la situation crée ce que l’on appelle un piège de la double pauvreté : les petits agriculteurs, confrontés à des sols appauvris et à des parcelles trop petites, ne peuvent investir dans des intrants ou des technologies pour améliorer leur productivité. En conséquence, ils restent coincés dans un cycle de pauvreté et d’insécurité alimentaire, explique le professeur.

Les opportunités : combler les écarts de rendement

Toutefois, malgré ces défis, l’Afrique dispose d’un potentiel considérable pour améliorer sa sécurité alimentaire. Les écarts de rendement actuels représentent une opportunité de premier ordre. Par exemple, l’introduction de légumineuses, comme le soja, le niébé ou les haricots grimpants, peut non seulement améliorer la nutrition des populations, mais aussi enrichir les sols en fixant l’azote atmosphérique. Ces cultures offrent une source de revenus supplémentaires pour les agriculteurs tout en améliorant la fertilité des sols.

Dans ce sens, des projets pilotes, soutenus par des organisations comme la fondation Gates, ont montré que des investissements modestes dans des pratiques agricoles améliorées peuvent doubler les rendements. Par exemple, au Rwanda et au Malawi, l’utilisation d’engrais phosphatés et de bonnes pratiques agronomiques a permis d’augmenter la production de maïs et de légumineuses. Ces succès démontrent que des solutions simples et accessibles peuvent avoir un impact considérable, souligne Ken Gillers.

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Un autre aspect est la diversification des sources de revenus des agriculteurs. Les exploitations qui parviennent à assurer leur sécurité alimentaire sont souvent celles qui diversifient leurs activités, combinant cultures vivrières, cultures de rente, élevage et revenus non agricoles. Cette diversification permet de réduire les risques et d’améliorer la résilience des ménages ruraux.

Par ailleurs, l’accès aux marchés est essentiel. En Afrique, la proximité des marchés urbains en pleine croissance offre des opportunités pour les petits agriculteurs. Par exemple, au Malawi, la production de soja a explosé ces dernières années, remplaçant progressivement la culture du tabac comme principale culture de rente. Cette transition a été rendue possible par la demande croissante en aliments pour le bétail et en huile de soja, montrant comment les agriculteurs peuvent rapidement s’adapter aux opportunités du marché.

Les défis futurs : climat et démographie

Même si l’agriculture africaine répond positivement aux divers programmes de soutien. Elle doit cependant faire face à des défis majeurs pour réaliser son potentiel agricole. Par exemple, Le changement climatique menace de perturber les systèmes alimentaires, avec une augmentation des événements météorologiques extrêmes tels que les sécheresses et les inondations. La préservation des écosystèmes, en particulier des forêts tropicales comme celle du bassin du Congo, est essentielle pour maintenir les cycles de l’eau et atténuer les effets du changement climatique.

En parallèle, la pression démographique pose un défi supplémentaire. D’ici 2050, 25% de la population mondiale sera africaine, et le continent devra créer des emplois pour des centaines de millions de jeunes arrivant sur le marché du travail. L’agriculture reste un secteur clé pour l’emploi, mais elle doit devenir plus productive et plus rentable pour offrir des perspectives viables.

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Quelles solutions pour l’avenir ?

Pour relever ces défis, Ken Gillers propose plusieurs pistes. Tout d’abord, il est essentiel d’investir dans l’intensification durable de l’agriculture, en combinant l’utilisation d’engrais, l’amélioration des semences et des pratiques agronomiques adaptées. Ensuite, les gouvernements africains doivent accorder une attention accrue au soutien des petits exploitants, souvent négligés au profit des cultures d’exportation.

Enfin, des initiatives régionales et panafricaines, comme la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), peuvent stimuler le commerce intra-africain et renforcer la résilience des systèmes alimentaires. La coopération internationale est également cruciale pour lutter contre le changement climatique et soutenir le développement agricole en Afrique.

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