Le 7 avril 1947, Casablanca devient le théâtre d’un drame qui, loin d’étouffer les aspirations d’un peuple, attise la flamme d’une Nation en marche vers sa liberté. Retour sur une journée incroyablement tragique devenue pilier de la mémoire vive marocaine.

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Casablanca ne dort jamais vraiment. Mais ce matin-là, ce 7 avril 1947, la ville s’éveille douloureusement. Dans ses quartiers populaires, entre ruelles et maisons serrées, quelque chose flotte dans l’air… une inquiétude, un genre de pressentiment. Deux jours avant une visite royale annoncée à Tanger, les autorités du protectorat français redoutent plus que tout une parole… celle de la souveraineté !

Et c’est là que l’Histoire casablancaise bascule…


Il faut imaginer Casablanca à cette époque, une métropole en pleine expansion, traversée de contradictions, où cohabitent modernité coloniale et misère sociale, ambitions économiques et aspirations politiques. Dans des quartiers comme Ben M’Sick, Derb El Kebir ou encore Médiouna, la population vit au rythme des difficultés quotidiennes, mais aussi d’un espoir grandissant, celui d’un Maroc libre.

Ce 7 avril, les autorités coloniales passent à l’offensive. Officiellement, il s’agit de répondre à des troubles, en réalité, tout porte à croire qu’il s’agissait d’empêcher, coûte que coûte, que la visite de feu le sultan Mohammed V à Tanger ne devienne une tribune internationale pour l’indépendance marocaine.

Alors, la machine répressive s’enclenche.

Les soldats, épaulés par des auxiliaires, investissent les quartiers populaires. La violence est brutale, les témoins parleront plus tard de tirs nourris, de maisons fouillées, de familles prises au piège. Femmes, enfants, vieillards, personne n’est épargné. Le sang coule dans des ruelles qui, la veille encore, vibraient des gestes simples du quotidien.

Casablanca devient, en quelques heures, une ville meurtrie.

7 avril 1947 : le jour où le sang des Marocains s’est mêlé à l’encre de l’Histoire

Les chiffres, eux, restent flous, comme souvent dans les tragédies coloniales. Mais les récits convergent, avec des centaines de victimes, entre morts, blessés et arrestations. Des militants nationalistes sont traqués, des syndicalistes emprisonnés, des anonymes frappés pour l’exemple. La répression veut terroriser… Et pourtant.

Ce que les autorités n’avaient pas prévu, c’est la capacité de ce drame à se transformer en levier. Car au lieu d’éteindre la contestation, le massacre du 7 avril la propage.

Casablanca aux yeux de tous

Dans les jours qui suivent, la nouvelle se répand dans tout le pays. L’indignation est générale. Des appels à la grève émergent, des solidarités s’organisent. Dans les villes comme dans les campagnes, le choc agit comme un électrochoc : la lutte pour l’indépendance n’est plus une idée portée par quelques-uns, elle devient une cause nationale.

Loin de céder à la pression, le Sultan fait le choix du courage. Il se rend d’abord à Casablanca, auprès des familles endeuillées. Le geste est fort, le Souverain partage la douleur de son peuple. Puis, fidèle à son engagement, il maintient son déplacement à Tanger.

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Feu le sultan Mohammed V prononçant le discours de Tanger dans les jardins de la Mendoubia, le 10 avril 1947 © Archives Maroc

Le 10 avril 1947, devant un parterre international, il prononce un discours resté dans l’Histoire. Sans rupture brutale, mais avec une clarté déterminée, il y affirme l’unité du Maroc, du nord au sud, et son droit légitime à l’indépendance. Le monde écoute. Le Maroc parle.

Et derrière ces mots, il y a les morts du 7 avril. Car leur sacrifice n’a pas été vain, il a révélé au grand jour la violence d’un système colonial à bout de souffle. Les années suivantes confirmeront cette dynamique. La répression ne faiblit pas, culminant en 1953 avec l’exil de feu le sultan Mohammed V. Mais là encore, loin de briser la résistance, elle la renforce. Le souvenir de Casablanca, de ses martyrs, de ses ruelles ensanglantées, nourrit la détermination des Marocains.

Jusqu’au retour.

16 novembre 1955 : retour triomphal du roi Mohammed V

En 1955, lorsque le Sultan rentre d’exil, c’est tout un peuple qui l’accueille. Et dans cette liesse, il y a aussi une mémoire, celle des combats, des pertes, des sacrifices. Deux ans plus tôt, déjà, Casablanca avait montré le chemin.

Aujourd’hui encore, le 7 avril demeure une date vive et à Derb El Kebir, une place porte son nom.

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