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Évasion mystérieuse de Carlos Ghosn vers le Liban

Carlos Ghosn, le patron évincé de l’alliance Renault-Nissan qui attendait d’être jugé au Japon, s’est envolé lundi soir pour le Liban. Ses représentants ont révélé son nouveau lieu de résidence dans une déclaration communiquée aux médias libanais. Ghosn, qui attendait son procès à Tokyo, a souligné qu’il n’a pas « fui la justice », mais qu’il s’est libéré de « l’injustice et de la persécution politique ».

Par Nora Jaafar, Publié le 31/12/2019 à 10:58, mis à jour le 31/12/2019 à 14:48
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Rebondissement spectaculaire dans l’affaire Carlos Ghosn. L’ancien président de Renault-Nissan a fui le Japon pour se réfugier au Liban, rapporte la presse libanaise ce mardi 31 décembre. Tard ce lundi, le quotidien libanais Al Joumhouriya a confirmé que Ghosn « avait atterri à l’aéroport de Beyrouth dans un avion privé, en provenance de Turquie ». Notons que l’ex-patron de Renault-Nissan était assigné à résidence à Tokyo, où il est poursuivi pour quatre chefs d’accusation, notamment pour corruption et pour malversations financières présumées, rappelle L’Orient le Jour. Ce mardi, par le biais de ses représentants, Ghosn a envoyé un communiqué à la presse pour expliquer les raisons de son départ soudain. « Je suis à présent au Liban. Je ne suis plus l’otage d’un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité, où la discrimination est généralisée et où les droits de l’homme sont bafoués, cela au mépris absolu des lois et traités internationaux que le Japon a ratifiés et qu’il est tenu de respecter », affirme-t-il. Et d’ajouter : « Je n’ai pas fui la justice - je me suis libéré de l’injustice et de la persécution politique. Je peux enfin communiquer librement avec les médias, ce que je ferai dès la semaine prochaine ».

Le Financial Times, indique qu’il n’est pas certain « si l’ancien patron du constructeur automobile a fui le Japon ou si les strictes conditions de son assignation à résidence, qui prévoyaient notamment qu’il ne puisse parler à son épouse sans l’autorisation de la cour, ont été sensiblement assouplies ». Toutefois, la télévision publique japonaise NHK « a affirmé que son gouvernement n’a pas levé l’interdiction pour Ghosn de voyager à l’étranger. Si son départ du Japon était confirmé, sa liberté conditionnelle serait annulée et sa caution de 14 millions de dollars, perdue ». La même source a également cité un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères qui a précisé que « Ghosn n’était pas censé quitter le pays. Si (nous) l’avions su à l’avance, nous l’aurions signalé aux autorités policières compétentes ».

Selon le Nouvel Observateur, Junichiro Hironaka, le principal avocat japonais de Ghosn s’est dit « abasourdi » par l’annonce de la fuite de son client. « C’est une surprise totale, je suis abasourdi », a-t-il déclaré aux médias, affirmant avoir appris « par la télévision » que l’ex-patron de Renault-Nissan avait fui le Japon. France 24 indique que désormais « l’équipe de défense de Ghosn a complètement perdu la face. Ses avocats avaient promis qu’il resterait au Japon comme condition de sa libération sous caution ». Les législateurs du Parti libéral démocrate (LDP) du Japon déplorent quant à eux que « ce n’est pas un “départ du pays”, mais que c’est un départ illégal et une évasion, qui sont en soi des crimes passibles de longues peines de prison ». Ils ajoutent que la démarche de Ghosn était très réfléchie vu que le Japon n’a pas de traité d’extradition avec le Liban.

De leurs côtés les médias libanais se réjouissent du retour « à la maison » de Ghosn. Ricardo Karam, un animateur de télévision et ami de l’ex-patron de Renault-Nissan, a déclaré : « Il est chez lui ! C’est une grande aventure qui commence ». Les Libanais sont particulièrement fiers de l’icône de l’industrie automobile, qui parle couramment l’arabe et qui leur rendait régulièrement visite. Né au Brésil, où son grand-père libanais avait cherché fortune, Ghosn a grandi à Beyrouth, où il a passé une partie de son enfance dans une école jésuite, rapporte Euronews. Ce dernier déteint des passeports français, libanais et brésilien, qui lui ont tous été confisqués au début de son procès.

Pour rappel, Ghosn a été arrêté en novembre 2018 et devait être jugé en avril 2020. Il a été accusé de sous-déclaration de son futur salaire et d’abus de confiance. Il a affirmé à plusieurs reprises son innocence, soutenant que les autorités japonaises avaient fomenté des accusations à son encontre pour empêcher une éventuelle fusion entre Nissan et son partenaire d’alliance Renault. Les charges portées contre lui sont passibles d’une peine maximale de 15 ans de prison.

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