Aller au contenu principal

Liban, Algérie, Catalogne...la vague de colère qui sévit dans le monde

Au Liban, on manifeste contre une taxe sur WhatsApp et une corruption endémique. Au Chili, on dénonce une hausse du prix du métro et une inégalité rampante. À Hong Kong, un projet de loi d’extradition et un autoritarisme croissant ont attisé la colère du peuple. En Algérie, les militants se sont enflammés contre l’éventuel cinquième mandat d’un président âgé et malade ainsi que des décennies de régime militaire. Le monde se soulève et n'accepte plus les abus d'une classe politique qui ne rempli plus sa mission principale de servir le peuple. Petit tour d'horizon des principaux mouvements de contestation actuels.

Par Nora Jaafar, Publié le 06/11/2019 à 14:41, mis à jour le 30/12/2019 à 20:25
Teaser Media

Bien que les manifestations qui font rage aujourd’hui un peu partout dans le monde entier ont divers déclencheurs, elles transcendent toutes les mêmes problématiques, notamment une stagnation des classes moyennes et une démocratie étouffée. Toutefois, cette vague de colère est nourrie par l’espoir et la conviction profonde que les choses peuvent changer, voire même s’améliorer. Entre temps, ces protestations sans leaders, paralysant gouvernements et pays, s’avèrent être difficiles à contenir et à calmer.

 

Hong Kong

Les manifestations de Hong Kong ont été initiées par de jeunes étudiants, qui ont vite réussi à convaincre toutes les couches de la société de rejoindre leur cause. Suite à une proposition de modification d’une loi sur l’extradition qui permettrait de transférer des suspects en Chine continentale et de les juger devant des tribunaux contrôlés par le parti communiste, les militants ont envahit les rues du territoire pour dénoncer de projet de loi. Bien que ledit projet ait été abandonné, les manifestants ont continué à dénoncer les brutalités policières, la mauvaise gestion du gouvernement quant à cette crise et, surtout, l’ingérence croissante de la Chine dans les affaires de Hong Kong.

 

En réponse, les autorités ont arrêté plus de 2 000 personnes et la police a adopté des mesures plus violentes pour réprimer les manifestations. Aujourd’hui, cinq mois après le début des protestations, le nombre de personnes participant aux rassemblements a diminué. Néanmoins, les tensions ne semblent pas près de s’apaiser, car les militants exigent encore que toutes leurs revendications soient satisfaites.

 

Liban

Selon les statistiques de Reuters, près de 20 % de la population du Liban a participé aux manifestations du pays. Les Libanais reprochent à leur gouvernement, divisé et dysfonctionnel, son incapacité à résoudre des problèmes de base tels que la détérioration des routes, les défaillances du réseau électrique (les coupures d’électricité sont un problème quotidien), l’inexistence d’un système de collecte de déchets ou encore la croissance alarmante du taux de chômage chez les jeunes (37 %). Pourtant, ce qui a principalement provoqué l’ire du peuple était l’introduction d’une taxe de 20 cents sur les appels WhatsApp que le gouvernement a annoncés dans le cadre d’une série de mesures d’austérité visant à maîtriser le fardeau extrêmement lourd de la dette publique du pays.

 

Pour le cabinet au pouvoir, constitué d’un ensemble de partis politiques à caractère sectaire (confessionnalisme proportionnel fondé sur le recensement de 1932), il est impossible de parler d’une seule voix au sujet de ces protestations. En effet, les dirigeants politiques de tout le spectre ont essayé de sympathiser avec les manifestants, mais ont défendu le système et appelé au rétablissement de l’ordre.

 

Malgré la démission du premier ministre Saad Hariri et la perspective prometteuse de la création d’une nouvelle identité libanaise, les experts craignent que les profondes divisions politiques et religieuses du pays (et le système fondé sur ces divisions) ne prennent le dessus, se traduisant par une nouvelle ère de violences sectaire. Le mouvement de protestation n’a pas de leader et ne dispose pas d’un agenda ou d’un plan clair, de sorte que même s’il réussit à destituer le gouvernement, l’avenir du pays resterait flou.

 

Chili

Les protestations ont commencé à Santiago par une mutinerie menée par des jeunes. Mais à mesure que la rébellion s’est propagée dans le pays, plusieurs autres classes citoyennes ont rejoint le mouvement. Tout a commencé après une hausse du prix des billets de métro. Les Chiliens sont ensuite descendus dans les rues pour forcer le gouvernement à supprimer cette augmentation. Depuis lors, les protestations se sont transformées en condamnation du gouvernement, responsable selon eux des inégalités sociales, de la médiocrité des services publics ainsi que des salaires et des pensions de retraite de misère. Face à ce soulèvement, le président de centre droit, Sebastián Piñera, a déclaré l’état d’urgence et a annoncé que le Chili était « en guerre » contre des gangs de délinquants « malfaisants » déterminés à causer sa destruction. Plus de 2 600 arrestations ont été effectuées et au moins 15 personnes ont trouvé la mort, dont quatre aux mains des forces de sécurité. Pour calmer sa nation, Piñera a rencontré par la suite les chefs de l’opposition, a dévoilé une série de nouvelles réformes sociales et s’est excusé pour la vision « court-termiste » des dirigeants politiques chiliens.

 

La réussite de la démarche du président pour désamorcer la situation n’est pas certaine, surtout que les Chiliens ont annoncé que leurs manifestations ne font que commencer. « Chile despertó », ont-ils chanté cette semaine : Le Chili s’est réveillé.

 

Catalogne

Les manifestations en Catalogne ont connu la participation de plus de 525 000 personnes, après que la Cour suprême d’Espagne ait inculpé neuf dirigeants séparatistes catalans de sédition et d’utilisation abusive des fonds publics pour une tentative avortée d’indépendance, qui remonte à deux ans. Ils ont été condamnés à des peines allant de neuf à treize ans de prison. Environ 600 blessés ont reçu des soins médicaux et plus de 200 personnes ont été arrêtées. Le gouvernement de Madrid a ensuite déclaré que sa priorité était le maintien de l’ordre public. Puis la réaction violente de la police a été vivement critiquée par certains pour avoir prétendument pris pour cible des passants innocents et des journalistes. Le président régional indépendantiste de Catalogne, Quim Torra, a également été pointé du doigt pour avoir mis trop de temps à condamner la violence et pour avoir encouragé la désobéissance civile.

 

Les choses se sont considérablement calmées cette semaine. Torra a appelé à des pourparlers avec le gouvernement espagnol, mais a également menacé de protester contre le verdict de la Cour suprême en organisant un autre référendum unilatéral sur l’indépendance catalane. Le gouvernement espagnol, dirigé par le Premier ministre par intérim, Pedro Sánchez, a rejeté ces appels, accusant l’administration Torra de ne pas en faire assez pour garantir l’ordre public et d’ignorer la volonté de la majorité des Catalans opposés à l’indépendance. Même si les protestations s’estompent, la question catalane restera au centre des prochaines élections législatives espagnoles.

 

Algérie

Depuis le début des manifestations massives d’Algérie, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a démissionné après deux décennies au pouvoir, nombre de ses fidèles ont été arrêtées pour corruption et son chef de la sécurité est derrière les barreaux. Les Algériens protestent depuis presque 10 mois contre l’hégémonie du régime militaire au pouvoir et exigent le départ de tous ses membres, considérés comme des fidèles de Bouteflika.

 

Aujourd’hui, le gouvernement espère que l’élection présidentielle du 12 décembre mettra fin au vide constitutionnel du pays et qu’elle va aider à créer une politique légitime qui saura satisfaire les manifestants. Cependant, le mouvement d’opposition dépourvu de leader, connu sous le nom de Hirak, a rejeté ce scrutin, affirmant qu’il ne sera ni libre ni équitable tant qu’il est organisé et piloté par « Le Pouvoir » (politiciens de l’ère de Bouteflika encore présent au gouvernement).

 

Le gouvernement, quant à lui, a augmenté sa pression sur les manifestants depuis l’été en renforçant la présence policière lors des marches et rassemblements, en arrêtant des dizaines de manifestants et en incarcérant des personnalités de l’opposition.

 

 

 

En France, en Irak, à Haiti, en Equateur, tous ces mouvements semblent également avoir un dénominateur commun assez évident, ce sont les inégalités sociales. Il existe aussi un ras-le-bol qui vise à la fois le gouvernement jugé corrompu, clientéliste, antidémocratique et en même temps des mesures économiques qui visent les plus pauvres et qui donne l'impression d’une confiscation du pouvoir, nous indique le site de presse belge RTBF.

 

Cependant ces mouvements populaires actuels ont émergé dans des terreaux protestataires déjà existants ces dernières années (Les Printemps Arabes, Les Indignés, le Mouvement des parapluies, la lutte contre l’austérité en Grèce,…). Malheureusement peu structurés politiquement, ils n’ont pas de relais politiques qui pourraient prendre la relève d’un gouvernement renversé par la rue dont l'issue ne serait peut-être pas meilleure à la situation actuelle.

Hong Kong : une descente de 500 agents au Apple Daily

Ce jeudi 17 juin, 500 policiers ont fouillé les ordinateurs et les carnets de notes des journalistes du tabloïd pro-démocratique Apple Daily à Hong Kong. La police a arrêté cinq cadres du journal aprè...

Analyse de la situation sécuritaire au Sahel

Après les attentats qui ont eu lieu dans le village de Solhan au Burkina Faso, des milliers de manifestants sont sortis dans les rues pour dénoncer le laxisme des autorités. Dans ce podcast, Emmanuel ...

USA-Russie : première rencontre de Joe Biden avec Vladimir Poutine

Le président américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine ont conclu ce mercredi après-midi leur sommet de Genève, en Suisse, mettant ainsi fin à leur première rencontre depuis l’entrée...

Gaza : échanges de tirs entre Israël et le Hamas

Dans la matinée de ce mercredi, l’aviation israélienne a mené des frappes dans la bande de Gaza. Selon des sources sécuritaires palestiniennes et une station de radio du Hamas, elle a visé au moins un...

Sommet US-UE : la Covid-19, le climat et le commerce à l’ordre du jour

Les États-Unis et l’Union européenne ont convenu d’une trêve de cinq ans dans leur différend de longue date sur les subventions accordées aux constructeurs aéronautiques. Cette annonce a été faite ce ...

L’Otan réaffirme sa force et interpelle la Russie et la Chine

Les 30 États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) ont clôturé leur somme...