Janvier 1963 est, dans la mémoire des Marocains, le mois où les pluies se sont transformées en catastrophe. Les inondations qui ont ravagé le nord du pays ont coûté la vie à des dizaines de personnes et détruit des villages entiers, mais elles ont aussi bouleversé les traditions les plus sacrées, comme la célébration de Aïd al-Adha. Une tragédie racontée aujourd’hui à travers des timbres postaux.

Temps de lecture :
A A A A A

Janvier 1963. Le Maroc se réveille sous un ciel chargé et des pluies incessantes. Un simple hiver pluvieux s’est rapidement transformé en drame national. Du Rif aux plaines du Gharb, des torrents furieux balaient les champs, détruisent les habitations et emportent le bétail. L’oued Sebou, habituellement paisible, devient un monstre impitoyable, inondant les villages et semant la panique.

Dans les campagnes, les habitants assistent, impuissants, à la disparition de toute leur vie, à savoir leurs champs, leurs animaux, parfois même leurs proches. Les chiffres de la tragédie émergent petit à petit. Le 11 janvier, le journal français Le Monde évoque déjà dix morts et des milliers de sinistrés. Deux jours plus tard, des villages entiers sont rayés de la carte, et les pertes matérielles et humaines s’accumulent. Le journal évoque alors une « catastrophe nationale ».

Dans de nombreuses zones, les vivres se font rares malgré l’intervention des avions, l’eau potable manque et le spectre d’épidémies plane sur les villages submergés. Reuters estime que près de 50.000 personnes ont été touchées par la catastrophe.

La région du Gharb est devenue l’épicentre des inondations. Jamais depuis 1927, ses plaines n’avaient été submergées à ce point. La ville de Kénitra se trouve en première ligne. Plusieurs quartiers, dont le secteur industriel, ont dû être évacués dès le soir. Les bases militaires présentes, marocaine et américaine, sont à l’œuvre.

Les prévisions météo ne laissent aucun répit, de nouvelles pluies sont annoncées, menaçant d’aggraver encore les dégâts et de compliquer l’acheminement de l’aide.

Pour venir en secours aux populations isolées, l’armée américaine a coordonné ses efforts avec les autorités marocaines. Des missions de ravitaillement ont été organisées dès le mercredi 9 janvier 1963, avec le parachutage de citernes d’eau potable. Mais la manœuvre est risquée, une partie des cargaisons a échoué, tombant hors de portée des villages sinistrés.

16 novembre 1955 : retour triomphal du roi Mohammed V

Face à l’ampleur des dégâts, feu le roi Hassan II prend la lourde décision d’annuler les célébrations de Aïd al-Adha, prévues pour le début du mois de mai. C’est dire à quel point la situation était gravissime. Les habitants du Gharb, du Rif et d’autres régions sinistrées sont loin de pouvoir penser à la fête, ils comptent leurs pertes, reconstruisent à peine ce qui peut l’être et pleurent leurs morts.

L’histoire à travers les timbres

L’histoire de ces inondations est aujourd’hui racontée de manière surprenante à travers le timbre-poste. Le 28 janvier 1963, Poste Maroc réagit à sa façon. Deux timbres de la série portant le portrait de feu le roi Hassan II, initialement émis en 1956, sont réédités avec un marquage particulier : la mention « فيضانات 1963 » (Inondations 1963). La valeur nominale est modifiée et une taxe est ajoutée pour alimenter un fonds destiné aux victimes. Sur ces timbres, le nom du pays apparaît sous l’appellation « Maroc Al-Aqsa », avant que « Royaume du Maroc » ne devienne la référence officielle dans les années suivantes.

1963, l’année où l’eau a tout emporté au Maroc
Timbres émis suite aux inondations de 1963 © Rakuten

Ces timbres sont le témoignage d’une tragédie historique. Le premier jour de l’émission est illustré par une carte indiquant les zones les plus touchées par les inondations, offrant aux philatélistes et aux citoyens une mémoire visuelle de ce moment douloureux. Le catalogue Yvert & Tellier référence ces éditions sous les numéros 453 et 454.

1963 frappe encore…

Si janvier 1963 avait été catastrophique, le reste de l’année n’allait pas être plus clément. Le 23 mai, l’oued Moulouya, dans le nord-est du pays, se transforme à son tour en un torrent dévastateur. Depuis le cœur de l’Atlas moyen et de l’Atlas central, l’eau emporte tout sur son passage jusqu’à la Méditerranée. La tragédie est immense avec 170 morts, des villages détruits, et, symbole de la violence des flots, l’effondrement de la rive gauche du barrage Mohammed V, au sud de Oujda. Les dégâts matériels s’ajoutent au drame humain, et le pays se retrouve de nouveau à reconstruire ses vies et ses infrastructures.

1963 est ainsi gravé dans la mémoire du Maroc à travers l’eau et le papier. Les inondations ont bouleversé la vie, annulé les fêtes et marqué le pays pour toujours… Ce qui n’est pas sans rappeler ce qui se passe actuellement :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire