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L’Otan réaffirme sa force et interpelle la Russie et la Chine

Les 30 États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) ont clôturé leur sommet ce lundi 14 juin à Bruxelles, en Belgique. Ils ont profité de cette occasion pour réaffirmer la solidité de leur alliance militaire. Aussi, ils ont exprimé leur préoccupation quant aux ambitions déclarées de la Chine et à «la menace croissante» que représente le renforcement militaire de la Russie. Retour sur les principales questions abordées lors de cette réunion de haut niveau, qui a été marquée par le grand retour des États-Unis.

Par Nora Jaafar, Publié le 15/06/2021 à 14:33, mis à jour le 15/06/2021 à 17:39
         Temps de lecture 7 min.
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L’OTAN réaffirme sa force et interpelle la Russie et la Chine

La Russie et la Chine dans la ligne de mire des 30 États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan). En effet, lors du sommet de l’alliance qui s’est tenu ce lundi 14 juin à Bruxelles, en Belgique, les deux pays ont été qualifiés de «défis à l’ordre international». Dans un communiqué final, les dirigeants de cette organisation ont convenu d’«ouvrir un nouveau chapitre dans les relations transatlantiques», alors qu’ils sont confrontés à un environnement de sécurité «de plus en plus complexe». Ainsi, ils ont adopté un nouvel agenda "Otan 2030", un mécanisme de consultation visant à préparer leur prochain concept stratégique. C’est un document qui est destiné à guider l’alliance face à une concurrence mondiale croissante et à des menaces de plus en plus imprévisibles.

L’Otan 2030 souligne que lesdites nouvelles menaces sont : une «Russie plus affirmée», «une forme de terrorisme plus brutale», une instabilité permanente, une augmentation des cybermenaces et des menaces hybrides, les nouvelles technologies, les pandémies et le changement climatique. Le nouvel agenda avance aussi que «la montée en puissance de la Chine modifie fondamentalement l’équilibre des forces internationales». D’après le Norvégien Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan, «en s’accordant sur le programme Otan 2030, les dirigeants ont pris des décisions pour rendre notre alliance plus forte et mieux adaptée à l’avenir».

 

La menace russe

Bien que Moscou nie tout acte répréhensible, les alliés se disent de plus en plus inquiets quant à ses agissements, notamment la récente offensive russe sur son flanc oriental et ses attaques secrètes et cybernétiques visant à compromettre et à espionner les États occidentaux. D’ailleurs, les membres de l’Otan ont approuvé une nouvelle politique de cyberdéfense pour contrer les cyberattaques de la Russie. Cette politique «reconnaît que le cyberespace est contesté à tout moment, et garantit que nous disposons de capacités techniques solides, de consultations politiques et d’une planification militaire pour assurer la sécurité de nos systèmes», a expliqué Stoltenberg.

En marge du sommet, le président américain Joe Biden a rencontré les dirigeants de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie, pays qui ont obtenu leur indépendance de l’Union soviétique en 1991. Bien qu’ils soient désormais membres de l’Otan et de l’Union européenne, ces pays baltes se méfient encore des ambitions régionales du Kremlin. La réunion de Biden avec les leaders de ces États intervient deux jours avant sa rencontre avec le président russe, Vladimir Poutine, prévue le mercredi 16 juin à Genève. Notons que ce dernier a longtemps décrit l’Otan de «relique de la guerre froide». «Je ne sais pas pourquoi cette organisation continue d’exister», a-t-il même déclaré ce lundi à un journaliste de la NBC.

 

Les ambitions "dangereuses" de la Chine

Pour l’Otan, l’expansion de la présence militaire de la Chine dans les pays baltes et jusqu’en Afrique signifie qu’il doit se préparer au pire. «La Chine se rapproche de nous. Nous la voyons dans le cyberespace, nous la voyons en Afrique, et nous voyons aussi la Chine investir massivement dans nos propres infrastructures critiques», a indiqué le secrétaire général de l’alliance. Cependant, poursuit-il, il n’est pas question de provoquer une nouvelle guerre froide. «La Chine n’est pas notre adversaire ni notre ennemi», a soutenu Jens Stoltenberg. «Mais nous devons faire face aux défis posés par la Chine pour notre sécurité», a-t-il indiqué.

Selon Alice Billon-Galland, l’une des plus jeunes leaders de l’Otan sélectionnés pour chapeauter le programme Otan 2030, les alliés européens ont besoin de travailler avec les États-Unis et la Chine, mais ils veulent à tout prix éviter d’être entraînés dans une confrontation binaire entre Washington et Pékin. «Les alliés européens sont assez prudents dans leur approche et sont un peu réticents à ce que l’Otan s’implique trop dans les questions liées à la Chine ou à l’Indo-Pacifique», a-t-elle expliqué.

Pour rappel, un jour avant la tenue de ce sommet, un grand nombre des dirigeants actuellement réunis à Bruxelles ont publié une déclaration à l’issue du sommet du Groupe des Sept (les sept pays les plus puissants au monde) à Cornwall, au Royaume-Uni, pour dénoncer les violations des droits de l’homme commises par la Chine. En réponse, Pékin a rétorqué que le G7 cherche juste à ternir sa réputation.

Lire aussi : G7 : la solidarité, la clé de la lutte contre les menaces mondiales

 

Retrait d’Afghanistan

Après 20 ans d’opérations militaires, l’Otan et les États-Unis ont enfin décidé de retirer leurs forces d’Afghanistan. Biden a fixé le 11 septembre 2021 comme date limite de ce retrait. À travers cette décision, les dirigeants de l’OTAN ont réaffirmé «leur engagement à rester aux côtés de l’Afghanistan», en assurant la formation, le soutien international des forces et des institutions afghanes et le financement nécessaire pour assurer le fonctionnement continu de l’aéroport international du pays, souligne Stoltenberg.

Ils sont à ce jour, environ 10.000 soldats de l’Otan, provenant de pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Turquie, la Géorgie, la Roumanie et l’Italie, à être déployés en Afghanistan. Cette forte présence militaire traduit la préoccupation des alliés quant à la sécurité de leurs ambassades et à celle de l’aéroport de Kaboul. Afin de rassurer les membres de l’alliance, la Turquie, également membre de l’Otan, a proposé de sécuriser ledit aéroport. Une proposition qui, bien que saluée par Washington, reste peu probable en raison des tensions actuelles entre les gouvernements turc et américain.

En effet, la question du contrôle et du fonctionnement de l’aéroport de Kaboul figurait parmi les nombreux sujets de sécurité abordés par Biden lors de sa rencontre bilatérale ce lundi avec le président Recep Tayyip Erdogan. Les relations entre les États-Unis et la Turquie ont été problématiques ces dernières années, notamment après l’achat par Ankara du système russe de défense antimissile S-400, son offensive militaire en Syrie et son soutien à l’Azerbaïdjan dans la guerre du Haut-Karabakh avec l’Arménie en 2020.

 

L’Amérique est de retour

Par ailleurs, cette rencontre au sommet marque le grand retour des États-Unis auprès des États membres de l’Otan. Portant le message "America is Back" à Bruxelles, le nouveau président démocrate assure l’engagement de son pays envers le principe de défense collective de l’alliance. «Je veux juste que toute l’Europe sache que les États-Unis sont désormais là. Les États-Unis sont de retour», a assuré Biden lors de sa rencontre avec Stoltenberg.

La participation de Biden affirme ainsi la reprise des relations des USA avec l’alliance militaire. Son prédécesseur, Donald Trump, avait auparavant qualifié l’Otan d’obsolète et s’était plaint que la contribution américaine au financement de l’organisation était beaucoup plus élevée que celle des autres membres.

Interrogé par un journaliste sur le risque du retour de Trump ou d’une personnalité qui partage ses convictions et de son impact sur la position des États-Unis au sein de l’alliance, Stoltenberg a répondu que les quatre dernières années ont mis en lumière «l’importance d’institutions multilatérales fortes». «Il y aura différents dirigeants politiques élus dans de nombreux pays alliés dans les années à venir. Mais, je suis convaincu que, tant que nous aurons conscience qu’il est dans notre intérêt de rester unis, nous maintiendrons l’OTAN comme le socle de notre sécurité», affirme le secrétaire général de l'alliance.

 

Enfin, il faut rappeler que le dernier concept stratégique de l’Otan remonte à 2010. Lors du mandat très controversé et houleux de Donald Trump, les alliés ont été réticents à le renouveler en raison de l’imprévisibilité des agissements et des décisions du milliardaire républicain.

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