Février 2026. Le Maroc sort à peine d’un long tunnel de sécheresse. Sept années à compter les millimètres de pluie, à scruter le niveau des barrages, à parler de stress hydrique. Et soudain, les pluies tombent sans répit. Le pays habitué à la sécheresse n’avait pas prévu ça… et ça se voit, l’impact est désolant.

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Les barrages débordent, près de 5 milliards de mètres cubes d’eau sont relâchés, des villes sont inondées, des terres agricoles submergées. Au nord, l’eau envahit les champs et force des familles à quitter leurs maisons. Au sud, gros paradoxe, on continue de guetter la pluie. Mais comment un pays en manque d’eau peut-il se retrouver dépassé par son abondance ?

Il faut dire qu’après sept années de sécheresse, le Maroc a brutalement changé de décor hydrique. En ce début 2026, plusieurs barrages affichent des niveaux exceptionnellement élevés. Il est rassurant de voir des retenues remplies, des courbes qui remontent, un stress hydrique soulagé… Mais, la mécanique est un peu rouillée après tant d’années d’assèchement.

Pour l’image, un barrage n’est pas une passoire, on ne le remplit pas à l’infini. Chaque ouvrage possède une capacité normale de retenue, définie pour garantir sa stabilité et la sécurité des populations. Au-delà de ce seuil, l’eau doit être évacuée par les déversoirs afin d’éviter une pression excessive sur la digue. « Si la retenue dépasse sa capacité de sécurité, l’ouvrage peut être fragilisé, et les populations situées en aval exposées », explique Fouad Amraoui, professeur d’hydrogéologie à la Faculté des sciences de Casablanca.

Ces derniers mois, les épisodes pluvieux très intenses ont entraîné un remplissage extrêmement rapide de certains barrages du nord du pays, notamment dans les bassins du Loukkos et du Sebou. Il y a donc eu de forts lâchers d’eau pour éviter tout risque. « Tous les bassins hydrauliques du pays en bénéficient, y compris le bassin de l’Oum Er Rbia qui souffrait le plus de la sécheresse. Aujourd’hui, plusieurs barrages sont entièrement pleins, ce qui oblige les autorités à procéder à des lâchers en prévision des nouveaux apports », nous explique le spécialiste en hydrologie.

Et, contrairement aux apparences, ces déversements ne sont pas, techniquement, un « gaspillage ». C’est un mécanisme de sécurité, avec une partie de l’eau qui rejoint la mer. Mais d’un autre côté, ces rejets sont bénéfiques pour la recharge des nappes qui jalonnent les cours d’eau, pour le lessivage des sols qui peuvent être salinisés et pour le nettoyage des cours d’eau des différentes pollutions.

Le problème n’est donc pas l’existence des lâchers, mais dans le volume.

Un système pensé pour la rareté hydrique

Depuis les années 1970, la politique marocaine hydrique repose sur une stratégie de stockage pour amortir la sécheresse. Les grands barrages (Oued El Makhazine (1979), Al Wahda (1996), Al Massira (1979)) ont été imaginés comme des assurances contre la pénurie.

Dans des régions comme le Gharb et le Loukkos, historiquement inondables, ces infrastructures ont permis de sécuriser des villes entières et de développer une agriculture irriguée intensive. Avant leur mise en service, les plaines étaient souvent submergées en hiver.

Mais le changement climatique bouleverse cette équation. Nous ne sommes plus dans un schéma « sécheresse modérée / année normale ». Nous basculons entre longues périodes arides et épisodes pluviométriques extrêmes concentrés sur quelques semaines.

Lorsque les pluies deviennent quasi ininterrompues, sans période de décrue, même les barrages les plus imposants atteignent rapidement leur seuil de sécurité.

Dans certaines zones à topographie plate et à sols argileux, comme le Gharb, l’écoulement naturel est lent. Lorsque les lâchers coïncident avec des crues en aval et une houle importante à l’embouchure, l’évacuation vers la mer devient complexe. L’eau s’étale alors latéralement, inondant des terrains urbanisés parfois construits sur d’anciens bras d’oueds.

« Le cas de Ksar El Kébir en est le parfait exemple. Le barrage s’est rempli totalement dans un temps très court, il n’y a donc pas de répit entre les épisodes d’averses, les lâchers ont commencé tardivement, le cours d’eau a une pente faible et est peu encaissé, la houle et une sédimentation au niveau de l’embouchure compliquent le rejet d’eau en mer. L’eau du barrage sort par les déversoirs d’orages ou par-dessus déborde sur le cours d’eau et inonde de plus en plus les terrains avoisinants », détaille Fouad Amraoui.

Ces perturbations météorologiques touchent aussi les pays voisins, notamment l’Espagne et le Portugal. Elles arrivent juste après une longue période de sécheresse où le mot d’ordre était de conserver toute goutte d’eau arrivée au sol. Les pluies sont ininterrompues depuis plus de deux mois, ne laissant pas de temps pour la décrue.

60 ans de stratégie hydrique

Avant les grands barrages, les plaines du Gharb et du Loukkos vivaient au rythme des inondations. Topographie plate, sols argileux et limoneux, faible pente des oueds, chaque hiver, les crues débordaient largement, submergeant terres agricoles et zones habitées. L’eau stagnait pendant des semaines.

C’est dans ce contexte que le Maroc a engagé, dès les années 1960, une politique ambitieuse dite des « grands barrages », impulsée par feu le roi Hassan II. Il fallait alors sécuriser l’eau dans un pays structurellement irrégulier sur le plan pluviométrique.

Maroc ou le grand paradoxe hydrique ?
Les grands barrages du Maroc © LeBrief

Coût réel : perte ou ajustement ?

Donc, l’idée selon laquelle chaque mètre cube lâché représente une perte économique mérite d’être nuancée. Le coût moyen de production et de distribution de l’eau potable varie selon les régions et les procédés (traitement, pompage, transport). Il ne peut être directement appliqué à un volume brut d’eau de crue.

En revanche, il est certain que l’eau relâchée ne peut plus être mobilisée ultérieurement pour l’irrigation ou l’alimentation en eau potable si les précipitations cessent brutalement.

Les transferts Nord-Sud sont-ils possibles ?

Depuis 2023, le Maroc a mis en service une première interconnexion entre les bassins du Sebou et du Bouregreg, afin de sécuriser l’alimentation en eau potable de l’axe Rabat-Casablanca. Il achemine presque 1 million de m³ par jour et permet de sécuriser l’eau potable pour l’axe Rabat-Casablanca au bénéfice d’environ 12 millions d’habitants.

Cette « autoroute de l’eau » permet de transférer quotidiennement d’importants volumes pour usage domestique. Mais elle n’a pas été conçue pour gérer des crues massives ni pour irriguer les périmètres agricoles du Sud.

Sa capacité technique reste limitée et le barrage destinataire doit lui-même disposer d’une marge de stockage disponible. Si celui-ci est déjà proche de sa capacité, le transfert devient impossible. « Le barrage Sidi Med Benabdellah qui doit recevoir l’eau transférée a déjà atteint sa capacité totale », déclare le Professeur.

Quant à une extension vers le bassin de l’Oum Er-Rbia, elle suppose des investissements lourds, des infrastructures supplémentaires et des délais de réalisation incompatibles avec une gestion d’urgence.

Fin 2025 et début 2026 ont révélé que la stratégie pensée pour lisser la sécheresse ne suffit pas vu que le climat est désormais marqué par l’extrême. Les barrages marocains ne sont ni des échecs ni des miracles. Ils sont devenus les amortisseurs d’un système climatique instable, et ce, partout dans le monde. Et plus les épisodes seront violents, plus la question ne sera pas « avons-nous assez d’eau ? », mais « savons-nous la gérer dans ses excès comme dans ses manques ? »

La facture invisible des lâchers hydriques

Relâcher de l’eau n’est jamais gratuit. Ce geste technique a un coût direct… et un coût d’opportunité.
Un mètre cube d’eau brute stockée dans un barrage ne vaut pas le prix d’un mètre cube distribué au robinet. L’eau potable intègre des frais de traitement, d’acheminement, de pompage et d’entretien des réseaux. Selon les villes et les opérateurs, le coût global peut varier fortement. Il serait donc économiquement faux d’appliquer mécaniquement le tarif urbain au volume relâché.

Mais alors que représente un milliard de mètres cubes perdus en mer après des années de pénurie ? Dans un pays en stress hydrique, chaque réserve est une assurance contre les sécheresses futures. Si les précipitations s’interrompent brutalement au printemps, l’eau relâchée en hiver ne pourra plus être mobilisée pour l’irrigation estivale.

L’agriculture est la première concernée. En année hydrologique normale, elle absorbe la majorité des ressources en eau mobilisées. « En année pluviométrique normale, l’eau agricole peut absorber jusqu’à 85% de nos ressources en eau », déclare Amraoui. En année sèche, lorsque les barrages sont réservés prioritairement à l’eau potable, les agriculteurs se tournent vers les nappes phréatiques, déjà surexploitées dans plusieurs bassins. Cette pression supplémentaire accentue les déficits souterrains et renchérit les coûts de pompage.

Vidéo © Ayoub Jouadi/LeBrief

Dans certaines zones, lorsque l’eau devient rare, les prix grimpent mécaniquement. Les forages privés, le transport par citernes ou les réseaux informels peuvent multiplier les coûts pour les exploitants. Ce renchérissement n’apparaît pas dans les statistiques officielles, mais il pèse lourdement sur les marges agricoles. « Durant la dernière période de sécheresse (2019-2025), beaucoup de personnes ont incriminé l’agriculture comme étant la responsable de la crise, or cette dernière était plutôt victime ».

A cela s’ajoutent les dégâts collatéraux : routes coupées, infrastructures hydrauliques endommagées, parcelles inondées. Chaque crue importante mobilise des budgets d’urgence pour la réparation des pistes rurales, des ouvrages de franchissement et des réseaux électriques.

La gestion des crues, bien que prévue dans leur conception, n’a pas été pensée dans un contexte d’événements extrêmes répétés et concentrés. Créer des bassins de rétention supplémentaires représente un investissement lourd. Outre le coût du génie civil, il faut intégrer l’acquisition foncière, les expropriations, l’entretien et les impacts environnementaux.

Parallèlement, l’Etat a investi massivement dans le dessalement d’eau de mer, considéré comme une solution plus prévisible pour sécuriser l’alimentation urbaine des grandes métropoles. Le dessalement offre une production pilotable, indépendante des aléas pluviométriques, mais à un coût énergétique élevé.

Agriculture : le secteur pris en étau

Les pluies intenses de l’hiver 2026 ont frappé des régions agricoles très stratégiques, notamment dans le nord-ouest du pays. Les plaines du Loukkos et du Gharb figurent parmi les zones les plus productives, en particulier pour les fruits rouges destinés à l’export.

Lorsque les crues coïncident avec des lâchers de barrage et un écoulement ralenti vers la mer, les parcelles situées en zones basses sont rapidement submergées. Les serres, bien que protégées contre les pluies directes, restent vulnérables aux remontées d’eau par le sol et à la stagnation prolongée.

Les pertes ne se limitent pas aux récoltes en cours. Une inondation peut compromettre un cycle de production entier, endommager les structures métalliques, détériorer les systèmes d’irrigation et retarder les exportations.
Les céréales, quant à elles, supportent mal une submersion prolongée au stade de tallage. L’excès hydrique asphyxie les racines et favorise les maladies cryptogamiques. Les betteraves sucrières et certaines cultures maraîchères sont également sensibles aux sols saturés.

A l’échelle locale, cela signifie une chute immédiate de revenu pour des milliers d’exploitations familiales.

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Nous l’avons déjà dit, en année normale, l’irrigation représente la plus grande part des ressources mobilisées. Mais en période de pénurie, l’eau potable est prioritaire. Les périmètres irrigués reçoivent des dotations réduites, voire nulles, lorsque les retenues sont insuffisantes.

Durant les dernières années de sécheresse, de nombreux agriculteurs ont vu leurs allocations suspendues. Ils se sont alors tournés vers les nappes souterraines, accentuant leur surexploitation.

Le Plan Maroc Vert puis sa déclinaison « Génération Green » ont modernisé certaines filières et encouragé le goutte-à-goutte. Cette technique améliore l’efficience, mais elle ne réduit pas nécessairement la pression globale si les surfaces irriguées augmentent simultanément. « Il est aujourd’hui temps d’évaluer ces plans de manière objective par des organismes indépendants, en vue de capitaliser sur les réussites et de corriger les dysfonctionnements potentiels. Avec la crise d’eau vécue et qui reviendra sûrement, on est en obligation de revoir nos choix en termes de cultures, de modes d’irrigation, de populations d’agriculteurs ciblées et de retour sur investissement de l’Etat sur les diverses subventions octroyées ».

Quand l’eau noie la croissance

Les premières estimations croisées (collectivités locales, chambres agricoles, professionnels du BTP) évoquent plusieurs milliards de dirhams de dégâts directs, concentrés dans le Nord-Ouest.

Trois postes dominent :

  • Tout d’abord les infrastructures d’abord. Routes nationales endommagées, ponts fragilisés, pistes rurales ravinées, réseaux électriques coupés. Dans des zones à topographie plate, l’eau stagne, affaiblit les fondations et impose des réparations lourdes. Les travaux d’urgence mobilisent immédiatement les budgets régionaux.
  • L’agriculture ensuite. Récoltes détruites, serres effondrées, semis compromis, pertes de bétail. Une inondation prolongée peut annuler une campagne entière. Et contrairement à une sécheresse progressive, elle ne laisse aucun délai d’adaptation.
  • Puis, le logement et les commerces. Des milliers de foyers ont subi infiltrations, pertes d’équipements, marchandises détruites. Pour les petites entreprises locales (ateliers, cafés, épiceries) trois semaines d’arrêt suffisent à mettre en péril la trésorerie.

Rapporté au PIB national, l’impact direct pourrait sembler limité en pourcentage. Mais dans un pays où la croissance dépend fortement de la campagne agricole et de la consommation intérieure, un choc concentré dans une région productive peut rapidement peser sur les chiffres et les vies.

L’Espagne, confrontée à des épisodes similaires ces dernières années, a enregistré des dégâts se chiffrant en milliards d’euros. Le Maroc, avec une capacité budgétaire plus contrainte, absorbe plus difficilement ces chocs répétés.
Face à la sécheresse prolongée, le Maroc a lancé un vaste programme d’investissements hydriques : dessalement, interconnexions entre bassins, nouveaux barrages, réutilisation des eaux usées.

Les montants engagés sur la décennie sont considérables. Les grandes usines de dessalement représentent à elles seules des investissements de plusieurs milliards de dirhams chacune. L’interconnexion Sebou-Bouregreg, mise en service pour sécuriser l’axe Rabat-Casablanca, a nécessité des infrastructures lourdes. D’autres extensions sont prévues.

Parallèlement, le pays poursuit la construction de nouveaux barrages et la rehausse de certains existants.
Le dessalement apporte une sécurité pour les grandes villes côtières, mais il reste énergivore et coûteux. Les interconnexions renforcent la solidarité hydrique entre bassins, mais elles ne peuvent absorber des crues massives en quelques jours.

Donc, au vu de ce qui s’est passé ces derniers mois, l’investissement est-il équilibré entre la gestion de la pénurie et celle de l’excès ?

Parlons, à présent, impact humain. Des dizaines de milliers de personnes ont dû quitter temporairement leurs habitations dans le Nord-Ouest. Les évacuations préventives ont parfois été tardives, selon des témoignages locaux. Des familles ont trouvé refuge dans des centres d’accueil improvisés, écoles, salles communales, tentes…

L’interruption d’activité frappe durement les travailleurs informels. Artisans, commerçants, journaliers agricoles perdent plusieurs semaines de revenus. Or, dans ces catégories sociales, l’épargne est quasi inexistante.

Le coût humanitaire inclut l’hébergement d’urgence, la distribution alimentaire, l’assistance sanitaire, la remise en état des habitations.

Et puis il y a l’impact psychologique. Une famille endettée qui perd sa récolte ou son commerce peut mettre des années à se relever.

Le Fonds de solidarité contre les événements catastrophiques existe, mais son activation et ses modalités d’indemnisation restent parfois mal comprises du grand public.

Le Fonds de solidarité contre les catastrophes naturelles : comment ça marche vraiment ?

Beaucoup de gens pensent qu’en cas d’inondation ou de catastrophe naturelle, l’État indemnise automatiquement les victimes. En réalité, la démarche est un peu plus complexe.

Le Fonds de solidarité contre les événements catastrophiques (FSEC) a été créé pour indemniser les personnes touchées par des catastrophes naturelles comme les inondations, séismes ou glissements de terrain. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2020, le FSEC offre une compensation partielle plafonnée à 250.000 dirhams pour la perte de la résidence principale et à 70% des indemnités offertes aux assurés pour le préjudice corporel.

Il fonctionne en complément des assurances privées.

Il existe en fait deux niveaux d’indemnisation :

1. Si vous êtes assuré

Depuis 2020, les contrats d’assurance habitation et automobile incluent obligatoirement une garantie contre les événements catastrophiques.

Si votre maison ou votre voiture est assurée, vous êtes indemnisé par votre assureur, qui est ensuite partiellement compensé par le Fonds.

Toutefois, beaucoup de ménages ruraux ou modestes ne sont pas assurés.

2. Si vous n’êtes pas assuré

C’est là que le Fonds intervient directement.

Les personnes non assurées peuvent demander une indemnisation pour :

Les dommages corporels (blessures, décès d’un proche)

Les pertes de logement principal

Certaines pertes de biens essentiels

Mais l’activation du Fonds n’est pas automatique.

Il faut d’abord :

Une reconnaissance officielle de l’état de catastrophe naturelle par décret gouvernemental.

Un recensement précis des victimes par les autorités locales.

Le dépôt d’un dossier dans des délais précis.

Une évaluation administrative des dommages.

Ce processus peut prendre des semaines, voire des mois.

Autre point important, le Fonds ne rembourse pas toujours la totalité des pertes. Il applique des plafonds d’indemnisation et des barèmes. Par exemple, un commerce informel non déclaré ou une construction non conforme peut compliquer l’indemnisation.

Dans le cas des inondations, beaucoup de petits agriculteurs ne sont pas assurés. De nombreuses habitations rurales ne disposent pas de couverture et les commerçants informels n’ont souvent aucune protection.
L’aide dépend donc fortement de la rapidité administrative et de la capacité des ménages à constituer un dossier.

Maroc ou le grand paradoxe hydrique ?

Données publiques, décisions privées ?

Le ministère de l’Equipement publie quotidiennement les taux de remplissage des barrages. Mais les volumes détaillés des lâchers, les scénarios prévisionnels ou les arbitrages techniques ne sont pas toujours accessibles au grand public.
Officiellement, ces données nécessitent une expertise pour éviter les interprétations erronées. Mais cette réserve alimente la défiance.

La transparence devient un enjeu démocratique. Dans un contexte de tension climatique, l’accès à l’information conditionne l’acceptabilité des décisions.

La gestion hydrique implique plusieurs acteurs : agences de bassins, autorités locales, protection civile, ministère de l’Agriculture, communes.

En théorie, des comités de veille existent. En pratique, la coordination peut être ralentie par la multiplicité des niveaux décisionnels.

Certains élus locaux évoquent des évacuations tardives. D’autres pointent un manque de communication en temps réel entre services hydrauliques et autorités communales.

La question des bassins de rétention intermédiaires revient régulièrement. Leur absence limite les marges de manœuvre lors des pics extrêmes.

Trois chantiers émergent.

  1. Renforcer la gestion des excédents. Développer des bassins tampons, améliorer la recharge artificielle des nappes, optimiser la coordination inter-bassins.
  2.  Accélérer la transparence numérique. Publier en temps réel les volumes entrants, sortants et les scénarios prévisionnels.
  3. Réformer l’aménagement agricole. Adapter les cultures aux zones inondables, généraliser les techniques économes, réévaluer les subventions.

La question n’est pas de savoir si une nouvelle crise surviendra. Elle surviendra. La vraie question est : serons-nous mieux préparés ? Nous savons gérer la rareté. Nous devons apprendre à gérer l’abondance.

Le Maroc sait gérer la sécheresse, il doit apprendre à gérer l’abondance hydrique.

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Résultats du sondage LeBrief du 13 février 2026 © LeBrief

Suite aux récentes intempéries, LeBrief a posé à ses lecteurs la question suivante : « Après les intempéries, comment vous sentez-vous ? »

Les résultats montrent une opinion nuancée. 37% se disent rassurés, tandis que 23% se sentent totalement perdus face aux informations contradictoires. Par ailleurs, 22% se déclarent mitigés et 18% inquiets pour l’avenir. Une photographie d’une confiance relative, mais encore fragile.

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