Intelaka : « Dans les régions éloignées, les dossiers sont davantage rejetés », Youssef Ennaciri

Sabrina El Faiz optimized 1

Temps de lecture :

Intelaka : « Dans les régions éloignées, les dossiers sont davantage rejetés », Youssef EnnaciriYoussef Ennaciri. DR @LuxeRadio

A
A
A
A
A

Lancé en février 2020 suite aux directives royales, le crédit Intelaka avait pour objectif de soutenir les entreprises en perte de croissance, avec la promesse de créer 27.000 emplois. Toutefois, l’aubaine pour les PME/TPE, a rapidement été entachée par des fraudes. De nouvelles mesures ont été mises en place. Youssef Ennaciri, expert en entrepreneuriat et analyste financier, nous en parle.

Sur le papier, c’est du rêve ! Une chance pour les petites entreprises, un nouveau souffle. Cependant, dans la réalité, lors du lancement, les Marocains ont réussi à dévier du chemin initial et à exploiter une faille dans le système, en s’enrichissant considérablement au passage.

Le processus commence par la demande de crédit Intelaka, pour laquelle la banque exige du porteur de projet de présenter un modèle commercial. Après examen du dossier par plusieurs commissions, le porteur de projet est invité par la banque à passer à l’étape d’exécution. A ce moment, il doit fournir un contrat de bail pour certains projets, agissant comme une garantie.

C’est à ce stade que certains entrepreneurs décidaient de jouer au jeu de la fraude financière. Ils peuvent facilement surestimer les coûts des travaux en collaboration avec des fournisseurs qui émettent de fausses factures à la banque. Le chèque certifié était ensuite déposé sur le compte du fournisseur pour débloquer les fonds, générant ainsi un bénéfice substantiel.

Entre temps, de nombreuses mesures ont été mises en place pour mettre fin à ces fraudes. A commencer par une commission de suivi, des paiements directs aux fournisseurs… Youssef Ennaciri, expert en entrepreneuriat et analyste financier, nous éclaire à ce sujet.

LeBrief : A quel genre de profil les banques ne donneraient pas du tout ce genre de crédit?

Youssef Ennaciri : Déjà, même si l’entreprise obéit aux conditions d’octroi qui est la date de création moins de 5 ans, un chiffre d’affaires moins de 10 millions de dirhams, les banques regardent la posture de chaque entreprise, la posture du porteur de projet. C’est-à-dire, elles voient si cette personne a la posture d’un vrai entrepreneur, ou bien si c’est juste une personne qui s’est formée sur le tas. Ca d’une part.

D’autre part, elles regardent le potentiel de croissance de la petite entreprise. C’est-à-dire, si elles voient que l’entreprise travaille dans un secteur qui n’est plus porteur, ou bien un secteur dont le besoin en financement est important, notamment des secteurs capitalistiques, à ce moment-là, la banque s’interdit d’octroyer le crédit. Personnellement, je trouve que c’est une bonne chose parce que quand on donne de l’argent à une personne qui ne va pas bien l’utiliser, on va avoir l’effet boomerang, l’effet inverse.

LeBrief : Par le passé, il y a eu beaucoup d’arnaques…

Effectivement il y en a eu quelques-unes malheureusement et heureusement, elles sont minoritaires, des petites entreprises qui essaient d’exploiter ce crédit par le biais d’arnaques, de faux investissements, de fausses déclarations…

LeBrief : Qu’est-ce qui est actuellement mis en place pour contrer ces fraudes ?

Y.E : Aujourd’hui notamment, dans plusieurs  cas, ce n’est plus l’entreprise qui paye les fournisseurs, mais c’est plutôt la banque qui fait le virement directement aux fournisseurs. Ca contourne la possibilité que l’entreprise ne paie pas ses fournisseurs, ce qui est déjà arrivé par le passé.

Une deuxième mesure a été mise en place, à savoir une vraie étude de dossier par des commissions spécialisées. Et ça, malheureusement, ce n’est pas fait par toutes les banques. Il y a des banques qui ont des structures formées pour ça et compétentes, pour juger la crédibilité du dossier et la crédibilité du porteur du dossier.

Lire aussi : Programme Intelaka : près du tiers des dossiers refusés

LeBrief : La faillite est-elle toujours imputée au porteur de projet ?

Y.E : Là aussi, il y a une commission qui est mise en place pour étudier les causes de la faillite. Si les causes sont dues juste aux problèmes de marché, d’accès au marché ou des difficultés réelles rencontrées par l’entreprise, à ce moment-là, c’est les fonds de garantie qui entrent en jeu.

Mais si la faillite est due à une mauvaise attention, à une mauvaise gestion, malgré les alertes données par la banque, par le comité de suivi de la banque, à ce moment-là, la procédure suit la procédure normale judiciaire.

LeBrief : Dans une procédure normale la personne se doit de rembourser l’emprunt ?

Y.E : Exactement. Si les causes de la faillite lui sont dues d’une manière malhonnête.

LeBrief : La commission de suivi a-t-elle pour rôle de suivre le développement de l’entreprise de A à Z ?

Y.E : Oui exactement et d’ailleurs là je lance un appel aux banques et aussi aux personnes qui demandent cet argent, de rester en contact avec la banque parce qu’aujourd’hui la banque ce n’est plus que l’octroi de l’argent, mais c’est aussi le conseil, au moment de l’octroi, et même après.

LeBrief : Jouahri a parlé d’un taux de rejet très élevé, atteignant les 40%, pourriez-vous nous expliquer ?

Y.E : C’est un taux qui est très élevé, et là, il y a plusieurs raisons. Il y a la raison de l’arnaque, mais il y a aussi malheureusement quelques banques, pas toutes, mais quelques banques, je peux dire qu’il n’y en a que trois ou quatre qui ont des structures compétentes pour juger les dossiers.

Malheureusement, d’autres banques, notamment dans les petites villes et les régions éloignées, donc des petites agences, ne sont pas assez formées pour juger les dossiers apportés par les petites entreprises. Et donc, le directeur d’agence, par souci de sécurité, va rejeter le dossier, même s’il est bon. Et ça, ce sont des cas qu’on a vécus dans plusieurs régions. Des exemples concrets sur lesquels j’ai travaillé personnellement, il y a des dossiers à Al-Hoceima, à Ouazzane, à Tinghir, Inezgane…. Et donc, quand on sort des grands centres, on revient à la mentalité bancaire d’autrefois, à savoir les garanties. Est-ce que j’ai des garanties personnelles solides? Sinon, je ne donne pas le crédit par mesure de sécurité.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Transport de marchandises : un bras de fer s’annonce avec le gouvernement

Les syndicats du transport routier de marchandises menacent d'une grève nationale si le gouvernement tarde encore à verser une nouvelle aide au carburant.

El Mehdi El Azhary - 1 juillet 2026
Droits de douane : le Maroc protège davantage son agriculture

Les produits agricoles restent les plus taxés à l’importation, tandis que les équipements industriels bénéficient d’un régime douanier plus favorable au Maroc.

Ilyasse Rhamir - 1 juillet 2026
Pourquoi les Etats-Unis rouvrent-ils la porte à l’OCP ?

Pour le Maroc, et plus particulièrement pour l'OCP, cette dernière avancée illustre la place prise par le groupe dans les grands équilibres agricoles mondiaux.

Rédaction LeBrief - 30 juin 2026
ZLECAf : le Maroc renouvelle son engagement en faveur de l’intégration économique africaine

Le Maroc réaffirme à Abuja son soutien à la ZLECAf et appelle à accélérer l'intégration économique africaine pour stimuler le commerce et l'investissement.

Mouna Aghlal - 30 juin 2026
Stellantis répond à l’offensive chinoise… en s’inspirant de la Chine

Face à la concurrence chinoise, Stellantis redéfinit sa stratégie mondiale et fait du Maroc un hub industriel pour soutenir sa croissance à l'horizon 2030.

Sabrina El Faiz - 30 juin 2026
Agriculture : la COMADER alerte sur les menaces qui pèsent sur le Maroc

La COMADER alerte sur la fragilité des exploitations agricoles et appelle à revoir les politiques de soutien face à la hausse des coûts et au stress hydrique.

Mouna Aghlal - 30 juin 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire