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Décès de Aïcha Ech-Chenna : le Maroc perd une grande militante

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Catégorie Société , Gros plan

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La militante Aïcha Ech-Chenna a rendu l’âme ce 25 septembre 2022 à l’âge de 81 ans. Elle s’était engagée, depuis plus de 50 ans, dans le combat pour les droits des mères célibataires et des enfants en situation difficile. Elle était présidente-fondatrice de l’Association solidarité féminine. Retour sur le parcours de «la mère Theresa marocaine».

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Aïcha Ech-Chenna, icône de l’action sociale, est décédée ce dimanche. La présidente fondatrice de l’Association solidarité féminine (ASF) a mené un combat inlassable pour la promotion des droits des mères célibataires et des enfants abandonnés. Elle s’était engagée depuis plus de 50 ans à donner une voix à cette catégorie de femme, longtemps marginalisée par la société. Ech-Chenna est née en 1941 à Casablanca et elle a grandi à Marrakech. En 1953, elle est retournée à sa ville natale afin d’intégrer l’école française de Foch, puis le fameux lycée Joffre. Elle a choisi, après l’obtention de son diplôme d’État d’infirmier, de travailler en tant qu’animatrice dans le secteur de l’éducation sanitaire à la préfecture médicale de Casablanca.

Elle avait des appellations honorifiques, qui qualifie son dévouement et son combat, telles que «la porte-parole des sans voix», «la mère Theresa marocaine» et «la dame au grand cœur». La mort de l’icône de l’action sociale est une véritable perte pour le Royaume. Cette figure emblématique a même transcendé les frontières du Maroc, en remportant de multiples distinctions internationales.

Son action a été soutenue également par le roi Mohammed VI. Elle avait ainsi rapporté : «Le Roi m’a témoigné sa bénédiction et m’a donné la clé de la réussite de ma mission. Ses encouragements, sa haute sollicitude et ses gestes magnanimes renforcent ma conviction et me donnent chaque jour la force et le courage de continuer».

Écouter aussi : Aïcha Ech-Chenna : son parcours d’infirmière à militante pour la cause des mères célibataires

 

Association solidarité féminine, les prix internationaux…

L’ASF a été fondée en 1985 et est la première association au Maroc à proposer des formations pour les mères célibataires. L’objectif était de rendre ces femmes autonomes et capables de s’adapter à leurs situations malgré les réticences de la société. L’association offre aux mères célibataires, abandonnées par leurs familles, des formations, des cours d’alphabétisation et un travail pour les insérer dans la société et dans la vie professionnelle. Aujourd’hui, les actions menées par l’activiste marocaine pour cette tranche de la société sont reconnues à l’échelle internationale. L’organisme a également publié un livre intitulé « À Hautes voix » pour interpeller le grand public sur la problématique des mères célibataires au Maroc. Les jeunes mères célibataires et les enfants, pris en charge par l’association, brisent le silence et racontent, dans ce livre de 144 pages, leur vécu.

En 1996, Aïcha Ech-Chenna a publié, aux éditions Le Fennec, le livre « Miseria ». Il s’agit d’un recueil d’histoires de victimes, notamment de petites bonnes maltraitées ou enfants abandonnés, qui a marqué l’opinion marocaine. Grâce aux différentes actions menées dans ce sens, la défunte a reçu, en 1995, le Prix des Droits de l’Homme de la République française. Ensuite, en 2009, elle a obtenu le prestigieux Opus Prize des États-Unis. D’autres distinctions ont été attribuées à la militante, dont la Légion d’honneur de la République française en 2013.

Lire aussi : La maternité célibataire au Maroc, entre exclusion et injustice

 

Dans toutes ses interviews, Aïcha Ech-Chenna ne manque pas l’occasion de défendre ces femmes et d’appeler les gens à contribuer à leur insertion. En 2014, dans une interview accordée au quotidien Le Matin, la militante avait également abordé le sujet des migrantes, issues de l’Afrique subsaharienne, au Maroc. «On commence à avoir une nouvelle problématique, ce sont les femmes subsahariennes qui ont des enfants et qui vivent dans des situations difficiles. Il faudrait que les consulats et les ambassades de ces pays africains puissent se mettre d’accord avec les autorités marocaines pour que ces enfants puissent avoir une nationalité. Ce n’est pas parce qu’ils sont nés au Maroc qu’ils n’auront pas de nationalité. Il faut que ces enfants puissent avoir un état civil pour vivre dans la dignité. Pour moi, un enfant, c’est ce qu’il y a de plus précieux que Dieu nous a donné et il faut le préserver», a-t-elle souligné.

Contacté par la rédaction de LeBrief, Salah El-Ouadie, militant des droits de l’Homme, nous a confié que «Aïcha Ech-Chenna a marqué l’histoire marocaine. Elle était à l’écoute des femmes marginalisées qui n’ont pas eu accès à la formation et qui souffrent de conditions sociales précaires. Ces mères célibataires sont des victimes aussi à cause de la lâcheté de la personne avec laquelle elles ont conçu cet enfant. De plus, ces femmes sont victimes du regard hypocrite et condescendant de la société. La défunte s’est battue et a tenu son courage pour combattre ses injustices, même en recevant des critiques de partout de la part des gens qui n’ont rien apporté à cette catégorie. C’est une femme avec une grande humanité qui n’a rien demandé en échange et à qui il faut rendre un grand hommage».

Il est certain que ses actions au profit des mères célibataires et des enfants abandonnés ont eu un important impact sur la société marocaine. Aïcha Ech-Chenna a consacré toute sa vie à ce combat afin de garantir un meilleur avenir à ces femmes et à leurs enfants. Le Maroc a perdu une militante, une figure maternelle et une femme engagée. Son association continuera à poursuivre sa mission et à donner espoir à ces femmes délaissées et sans refuge.

La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) © DR

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