Cover chronique HARMONIE
Anass Hajoui Publié le 08/01/26 à 10:33
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La ligne intérieure

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Le basculement danse toujours sur un fil. Il arrive généralement lorsqu’on se dit que, cette fois-ci, on peut aller un peu plus loin. Quand on sent que quelque chose en nous est prêt à écraser pour avancer, sans forcément penser à ce que cela implique.

Ecraser pour avancer, en soi, chacun de nous le fait, consciemment ou inconsciemment. Mais, qu’adviendra-t-il de nous, si on cessait de se contenir ? Chacun porte en lui une part d’ombre. Une part efficace, froide, radicale, qui ne doute jamais, ni d’elle, ni de ses décisions. Et surtout, elle fonctionne ! Le danger n’est pas qu’elle existe, mais qu’on lui laisse prendre la main.

Quand cette part s’installe, tout semble plus simple. On va plus vite, on obtient des résultats, on gagne du terrain… mais on commence à perdre en nuances, en retenue, en limites. On s’éloigne progressivement de ce qui faisait équilibre. Et plus on avance ainsi, plus le retour devient incertain.

Le retour n’est jamais immédiat. Une fois la ligne franchie, revenir demande plus de force que d’avoir basculé. Il faut accepter de regarder ce que l’on a fait, ce que l’on a toléré, ce que l’on est devenu. Beaucoup préfèrent alors continuer, non par conviction, mais par peur de se confronter à eux-mêmes.

Ce combat-là se joue au quotidien, dans des choix discrets, dans la capacité à ne pas céder à la facilité d’être dur quand tout pousse à l’être. C’est un face-à-face entre soi et soi-même. Tenir ses principes n’est pas qu’une posture morale, c’est aussi une protection. Une manière de ne pas se perdre en chemin.

La vraie force n’est pas d’ignorer son côté obscur. Elle est de savoir qu’il existe, de le reconnaître, et de choisir, chaque jour, de ne pas lui donner les clefs.

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