RDC-Israël : Kinshasa relance le transfert de son ambassade à Jérusalem
La République démocratique du Congo (RDC) a décidé de relancer concrètement le projet de transfert de son ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Annoncée jeudi 3 septembre, au terme d’une visite du président Félix Tshisekedi en Israël, cette initiative marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Kinshasa et Jérusalem. Elle s’accompagne d’un projet réciproque, à savoir l’ouverture prochaine d’une ambassade israélienne résidente à Kinshasa. Aucun calendrier précis n’a toutefois été communiqué, et les deux pays doivent encore arrêter les modalités de mise en œuvre.
La décision découle de la rencontre tenue le 1er septembre à Jérusalem entre Félix Tshisekedi et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Selon la déclaration conjointe publiée à l’issue des discussions, les deux parties entendent poursuivre les consultations en vue de « l’ouverture d’une ambassade résidente de l’État d’Israël à Kinshasa et du transfert de l’ambassade de la République démocratique du Congo de Tel-Aviv à Jérusalem ». Le texte ne fait donc pas état d’un déménagement immédiat de la mission diplomatique congolaise, mais d’un processus devant encore être précisé.
Cette nuance est importante. Il s’agit, à ce stade, d’un engagement diplomatique renouvelé plutôt que de l’annonce d’une installation déjà programmée. La date du transfert, l’adresse de la future ambassade et les modalités pratiques du changement de siège restent inconnues. Du côté israélien, la mise en place de la représentation à Kinshasa reste elle aussi présentée comme un objectif faisant l’objet de consultations. Le projet pourrait ainsi nécessiter plusieurs étapes administratives et diplomatiques avant de devenir effectif.
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Un engagement déjà annoncé en 2023
Le dossier n’est toutefois pas nouveau. En septembre 2023, après une rencontre entre Félix Tshisekedi et Benjamin Netanyahu en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, la présidence congolaise avait déjà indiqué qu’Israël s’engageait à ouvrir une ambassade à Kinshasa et que la République démocratique du Congo déplacerait, en contrepartie, sa représentation de Tel-Aviv à Jérusalem une fois cette ouverture réalisée. Trois ans plus tard, le projet revient donc au premier plan, dans le cadre d’un rapprochement bilatéral désormais présenté par Kinshasa comme stratégique.
La relance de ce dossier intervient dans un contexte d’intensification des relations entre les deux pays. Lors de sa visite en Israël, commencée le 31 août, le président congolais s’est entretenu avec Benjamin Netanyahu mais aussi avec le président israélien Isaac Herzog. Les échanges ont porté sur plusieurs secteurs considérés comme prioritaires par Kinshasa (sécurité et défense, agriculture, infrastructures, énergie et hautes technologies). La présidence congolaise a également fait état de discussions concernant la santé, la formation, l’investissement et les opportunités de coopération technologique.
Pour la République démocratique du Congo, l’enjeu dépasse donc la seule localisation de sa représentation diplomatique. Kinshasa cherche à tirer parti de l’expertise israélienne dans plusieurs domaines directement liés à ses priorités de développement. L’agriculture, la gestion de l’eau, les technologies, l’innovation et la sécurité figurent notamment parmi les axes de coopération évoqués. La présidence congolaise avait par ailleurs indiqué que la visite devait permettre d’examiner les perspectives d’investissements israéliens, notamment dans le cadre du corridor de Lobito, projet stratégique pour les échanges et les infrastructures en Afrique centrale.
Pour Israël, le transfert d’une ambassade étrangère à Jérusalem constitue toutefois un enjeu qui va bien au-delà de la relation bilatérale. Le statut de la ville demeure l’un des principaux contentieux du conflit israélo-palestinien. Israël revendique Jérusalem comme sa capitale, tandis que les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est comme la capitale de leur futur État. La communauté internationale n’a pas reconnu la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est, occupée depuis 1967, et les Nations unies ont adopté plusieurs résolutions demandant qu’aucune mesure ne modifie le statut de la ville.
Jérusalem, un choix diplomatique hautement sensible
Le choix de l’emplacement des ambassades est directement lié à cette question. Pendant des décennies, la grande majorité des États disposant de relations diplomatiques avec Israël ont maintenu leurs ambassades à Tel-Aviv afin de ne pas préjuger du statut définitif de Jérusalem. Le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale des Nations unies ont notamment contesté les mesures visant à modifier le statut de la ville et ont appelé les États à ne pas reconnaître les changements opérés unilatéralement.
Le précédent américain a profondément modifié cette configuration. En mai 2018, les États-Unis ont transféré leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem sous la présidence de Donald Trump. D’autres pays ont ensuite franchi le pas, parmi lesquels le Guatemala, le Honduras, le Kosovo, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Paraguay et les Fidji. Le Somaliland dispose également depuis juin 2026 d’une représentation diplomatique à Jérusalem, même si son statut international est particulier. D’autres États ont, au cours de 2026, annoncé ou envisagé de nouvelles installations dans la ville.
Le mouvement reste néanmoins minoritaire à l’échelle internationale. En juillet 2026, les Nations unies avaient encore souligné que les éventuels transferts d’ambassades à Jérusalem pouvaient porter atteinte aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et préjuger du statut définitif de la ville. Cette position explique la portée politique d’une décision congolaise qui, si elle se concrétise, placerait Kinshasa dans un cercle restreint d’États ayant choisi d’installer leur représentation diplomatique dans la ville revendiquée par Israël comme capitale.
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Un rapprochement aux enjeux stratégiques multiples
La décision intervient aussi alors que la République démocratique du Congo cherche à consolider ses partenariats extérieurs dans un contexte marqué par de lourds défis économiques et sécuritaires, notamment dans l’Est du pays. Le rapprochement avec Israël est une tentative de diversifier les coopérations internationales, d’attirer des investissements et de bénéficier d’expertises dans des secteurs jugés stratégiques. Mais le transfert de l’ambassade comporte également une dimension diplomatique plus sensible, puisqu’il touche directement à l’une des questions les plus disputées du Proche-Orient.
À Kinshasa comme à Jérusalem, les deux gouvernements présentent néanmoins leur démarche avant tout comme un approfondissement de la relation bilatérale. Benjamin Netanyahu a salué la volonté de renforcer les liens avec la RDC, tandis que la présidence congolaise décrit désormais les relations avec Israël sous l’angle d’un partenariat multisectoriel.
Pour l’heure, aucune date n’est arrêtée. Le projet reste donc conditionné à la poursuite des consultations entre les deux capitales. S’il aboutit, il constituera un geste diplomatique particulièrement visible de la part de la République démocratique du Congo, avec des implications qui dépasseront largement le cadre de ses relations avec Israël.