Kidal bis
La nouvelle est arrivée un samedi matin. Kidal était tombée. Des photos, des vidéos, des combattants du FLA devant les bâtiments administratifs. Et 400 Russes de l’Africa Corps quittant la ville sous escorte rebelle vers Tessalit.
Personne n’a su où était Goïta pendant 72 heures. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, était mort dans sa maison à Kati, tué par un attentat suicide à l’aube du 25 avril, le jour où le JNIM et le FLA ont frappé simultanément sept villes maliennes. Sept villes, en même temps, avec des uniformes maliens pour tromper les checkpoints, des véhicules piégés pour ouvrir les brèches et des drones. Ce niveau de coordination entre deux groupes qui ne partageaient pas la même vision du monde il y a encore deux ans devrait inquiéter davantage que la chute de Kidal elle-même.
Les séparatistes touaregs du FLA veulent un Azawad laïc. Le JNIM veut la charia. Ils ont mis leurs divergences de côté le temps de faire tomber la junte.
Quand Goïta est réapparu le 28 avril, c’était dans un couloir d’hôpital, au chevet de la famille de Camara. Pas d’allocution. Pas d’adresse à la nation. Une visite funèbre.
Le 4 mai, il s’est nommé lui-même ministre de la Défense.
Sur le fond, le bilan est simple. Le Mali a chassé les Français pour retrouver sa dignité. La reprise de Kidal en 2023 avait servi de preuve que cela fonctionnait, au point de devenir une fête nationale, la « journée de la souveraineté retrouvée », célébrée le 14 novembre. Trois ans plus tard, les mêmes rebelles s’emparent de la cité stratégique.
Un commandant du FLA a annoncé que Gao serait la prochaine cible, puis Tombouctou. « Ce sera facile », a-t-il soutenu. D’ordinaire, ce genre de déclaration se relativise. Après ce qu’on vient de voir, c’est moins évident.