Autocratie durable

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Le président ougandais Yoweri MuseveniLe président ougandais Yoweri Museveni, le 13 mai 2015, lors d'un sommet consacré au Burundi organisé en Tanzanie © Daniel Hayduk, AFP
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Le président ougandais Yoweri Museveni est en tête selon les résultats provisoires de l’élection présidentielle de jeudi. Les résultats publiés vendredi donnent Museveni vainqueur avec 76% des voix, sur la base des résultats de 45% des bureaux de vote du pays.

En 1986, Yoweri Museveni arrivait au pouvoir auréolé d’une promesse historique. Après des décennies de coups d’État, de guerres civiles et de massacres, il jurait que l’Ouganda ne connaîtrait plus jamais la violence politique. Il dénonçait les dirigeants africains accrochés au pouvoir pendant que leurs peuples mouraient de faim et condamnait ceux qui refusaient l’alternance.

40 ans plus tard, ce discours sonne comme une cruelle imposture.

Car l’Ouganda est aujourd’hui l’otage d’un régime autoritaire solidement installé. L’homme qui se présentait en libérateur est devenu un dirigeant obsédé par sa survie politique. Les élections sont systématiquement truquées, les institutions vidées de leur indépendance et placées sous contrôle familial, clanique et militaire.

L’armée, la police, la justice et la commission électorale fonctionnent comme des extensions du pouvoir présidentiel. Le fils de Museveni commande les forces armées, son épouse siège au gouvernement. L’État est confisqué.

Cette captation du pouvoir va de pair avec une corruption massive. Chaque année, des milliards disparaissent pendant que les dignitaires s’enrichissent sans vergogne.

Le président lui-même parle des ressources pétrolières comme d’un bien personnel. Pendant ce temps, la majorité des Ougandais survit avec moins de trois dollars par jour. Des enfants étudient sous des arbres, les hôpitaux s’effondrent, et le pays figure parmi les derniers au classement du développement humain. Le contraste est obscène.

Mais c’est surtout la répression politique qui révèle la nature réelle du régime. Arrestations arbitraires, tortures, disparitions forcées et exécutions extrajudiciaires sont devenues des méthodes ordinaires de gouvernement. Les jeunes, moteurs de l’opposition, sont ciblés avec une brutalité croissante.

Au cœur du mouvement d’opposition se trouve Robert Kyagulanyi, dit Bobi Wine. À 43 ans, il incarne l’espoir d’une génération sacrifiée par le chômage, la corruption et l’absence d’avenir. Son engagement lui a valu passages à tabac, arrestations, interdictions de campagne et menaces de mort. Il affirme aujourd’hui craindre une tentative d’assassinat.

Le combat dépasse largement les frontières de l’Ouganda. Dans la région des Grands Lacs, déjà ravagée par des décennies de conflits, une explosion de violence aurait des conséquences régionales majeures. Les menaces proférées par le chef de l’armée, les discours appelant à tirer sur les manifestants font planer le spectre d’un bain de sang.

Face à cette situation, le silence international est une faute morale et politique. L’Union africaine doit cesser de protéger les autocrates au nom d’une souveraineté dévoyée. Jusqu’à quand l’Afrique sera-t-elle gouvernée par la peur ?

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