Algérie : Kamel Daoud dit avoir été condamné pour son roman « Houris »
En Algérie, Kamel Daoud a annoncé mardi 22 avril avoir été condamné à trois ans de prison ferme et à une amende de 5 millions de dinars algériens, soit environ 37.000 dollars, dans une affaire liée à son roman « Houris ». L’écrivain et journaliste franco-algérien affirme que le jugement a été rendu après une audience tenue le 7 avril, dans le cadre de poursuites engagées dans son pays d’origine.
Selon les éléments rendus publics, l’auteur était poursuivi pour avoir repris l’histoire d’une patiente suivie par son épouse, psychiatre, pour nourrir l’intrigue du livre. Le roman, couronné par le prix Goncourt en 2024, retrace le destin d’une survivante de la guerre civile algérienne des années 1990, une période encore très sensible dans le débat public national.
Kamel Daoud au cœur d’une affaire sensible sur la mémoire de la guerre civile
Dans son message, l’écrivain évoque une condamnation fondée sur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Ce texte, adopté au milieu des années 2000, encadre notamment la manière dont la décennie noire peut être abordée dans l’espace public. En pratique, il a contribué à limiter la publication ou la diffusion d’ouvrages revenant frontalement sur les violences de cette période, qui a fait des dizaines de milliers de morts en Algérie.
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L’affaire remonte à novembre 2024, lorsqu’une première plainte avait été jugée recevable contre l’auteur et son épouse. Deux recours avaient ensuite été déposés autour de l’utilisation présumée de l’histoire d’une femme présentée comme rescapée d’un massacre de la décennie noire. « Houris » met en scène une jeune femme rendue muette après une agression islamiste survenue à la fin de 1999, dans un récit sombre qui se déploie en partie à Oran. Le livre ne pouvait déjà pas être édité en Algérie en raison des restrictions entourant les œuvres portant sur ce conflit.