Algérie : le Pape Léon XIV sur les traces de Saint-Augustin
Le Pape Léon XIV entame lundi une visite historique en Algérie, première du genre pour un pape dans le pays. Le Souverain pontife doit y marcher sur les pas de Saint-Augustin, figure incontournable du Christianisme née en Afrique du Nord, dans une démarche à la fois spirituelle et diplomatique, centrée sur le dialogue entre Islam et Christianisme.
Le voyage du chef de l’Église catholique, prévu du 13 au 15 avril, intervient près d’un an après son élection. Il conduira d’abord le Pape Léon XIV à Alger, où il doit rencontrer le président Abdelmadjid Tebboune. Plusieurs étapes symboliques sont annoncées, dont une visite de la Grande Mosquée et un passage au Mémorial du martyr, le Maqam E’chahid, en hommage aux victimes de la guerre d’indépendance algérienne.
En fin de journée, le pape se rendra à la basilique Notre-Dame d’Afrique, sur les hauteurs de la capitale, où il doit s’exprimer publiquement. La visite sera aussi marquée par un déplacement à Annaba, ancienne Hippone, où Saint-Augustin fut évêque et où il rédigea une partie de son œuvre majeure. Le Pape Léon XIV, membre de l’ordre des augustiniens, a plusieurs fois exprimé son attachement à cette figure fondatrice du Christianisme occidental.
Dans l’avion le ramenant de Beyrouth à Rome, le 2 décembre, il avait dit espérer aller en Algérie « pour visiter les lieux où a vécu Saint-Augustin », mais aussi pour « construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman ». Le pape avait alors souligné que le penseur africain, très respecté en Algérie, pouvait servir de trait d’union entre les rives de la Méditerranée.
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Une « relation fraternelle, sans prosélytisme » avec l’environnement musulman
Au-delà de la portée symbolique, cette visite entend aussi mettre en lumière la petite communauté catholique algérienne, forte de quelque 7.000 fidèles répartis dans quatre diocèses. L’Église locale met en avant une présence discrète, fondée sur une « relation fraternelle, sans prosélytisme » avec l’environnement musulman.
Le déplacement pontifical intervient également dans un contexte mémoriel lourd. L’Église catholique d’Algérie reste marquée par l’assassinat de 19 de ses membres pendant la guerre civile des années 1990, parmi lesquels les 7 moines de Tibéhirine. Ces religieux, restés aux côtés des Algériens malgré la violence, ont été tués entre 1994 et 1996 et sont aujourd’hui béatifiés. Aucune étape n’est toutefois prévue à Tibéhirine, un choix qui traduit la prudence entourant un dossier toujours sensible.
Le Pape Léon XIV entend aussi porter un message sur les migrants, sujet auquel l’Église algérienne apporte son soutien, notamment auprès de ressortissants subsahariens. Son premier texte, publié en octobre 2025, appelait déjà les Catholiques à leur venir en aide.