Tunisie : Saadia Mosbah condamnée à huit ans de prison

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Tunisie : Saadia Mosbah condamnée à huit ans de prisonLe 02 avril 2015, Saadia Mosbah (d’origine malienne), Présidente de l’Association M’nemti pour la Lutte contre le Racisme, basée à Tunis © Ons Abid/Jeune Afrique
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En Tunisie, Saadia Mosbah, figure de la lutte contre le racisme et présidente de l’association M’nemty, a été condamnée le 20 mars à huit ans de prison par la justice. La militante de 66 ans a aussi écopé d’une amende de 100.000 dinars tunisiens, soit près de 32.000 dollars, dans une affaire liée à des accusations de blanchiment d’argent et d’enrichissement illégal qu’elle conteste.

Cette décision intervient après près de deux ans de détention et dans un climat de fortes tensions autour des libertés publiques en Tunisie. Ses avocats ont annoncé un appel immédiat, tandis que plusieurs organisations de la société civile estiment que ce jugement dépasse le seul cadre judiciaire et s’inscrit dans un resserrement plus large de l’espace associatif dans le pays.

Saadia Mosbah au cœur d’un débat sur les libertés

Connue pour son engagement en faveur des Tunisiens noirs et des migrants originaires d’Afrique subsaharienne, la militante s’était imposée comme une voix centrale du débat public après le discours présidentiel de février 2023 sur l’immigration irrégulière. Cette prise de position officielle, qui dénonçait l’arrivée de migrants clandestins et évoquait un changement démographique, avait déclenché une vague de peur, de départs forcés et de dénonciations d’actes racistes, poussant plusieurs associations à se mobiliser.

Maroc, nouvel eldorado migratoire ?

Le parcours de l’ancienne animatrice de télévision est aussi lié à une avancée juridique : la Tunisie a adopté en 2018 une loi contre les discriminations raciales, souvent présentée comme pionnière dans le monde arabe et en Afrique du Nord. Dans ce contexte, sa condamnation résonne au-delà des frontières tunisiennes, alors que plusieurs pays africains sont confrontés à la montée des discours hostiles aux migrants et au durcissement des politiques sécuritaires. L’Union africaine plaide régulièrement pour une meilleure protection de la mobilité humaine sur le continent, tandis que les organisations régionales rappellent l’importance de concilier souveraineté, sécurité et droits fondamentaux.

L’affaire intervient aussi dans un moment délicat pour la Tunisie, engagée dans une gestion de plus en plus sensible des flux migratoires vers l’Europe. Le pays occupe une position stratégique en Méditerranée et reste observé de près par ses partenaires africains et européens sur les questions de droits humains.

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