Covid-19 : l’Afrique s’est-elle vraiment remise du choc ?

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L’Afrique s’est-elle vraiment remise du choc Covid-19 ? Hôpital de Mbagathi à Nairobi, au cœur du programme EMPOWER, six ans après la Covid-19 © DNES à Nairobi LeBrief
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Plus de six ans après le début de la pandémie de Covid-19, l’Afrique tente encore de tirer les leçons d’une crise qui a choqué ses systèmes de santé. Accès tardif aux vaccins, dépendance aux financements internationaux, infrastructures de diagnostic fragiles… Oui la Covid a tout révélé au grand jour, mais elle a aussi accéléré une prise de conscience. Lors de l’Africa Press Day, organisé le 4 mars à Nairobi par Roche, responsables de santé publique, experts et industriels ont dressé le constat que si l’Afrique a su renforcer certaines capacités depuis 2020, la question de la souveraineté sanitaire reste au cœur des débats. Le continent va-t-il mieux résister au prochain choc sanitaire mondial ?

Lors de la Covid, pendant de longs mois, de nombreux pays africains ont dû attendre l’arrivée de vaccins, de tests ou de traitements produits ailleurs, souvent après que les besoins des pays producteurs aient été satisfaits. Cette expérience a laissé des traces incurables dans les esprits de tous. A Nairobi, lors de l’Africa Press Day organisé par Roche, plusieurs intervenants ont rappelé que la pandémie de la Covid-19 avait marqué LE tournant nécessaire pour provoquer un électrochoc.

Si certains pays ont su mobiliser rapidement leurs capacités de surveillance et de réponse, la crise Covid-19 a révélé plusieurs dépendances critiques. L’accès aux vaccins en a été l’exemple le plus visible. Alors que les premières doses étaient déployées dans les pays riches, une grande partie du continent africain attendait encore les livraisons promises par les mécanismes internationaux. Cette situation a ajouté au sentiment d’injustice déjà existant, mais a surtout poussé à une prise de conscience, car la sécurité sanitaire ne peut pas reposer uniquement sur la solidarité internationale.

« Nous avons compris à quel point la dépendance pouvait nous fragiliser », ont rappelé plusieurs intervenants lors des discussions. Cette dépendance ne concerne pas seulement les vaccins, mais aussi les capacités de diagnostic, les équipements médicaux et les chaînes d’approvisionnement.

Le rôle des laboratoires

Les systèmes de diagnostic sont essentiels pour détecter rapidement une épidémie, suivre son évolution et orienter les décisions de santé publique.

Pendant la pandémie de la Covid, de nombreux pays africains ont dû développer en urgence leurs capacités de test. Mais une fois l’urgence passée, la problématique de la baisse des financements est réapparue. Les infrastructures mises en place durant les crises ont souvent du mal à être maintenues sur le long terme.

Plusieurs experts plaident désormais pour une approche différente. Les laboratoires ne devraient plus être considérés comme des outils mobilisés uniquement en période d’épidémie, mais comme un acteur permanent des systèmes de santé.

Lire aussi : Industrie pharmaceutique : le Maroc peut-il devenir le hub scientifique de l’Afrique ?

L’intégration du diagnostic dans les politiques de couverture santé universelle figure parmi les pistes envisagées. En faisant des tests médicaux un service de routine, les pays pourraient à la fois améliorer la prise en charge des patients et maintenir leurs infrastructures opérationnelles.

Mais la question de la souveraineté sanitaire ne se limite pas aux infrastructures physiques. Elle concerne également les données. La pandémie de la Covid a mis en évidence l’importance des informations sanitaires pour suivre la propagation des virus et anticiper les réponses.

Or, dans certains cas, les données médicales africaines sont stockées ou gérées sur des infrastructures situées hors du continent. Une situation qui soulève des questions de sécurité, mais aussi de contrôle.

Pour répondre à cet enjeu, plusieurs initiatives continentales sont en cours. L’Africa Centres for Disease Control and Prevention (Africa CDC) développe notamment des plateformes destinées à connecter les laboratoires et les systèmes de surveillance à l’échelle régionale. Ou encore le programme EMPOWER.

Tout cela dans le but de transformer des données isolées en un système d’alerte précoce capable d’identifier rapidement l’apparition de nouvelles menaces sanitaires.

Réduire la dépendance aux financements extérieurs

Historiquement, de nombreux programmes sanitaires en Afrique ont été soutenus par des bailleurs internationaux.
Si cette aide reste importante, elle peut aussi créer des vulnérabilités lorsque les priorités géopolitiques évoluent. Plusieurs pays cherchent donc à renforcer leurs mécanismes de financement domestique.

L’une des pistes évoquées consiste à intégrer les services de diagnostic et de surveillance dans les systèmes nationaux d’assurance santé. Une telle approche permettrait de stabiliser les financements tout en améliorant l’accès aux soins pour les populations.

La question budgétaire reste néanmoins complexe. La Déclaration d’Abuja, adoptée en 2001, encourage les pays africains à consacrer 15% de leur budget national à la santé. Peu de pays ont cependant atteint cet objectif et cela s’est vu lors de la Covid, notamment.

Face à cela, de nombreux experts estiment que la réponse ne peut être uniquement nationale. La coopération régionale apparaît de plus en plus comme un levier de réponse.

Certaines initiatives vont déjà dans ce sens, notamment les mécanismes d’achats groupés de médicaments ou de matériel médical. En mutualisant leurs besoins, les pays africains peuvent renforcer leur pouvoir de négociation et réduire les coûts.

Cette logique d’intégration pourrait également s’appliquer aux systèmes de surveillance et de recherche. L’idée est de bâtir une architecture sanitaire capable de fonctionner à l’échelle du continent.

DNES à Nairobi : Sabrina El Faiz

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