Santé africaine : where is the money ?
La santé, ils l’ont disséquée ! Lors de l’Africa Press Media, organisé par l’entreprise Roche, les professionnels présents ont préféré dire les choses telles qu’elles étaient, la santé, c’est avant tout un problème d’argent et de politiques publiques ! Ca, c’est dit.
Selon le rapport 2026 du McKinsey Health Institute, jusqu’à 50% de l’écart de prospérité économique entre pays peut être attribué directement aux résultats sanitaires. Autrement dit, la moitié de la différence de richesse entre nations ne tient ni uniquement aux ressources naturelles, ni aux infrastructures, mais à la santé des populations.
Dès lors, la question budgétaire s’impose ! Entre 2020 et 2023, « environ 10 milliards de dollars ont été perdus en productivité dans sept pays africains en raison des impacts liés au cancer », déclare Maturin Tchoumi, directeur régional Afrique, Maroc, chez Roche.
10 milliards de dollars… Ce montant ne correspond pas à une dépense publique. Il représente la perte d’heures de travail non effectuées, de carrières interrompues, d’entreprises fragilisées, de ménages appauvris…
« Cette perte s’est produite parce que les mesures appropriées de prévention et de traitement n’ont pas été prises », explique Maturin Tchoumi. « Si nous investissons dans les soins de santé, nous pouvons transformer cette perte de productivité de 10 milliards de dollars en gain économique avec un impact positif sur le PIB ».
Pour la faire courte, si les pays n’investissent pas dans leur santé, ça va leur coûter cher.
Le cancer comme taxe de compétitivité
« Le cancer n’est pas seulement un fardeau sanitaire, c’est aussi une taxe sur la compétitivité », déclare d’emblée Oluranti Doherty, directrice du développement des exportations d’Afreximbank. « Il retire des personnes du marché du travail et réduit la productivité économique. Dans leurs années les plus productives, le cancer réduit le revenu des ménages. Il oblige les aidants à quitter leur emploi et épuise l’épargne des familles ».
La maladie ne touche pas seulement l’individu, elle affecte aussi l’assiette fiscale, la consommation, l’épargne nationale et devient ainsi un déterminant macroéconomique.
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Toujours en référence au rapport cité, il est rappelé que des systèmes de santé plus solides, des économies plus fortes et une meilleure santé des populations sont directement liés à une croissance plus élevée du PIB.
Ce lien direct modifie la manière dont les ministères des Finances devraient considérer la dépense sanitaire. L’infrastructure n’est plus seulement faite de routes et de ports, mais aussi d’hôpitaux, de laboratoires et de réseaux communautaires…
Investir tôt pour éviter de payer plus tard
Un autre point important de la discussion concerne le diagnostic précoce. « Renforcer le diagnostic est essentiel, car la détection tardive n’est pas seulement un échec clinique, c’est aussi un échec économique », explique Oluranti Doherty. Plus une maladie est détectée tardivement, plus le traitement est coûteux, plus les complications sont lourdes, plus la productivité est réduite.
Dans le cas du cancer du sein, le constat est sévère, puisqu’actuellement, seulement environ 5 femmes sur 10 diagnostiquées d’un cancer du sein en Afrique survivent. La comparaison implicite avec d’autres régions du monde souligne un écart qui n’est pas scientifique, mais systémique.
Dr Caroline Mbindyo, CEO d’Amref Health Africa, revient même avant le diagnostic, avant la maladie, à la naissance. Elle rappelle que « les 1.000 premiers jours de la vie d’un enfant (de la naissance à deux ans) sont critiques ». Environ 80% du développement cérébral se produit avant l’âge de deux ans. Une carence nutritionnelle ou un défaut de soins durant cette période peut affecter à vie les capacités cognitives, donc la productivité future.
Elle insiste également sur la santé communautaire : « Investir un dollar dans la santé communautaire peut générer environ dix dollars de valeur économique ».
L’infrastructure vue par le prisme sanitaire
« Lorsque nous investissons dans les infrastructures, utilisons-nous un prisme sanitaire ? », interroge Dr Caroline Mbindyo. Elle cite le cas de comtés kényans où « deux à trois femmes enceintes meurent chaque semaine en tentant d’atteindre un établissement de santé ». Une route mal entretenue devient un facteur de mortalité.
Ainsi, financer la santé ne veut pas uniquement dire financer des hôpitaux. Cela implique d’intégrer la santé dans l’ensemble des politiques publiques.
Where is the money?
Tout cela c’est bien beau, mais nous n’avons pas répondu à la question fatidique.
Un début de réponse. Afreximbank a déjà mobilisé « plus de 3 milliards de dollars pour soutenir les soins de santé », dont « 2 milliards de dollars fournis sous forme de garanties de paiement anticipé pendant la pandémie de COVID-19 » afin de faciliter l’accès aux vaccins.
Elle a également investi « plus de 300 millions de dollars » dans l’African Medical Centre of Excellence à Abuja.
Selon Oluranti Doherty « L’accent ne porte pas seulement sur la question de savoir si nous pouvons nous permettre d’investir dans les soins de santé, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas le faire ».
La santé devient un actif générateur de richesse. Et dans un continent où, selon les projections rappelées, 40% de la main-d’œuvre mondiale pourrait être africaine d’ici 2050, l’enjeu est colossal. Une population jeune et nombreuse peut être un véritable dividende démographique, mais sans santé, elle devient un poids budgétaire.
DNES à Nairobi : Sabrina El Faiz