Influence russe en Afrique : des opinions contrastées selon les pays et les régions
Malgré un activisme diplomatique et sécuritaire croissant sur le continent, la Russie demeure la grande puissance la moins favorablement perçue par les opinions publiques africaines. En effet, les résultats d’un rapport publié par Afrobarometer mettent en lumière des perceptions globalement réservées, mais fortement différenciées selon les pays et les sous-régions.
Selon cette enquête, seuls 36% des Africains interrogés considèrent que l’influence économique et politique de Moscou est positive, tandis que près de 23% la jugent négative. L’étude repose sur des enquêtes conduites en 2024 et 2025 auprès de 50.961 répondants répartis dans 38 pays africains couvrant l’ensemble des sous-régions du continent.
La Russie en retrait face aux autres puissances
Comparée aux autres acteurs internationaux, la Russie enregistre le taux d’opinions favorables le plus faible. À titre de comparaison, la Chine arrive en tête avec 62% d’évaluations positives. Les États-Unis recueillent 52%. L’Union européenne atteint 50% et l’Inde obtient 39%.
Le faible score de la Russie s’explique en partie par l’ampleur des réponses neutres ou indécises. Environ 32% des personnes interrogées estiment que son influence n’est « ni positive ni négative », tandis qu’une proportion équivalente déclare ne pas savoir ou refuse de répondre.
Lire aussi : Russie-Afrique, les réseaux d’influence
Ces chiffres suggèrent qu’une part importante des populations africaines se trouve encore à un stade précoce dans la formation de son opinion à l’égard d’un acteur qui renforce son retour sur un continent où il jouait un rôle notable durant la guerre froide.
Un rapport de force défavorable
Même en excluant les indécis, la Russie affiche un ratio d’opinions positives sur négatives de seulement 1,5 pour 1. Ce niveau reste nettement inférieur à celui de la Chine (3,5), des États-Unis (2,6) et d’autres partenaires internationaux. Autrement dit, les perceptions critiques pèsent davantage dans le cas russe que pour les autres grandes puissances.
Les disparités nationales sont particulièrement prononcées. Au Mali, 88% des répondants expriment une opinion favorable de la Russie, un niveau largement supérieur à celui observé ailleurs. D’autres pays affichent également des taux élevés, notamment le Cameroun (60%), la Guinée-Bissau (55%) et la Côte d’Ivoire (55%).
À l’inverse, l’Afrique australe se montre nettement plus réservée. Moins d’un répondant sur six émet une opinion positive en Zambie (15%), au Lesotho (14%), en Eswatini (14%) et au Botswana (13%). L’Afrique du Sud, membre des BRICS et poids lourd régional, se situe au-dessus de la moyenne continentale avec 40% d’avis favorables.
Des tendances régionales contrastées
À l’échelle sous-régionale, la Russie obtient ses meilleurs scores en Afrique centrale (50%) et en Afrique de l’Ouest (43%). En revanche, les populations d’Afrique australe (27%), d’Afrique de l’Est (26%) et d’Afrique du Nord (34%) se montrent plus circonspectes. Ces écarts traduisent la diversité des contextes politiques, sécuritaires et diplomatiques dans lesquels s’inscrit l’engagement russe sur le continent.
Lire aussi : Russafrique, un nouvel empire ?
Les différences démographiques apparaissent relativement limitées comparées aux écarts géographiques. Le principal contraste concerne l’âge, 38% des jeunes âgés de 18 à 35 ans perçoivent positivement la Russie, contre 30% parmi les personnes de plus de 55 ans.
D’autre part, l’étude montre que la visibilité accrue de la Russie en Afrique ne se traduit pas nécessairement par une amélioration de son image. Dans 24 pays où les données peuvent être comparées aux enquêtes réalisées entre 2019 et 2021, davantage de citoyens déclarent désormais avoir une opinion.
Toutefois, la progression des évaluations négatives (+6 points) dépasse celle des opinions positives (+3 points). Autrement dit, la montée en notoriété de la Russie s’accompagne d’une polarisation accrue, au détriment de son image globale.
Certains messages portés par Moscou, notamment ceux valorisant la multipolarité et le non-alignement vis-à-vis de l’Occident, semblent néanmoins trouver un écho. Parmi les 70% de répondants déclarant avoir entendu parler de la guerre en Ukraine, 72% estiment que leur pays devrait adopter une position de neutralité.
Seuls 22% souhaitent choisir un camp, avec une légère préférence pour la Russie (14%) par rapport à l’Ukraine (8%). Le Mali constitue une exception notable, 72% des personnes interrogées y affichent un soutien explicite à la Russie.