AGOA : l’accord commercial Afrique–États-Unis remis sur les rails… sous conditions

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Réactivé in extremis jusqu’à fin 2026, l’AGOA redonne de l’oxygène aux économies africaines après plusieurs mois d’incertitude. Mais derrière ce sursis, Washington affirme désormais sa ligne dure : accès aux marchés, concessions diplomatiques et alignement sur la doctrine « America First ».

Après une interruption qui a failli coûter des milliers d’emplois, l’AGOA (African Growth and Opportunity Act) revient sur le devant de la scène. L’accord commercial préférentiel entre les États-Unis et une trentaine de pays africains a été relancé avec effet rétroactif, permettant aux exportations des derniers mois d’échapper finalement aux droits de douane. Une bouffée d’air pour des secteurs entiers, fragilisés depuis son expiration fin septembre.

Créé en 2000 sous Bill Clinton, l’AGOA permet aux pays éligibles d’exporter vers les États-Unis sans barrières tarifaires, à condition de respecter certains critères politiques et économiques, notamment en matière de gouvernance et de droits humains.

Lire aussi : Renouvellement de l’AGOA : une bouffée d’oxygène jugée insuffisante par les industriels africains

En 2024, plus de 8,2 milliards de dollars de marchandises ont transité via ce dispositif. L’Afrique du Sud concentre à elle seule près de la moitié des volumes, devant le Nigeria. Automobile, énergie, textile, agriculture ou encore métaux figurent parmi les piliers de cet échange asymétrique mais vital.

Un outil économique devenu levier politique

Sous l’administration Trump, l’AGOA s’est progressivement transformé en instrument de pression diplomatique. Plusieurs capitales africaines ont reconnu avoir subi des exigences américaines, allant de l’accueil de personnes expulsées des États-Unis à l’ouverture accrue de leurs marchés aux produits américains.

Même relancé, l’accord reste sous surveillance. La Maison-Blanche évoque déjà une « modernisation » du programme afin de l’aligner sur la stratégie « America First », laissant planer le doute sur sa pérennité au-delà de 2026.

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L’Afrique du Sud en première ligne

À Pretoria, l’enjeu est colossal. Sans l’AGOA, le secteur automobile sud-africain aurait été frappé par des droits de douane de 30%, menaçant directement des dizaines de milliers d’emplois. À lui seul, ce secteur représente le deuxième poste d’exportation du pays vers les États-Unis.

Mais les relations restent tendues. Washington critique notamment la loi sud-africaine sur l’expropriation et sa politique étrangère jugée trop proche de la Russie, de la Chine et hostile à Israël.

Des économies déjà fragilisées

Avant la réactivation de l’accord, les conséquences étaient déjà visibles. Au Lesotho, des centaines d’ouvriers du textile ont manifesté contre les licenciements liés à la hausse des taxes américaines. Au Kenya, un fabricant de jeans a supprimé un millier de postes.

Autant de signaux d’alarme qui rappellent combien l’AGOA dépasse le simple cadre commercial : pour de nombreux pays africains, il constitue un pilier de stabilité sociale.

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