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Le 11 janvier 1944, un tournant de notre histoire

Le 11 janvier, un jour férié dont les jeunes générations ignorent totalement la portée. Pourtant, cette date historique a constitué un tournant politique dans le processus d’indépendance du Maroc. Dès le début de son règne, le défunt roi Hassan II a fait de cet anniversaire hautement symbolique une fête nationale.

Par Hafid E., Publié le 11/01/2021, mis à jour le 11/01/2021          Temps de lecture 6 min.
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Texte en calligraphie arabe reproduisant le contenu du manifeste de l'indépendance © DR

À Casablanca, elle a droit à un boulevard en plein centre-ville avec son célèbre "Café Les Archers" : le boulevard du 11 janvier. Cela démontre l'importance de cette date dans la mémoire collective des Marocains. Cette année 2021, on commémore son 77e anniversaire.

 

Une date charnière

Cela faisait 32 ans que le Maroc vivait sous le régime du protectorat français. Pour la 1re fois, l’indépendance du Maroc va être revendiquée de façon solennelle. Nous sommes le 11 janvier 1944, 67 nationalistes marocains présentent au sultan Mohammed Ben Youssef un Manifeste pour l'indépendance du Maroc. Ils disent ainsi tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Ce document signé par 66 Marocains et une Marocaine témoigne d'un sentiment nationaliste et met en lumière une revendication légitime de toutes les catégories de la population. Les signataires prennent un risque démesuré à l'époque en réclamant la fin du protectorat et l’accès du Royaume à l’indépendance. Quelques jours plus tard, des émeutes éclatent à Rabat et Salé. Le 28 janvier 1944, la sécurité militaire du protectorat prétexte "un complot pro-allemand" et arrête le leader du Parti de l'Istiqlal Ahmed Balafrej et d’autres signataires du Manifeste avant de les exiler en Corse. Deux jours plus tard, le 30 janvier à Fès, c’est un véritable soulèvement. Le mouvement de libération prendra un élan sans précédent jusqu'à la proclamation de l'indépendance du Royaume en 1956. 

Le Manifeste de l'indépendance © DR

Un travail collégial

Le Manifeste de l’indépendance est le fruit d’une concertation entre un comité de nationalistes et le Monarque. À l’automne 1943, le Sultan reçoit une première mouture de ce texte retentissant. Il revoit quelques formulations et donne son aval sur la liste des signataires. Le Manifeste réclame haut et fort l’indépendance du Maroc, mais il demande aussi l’établissement d’un régime démocratique garantissant les droits de tous les éléments et de toutes les classes de la société marocaine. C’est une première feuille de route pour le Maroc indépendant. Il faut savoir que ce texte n’était pas destiné à l’opinion publique marocaine uniquement. Il a été présenté au Sultan et au gouvernement français à Paris, mais aussi à la Société des Nations (future Organisation des Nations Unies) et à différentes organisations internationales. Dans un témoignage historique, feu Mohamed Larbi Messari, universitaire et ancien ministre, souligne que «la date du 11 janvier est une occasion pour se rappeler l’unité et la cohésion entre la Monarchie et le peuple marocain dans leur combat pour l’indépendance et la liberté. Poursuivant les mêmes objectifs, le Roi et le peuple ont pu faire face au système en place et acculer le colonisateur à revoir ses calculs. En effet, le Souverain et le Mouvement nationaliste étaient d’accord sur le fait qu’un changement de la situation du Maroc s’imposait et qu’il fallait mettre fin au régime du protectorat»

Les 67 signataires du Manifeste du 11 janvier 1944 font partie du panthéon marocain : grands résistants du temps du protectorat et de véritables symboles du Maroc libre. Bon nombre d’entre eux seront nommés à de hautes fonctions après l’indépendance du Maroc. 

 

Traduction du Manifeste du 11 janvier 1944

Considérant que le Maroc a toujours constitué un État libre et souverain, et qu’il a conservé son indépendance pendant treize siècles jusqu’au moment où, dans les circonstances particulières, un régime de protectorat lui a été imposé ;
Considérant que ce régime avait pour fin et pour raison d’être de doter le Maroc d’un ensemble de réformes administratives, financières et militaires, sans toucher à la souveraineté traditionnelle du peuple marocain sous l’égide de son Roi ;
Considérant qu’à ce régime, les autorités du Protectorat ont substitué un régime d’administration directe et d’arbitre au profit de la colonie française, dont un fonctionnariat pléthorique et en grande partie superflu, et qu’elles n’ont pas tenté de concilier les divers intérêts en présence ;
Considérant que c’est grâce à ce système que la colonie française a pu accaparer tous les pouvoirs et se rendre maîtresse des ressources vives du pays au détriment des autochtones ;
Considérant que le régime ainsi établi a tenté de briser, par les moyens divers, l’unité du peuple marocain, a empêché les Marocains de participer de façon effective au gouvernement de leur pays et les a privés de toutes les libertés publiques individuelles ;
Considérant que le monde traverse actuellement des circonstances autres que celles dans lesquelles le protectorat a été institué ;
Considérant que le Maroc a participé de façon effective aux guerres mondiales aux côtés des Alliés, que ses troupes viennent d’accomplir des exploits qui ont suscité l’admiration de tous, aussi bien en France, qu’en Tunisie, en Corse, en Sicile et en Italie, et qu’on attend d’elles une participation plus étendue sur d’autres champs de bataille ;
Considérant que les alliés qui versent leur sang pour la cause de la liberté ont reconnu dans la Charte de l’Atlantique le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et qu’ils ont récemment, à la Conférence de Téhéran, proclamé leur réprobation de la doctrine qui prétend que le fort doit dominer le faible ;
Considérant que les Alliés ont manifesté à différentes reprises leur sympathie à l’égard des peuples musulmans et qu’ils ont accordé l’indépendance à des peuples dont le patrimoine historique est moins riche que le nôtre, et dont le degré de civilisation est d’un niveau inférieur à celui du Maroc ;
Considérant enfin que le Maroc constitue une unité homogène, qui, sous la Haute direction de son Souverain, prend conscience de ses droits et de ses devoirs, tant dans le domaine interne que dans le domaine international et sait apprécier les bienfaits des libertés démocratiques qui sont conformes aux principes de notre religion, et qui ont servi de fondement à la Constitution de tous les pays musulmans.
Décide :
A - En ce qui concerne la politique générale :
De demander l’indépendance du Maroc dans son intégrité territoriale sous l’égide de Sa Majesté Sidi Mohammed Ben Youssef, que Dieu le glorifie ;
De solliciter de Sa Majesté d’entreprendre avec les nations intéressées des négociations ayant pour objet la reconnaissance et la garantie de cette indépendance, ainsi que la détermination dans le cadre de la souveraineté nationale des intérêts légitimes des étrangers au Maroc.
De demander l’adhésion du Maroc à la Charte de l’Atlantique et sa participation à la Conférence de la paix.
B - En ce qui concerne la politique intérieure :
De solliciter de Sa Majesté de prendre sous Sa Haute direction le Mouvement de réformes qui s’impose pour assurer la bonne marche du pays, de laisser à Sa Majesté le soin d’établir un régime démocratique comparable au régime de gouvernement adopté par les pays musulmans d’Orient, garantissant les droits de tous les éléments et de toutes les classes de la société marocaine et définissant les devoirs de chacun.

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