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En plus du Covid-19, le monde fait face à une grave "infodémie"

Depuis l’apparition du coronavirus, les fake news, la désinformation et les théories de conspiration liées à la pandémie mondiale ont inondé internet. Ces fausses informations, très souvent avalées et partagées par des politiciens ou des célébrités, représentent un défi majeur pour les autorités sanitaires, les plateformes de réseaux sociaux ainsi que les journalistes et les enquêteurs. Ainsi, les réseaux sociaux ont adopté des mesures sévères pour lutter contre ce fléau.

Par Nora Jaafar, Publié le 29/04/2020 à 16:22, mis à jour le 06/01/2021 à 10:32          Temps de lecture 4 min.
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la guerre contre "l'infodémie"

La désinformation est l’une des problématiques majeures de notre époque. Ces derniers mois, ce fléau s’est accéléré avec la progression de la pandémie du coronavirus dans le monde. Des théories de conspiration sur ses débuts (dans un laboratoire chinois ou américain ?) et sa propagation (stimulée par les réseaux 5G ?), aux fausses nouvelles sur la réapparition d’animaux rarement vus dans les ports et les canaux, en passant par les faux remèdes (dont certains sont plus mortels que la maladie elle-même), Internet en est inondé. En février 2020, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a prévenu que son instance ne luttait plus, que contre le coronavirus, mais qu’elle luttait en plus contre «l’infodémie». Il a expliqué que ce terme signifie «une surabondance d’informations, certaines exactes et d’autres non», qui sème la confusion dans les esprits des gens quant à la crédibilité des sources d’informations et de leurs recommandations.

 

Une propagation du haut vers le bas

L’infodémie actuelle a été aggravée par l’ampleur mondiale de la crise sanitaire et par les contributions des influenceurs et même de certains dirigeants mondiaux. Selon une étude du Reuters Institute for the Study of Journalism et de l’Oxford Internet Institute intitulée "Types, revendications et sources de désinformation sur Covid-19", «les fausses informations diffusées par les politiciens, les célébrités et d’autres personnalités publiques de premier plan» représentent 69 % de l’engagement total sur les réseaux sociaux.

Avec 78,4 millions de followers sur Twitter et une audience télévisuelle qui dépasse parfois les 10 millions de téléspectateurs pour ses briefings quotidiens, Donald Trump, président des États-Unis, est l’un de ces principaux influenceurs. La semaine dernière, lors de son point de presse à la Maison-Blanche, ce dernier a suggéré que l’on pourrait utiliser une forte lumière solaire ou une lumière UV pour traiter le Covid-19. Il a ensuite évoqué les avantages potentiels du désinfectant en tant que traitement. D’après France24, les professionnels de la santé du monde entier ont condamné les propositions de Trump, mettant en garde les gens contre l’ingestion de désinfectant. La même source explique qu’après que le président ait prôné les avantages du traitement par hydroxychloroquine contre le coronavirus, une femme est morte en Arizona, après avoir ingéré du phosphate de chloroquine, utilisé pour traiter les parasites des poissons.

 

Mobilisation des réseaux sociaux contre les Fake news

Les plateformes de réseaux sociaux, souvent hésitantes à prendre des mesures décisives contre la désinformation politique et les fausses informations, ont cette fois décidé d’agir, rapporte Bloomberg. Le 17 mars, plusieurs grandes entreprises technologiques et réseaux digitaux ont publié une déclaration commune dans laquelle ils s’engagent à «aider des millions de personnes à rester connectées tout en luttant conjointement contre la fraude et la désinformation sur le virus, en augmentant le nombre de contenus officiels sur leurs plateformes et en partageant des mises à jour conformes aux informations des agences gouvernementales de santé du monde entier». Selon l’étude du Reuters Institute, les plateformes ont en effet supprimé certains contenus et envoyé des avertissements aux utilisateurs ayant publié de fausses informations. Toutefois, «sur Twitter, 59 % des publications jugées erronées sont encore en place, 27% sont encore sur YouTube et 24% sont encore sur les murs de Facebook», a constaté l’étude.

De son côté, la société Google a annoncé qu’elle mettait en place une équipe de réponse aux incidents, disponible 24/24, pour supprimer les informations erronées des résultats de recherche et de YouTube. Cette dernière redirige par la suite les utilisateurs à la recherche d’informations sur le coronavirus vers le site de l’OMS et ceux des autres agences sanitaires officielles. The Guardian cite en exemple une publication infodémique de Jair Bolsonaro, président du Brésil. Le dirigeant d’extrême droite, à l’instar de son homologue américain, a vanté les avantages de l’hydroxychloroquine. La vidéo a très vite été retirée par YouTube ainsi que supprimée d’Instagram et de Facebook. Twitter a également effacé les deux tweets qui contenaient ladite vidéo.

 

Une menace pour la liberté d’expression

L’effort concerté des réseaux sociaux pour limiter la diffusion de contenus nuisibles sur le virus a été salué par plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) ainsi que par les organismes de vérification des faits et des informations (fact-checking organisations). Néanmoins, les plateformes digitales regrettent que cette démarche ne puisse être appliquée contre la désinformation politique. Dans une récente interview accordée au New York Times, Mark Zuckerberg, président directeur général de Facebook, a déclaré qu’il était plus facile de distinguer les informations véridiques ou erronées en cas de crise médicale qu’en politique. Les directives de l’OMS et les données scientifiques permettent d’identifier plus facilement le faux du vrai. La même source précise que l’utilisation des mêmes tactiques pour lutter contre la désinformation politique est plus complexe en raison du souci de la liberté d’expression. Et les critiques ont déjà tiré la sonnette d’alarme, même à propos des récentes mesures prises pour lutter contre la propagation de la désinformation sur le Covid-19.

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