Ah ce 2 mars 1956 qui marque la fin officielle du protectorat français et l’ouverture d’un nouveau chapitre pour le Maroc que l’on connaît actuellement. Pourtant, cette signature d’un accord diplomatique cache une longue séquence de résistances, d’exils, de négociations et de pressions internationales. Du traité de Fès de 1912 au retour triomphal du sultan Mohammed Ben Youssef en 1955, l’indépendance ne fut clairement pas offerte.

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Le 2 mars 1956, au ministère français des Affaires étrangères à Paris, un document met fin à 44 années de protectorat. L’aboutissement d’un long processus historique entamé bien avant 1912. Depuis la signature du traité de Fès, qui avait placé le Maroc sous protectorat français tout en maintenant théoriquement la souveraineté du Sultan, le pays vivait dans une dualité politique et administrative.

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Journal officiel de la République française, datant du 27 juillet 1912 © LegiFrance

Mais les décennies ont transformé ce protectorat en un système très contesté et contestable. Les mouvements nationalistes, les soulèvements populaires, l’exil du Sultan en 1953, puis son retour en 1955 ont progressivement rendu le protectorat intenable. Le 2 mars 1956 incarne la reconquête d’une souveraineté.

Du traité de Fès à l’affirmation nationale

Pour comprendre la portée du 2 mars, il faut revenir au Traité de Fès. Signé le 30 mars 1912, ce texte établit le protectorat français sur le Maroc, tandis que l’Espagne obtient le contrôle du nord et du sud du pays. Le Sultan conserve son trône, mais le pouvoir réel passe aux mains du Résident général français.

Le système repose sur une ambiguïté car le Maroc n’est pas officiellement colonisé, mais administré. Les réformes, les infrastructures, l’urbanisme moderne, notamment à Casablanca et Rabat, s’accompagnent d’un contrôle politique strict. La dualité entre villes nouvelles européennes et médinas traditionnelles reflète cette coexistence inégale.

Dans les années 1930, une nouvelle génération d’intellectuels marocains s’organise. Autour de figures comme Allal El Fassi et d’autres militants nationalistes, l’idée d’indépendance commence à naître. En 1944, le Manifeste de l’Indépendance réclame officiellement la fin du protectorat et l’unité du pays sous l’autorité du sultan Mohammed Ben Youssef.

11 janvier 1944 : manifeste de l’indépendance du Maroc

Feu le sultan Mohammed V, symbole de la souveraineté

Au cœur de cette séquence historique se trouve LA grande figure centrale : feu le sultan Mohammed V. Il devient progressivement le point de ralliement du mouvement national.

Dans son discours de Tanger en 1947 il affirme l’unité du Maroc et son appartenance au monde arabe, tout en évitant la rupture frontale avec la France. Mais les tensions montent encore et encore. Les autorités coloniales s’inquiètent de son rapprochement avec les nationalistes.

En août 1953, la France décide de l’exiler en Corse, puis à Madagascar. Ce choix provoque un mécontentement énorme ! Grèves, sabotages, insurrections locales… le pays entre dans une phase de confrontation ouverte.
Deux ans plus tard, face à l’instabilité et à la pression internationale, Paris change de stratégie. Feu le sultan Mohammed V rentre triomphalement au Maroc le 16 novembre 1955. Son retour consacre l’échec du protectorat !

2 mars 1956 : la fin officielle du protectorat français

Le 2 mars 1956, la France reconnaît officiellement l’indépendance du Maroc. Les accords signés à Paris abrogent le traité de 1912 et restaurent la pleine souveraineté du Royaume.

Cet acte ne signifie pas une rupture immédiate avec l’ancien colon. Les relations franco-marocaines demeurent étroites, notamment sur le plan économique, militaire et administratif. De nombreux cadres marocains doivent encore être formés pour remplacer l’appareil colonial.

Quelques semaines plus tard, en avril 1956, l’Espagne reconnaît à son tour l’indépendance de la zone nord. L’unification territoriale se poursuit progressivement, avec la récupération de Tarfaya en 1958 et de Sidi Ifni en 1969.
Le 2 mars reste néanmoins la date fondatrice, celle où le Maroc cesse juridiquement d’être sous tutelle étrangère.

De l’indépendance à la construction de l’Etat

En 1957, feu le sultan Mohammed V prend officiellement le titre de Roi, consacrant la transformation institutionnelle du régime. A sa mort en 1961, son fils, feu le roi Hassan II lui succède et engage le pays dans une nouvelle phase, marquée par l’adoption de la première Constitution en 1962.

La construction de l’Etat marocain repose sur plusieurs chantiers : marocanisation des cadres administratifs, création d’institutions nationales, structuration de l’armée, consolidation de l’unité territoriale… L’indépendance politique doit s’accompagner d’une autonomie économique, dans un contexte international dominé par la guerre froide et les mouvements de décolonisation.

Le Maroc devient membre actif de la Ligue arabe et des Nations unies.

Ce 2 mars 1956 demeure ainsi le moment où le Maroc a officiellement repris la maîtrise de son destin, un point de départ pour le Maroc que nous connaissons aujourd’hui.

16 novembre 1955 : retour triomphal du roi Mohammed V

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