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Livraison et courses : la guerre des tranchées

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Catégorie Économie , Dossiers

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Se faire livrer son marché ou des repas à domicile, une option que les Marocains ont intégrée dans leurs habitudes de consommation. La pandémie de Covid-19 a fait exploser les livraisons à domicile. Mais il n’y a pas que cela. Des sociétés de courses proposent des services de livraison de documents administratifs voire la réalisation de certaines démarches pour les entreprises et les particuliers. Les acteurs de cette filière se sont multipliés et se livrent une bataille sans merci pour être leader d’une activité à fort potentiel de croissance.

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Coursiers, messagers, expressistes, livreurs… Les rues des grandes villes marocaines grouillent de transporteurs à vélo, moto, scooter ou véhicule utilitaire léger (VUL). Très pressés, ces derniers doivent transporter dans des délais courts un objet dans une zone géographique de proximité. Peu respectueux du Code de la route de l’avis de la majorité des citoyens, ces professionnels sont victimes de beaucoup d’accidents de la circulation dont certains se révèlent mortels. C’est qu’ils font tout pour arriver le plus rapidement possible à destination et faire le trajet entre un point A et un point B dans un délai record.



 



Les principales plateformes



Ils font désormais partie du décor. Ces livreurs stationnés près d’un restaurant dans l’attente de la commande d’un client via une application mobile. S’ils se positionnent géographiquement devant un établissement en particulier, c’est qu’ils veulent profiter de leur proximité pour que leur soit assignée une commande rapidement. Jumia, Glovo, Kaalix ou encore Yassir… Les entreprises de livraison des repas sont innombrables. Ils se partagent un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 480 millions de DH (MDH). Selon Guillaume M., expert en logistique : «Le marché marocain connaîtra l’arrivée de nouveaux acteurs sous forme de ‘‘darkstores’’, des startups proposant la livraison en vélo dans un délai n’excédant pas 15 minutes». Les leaders de ce segment sont américains, britanniques, allemands, néerlandais mais aussi turcs. Ce sont des supermarchés et des restaurants ou plus précisément des entrepôts ou cuisines, sans devanture et sans accueil du client. Le concept est simple : livrer en quelques minutes et en quelques clics. Mais ces nouveaux acteurs pourraient constituer une menace pour les commerces de proximité. Quoiqu’au Maroc l’épicier du coin aura toujours une place prépondérante auprès des consommateurs grâce notamment aux facilités de paiement qu’il accorde.



 



Comment les plateformes gagnent-elles de l’argent ?



Les frais de livraison payés par les clients des différentes plateformes sont insignifiants. Ils compensent à peine les livreurs. La véritable source de revenus des différentes plateformes réside dans la commission prélevée aux restaurants partenaires sur les commandes. Ainsi, c’est un pourcentage de près de 30% qui est prélevé sur le montant total à reverser aux restaurants. Il faut savoir que même les restaurants qui ne disposent pas d’un service livraison ou d’une carte ‘‘à empoter’’ sont approchées par ces plateformes qui font du démarchage pour concocter un menu sur mesure pour des établissements de restauration parfois méconnus. Ces derniers paient cette prestation de consulting pour une somme avoisinant les 2.000 DH. De plus, les plateformes se battent pour offrir la meilleure « user experience » à travers des applications innovantes et des services payants comme les abonnements mensuels premium permettant de bénéficier de livraisons gratuites illimitées. «20 DH pour un abonnement mensuel. C’est intéressant pour le client mais ça rapporte gros à la plateforme», peut-on lire sur le commentaire d’un utilisateur d’une application de livraison. Afin de diversifier leur carte de livraison, il y a eu l’introduction des produits d’hygiène et les divers produits des supermarchés, des fleuristes, des chocolatiers et des pressings. Les spécialistes appellent ça le ‘‘quick commerce’’ qui est rapide et instantané par rapport au e-commerce classique.

 


Comptoir pour les livreurs



L’autre niche exploitée depuis le confinement de 2020, c’est la livraison de courses. Les plateformes de livraison se sont alliées aux Grandes et moyennes surfaces (GMS) pour proposer aux clients de faire leur marché en quelques clics. «Des produits frais à prix compétitifs, nous pouvons vous livrer tout ce qui est proposé en magasin, tant que ça tient dans un sac à dos et que ça ne dépasse pas 15 kilogrammes», précise-t-on sur l’interface d’une application mobile. D’autres vont plus loin, en promettant : «À la différence des autres marketplaces, chaque commande est personnalisée avec un traitement sans faille, nos livreurs peuvent transporter jusqu’à 100 kg, il suffit de préciser les lieux de ramassage et de livraison». C’est là un service hybride, à mi-chemin entre les courses et la messagerie, deux segments investis par des multinationales et le leader marocain Barid Al-Maghrib à travers sa filiale Amana. Là on parle d’une tarification à partir de 80 DH selon le poids.



 



Vis ma vie de livreur casablancais !



Dans les ruelles de Casablanca, Chafik, 26 ans, se dépêche de monter sur sa moto avec un paquet repas à livrer dans le quartier Beauséjour à Casablanca. Chakib connaît parfaitement la ville et maîtrise les raccourcis. Le client peut suivre son évolution grâce à la localisation GPS. Il saura quand est-ce que Chakib sonnera à sa porte avec les produits commandés. Pour cette livraison, Chakib empochera 5 DH en plus du pourboire donné par le client. «Généralement, les clients sont compréhensifs et généreux», témoigne Chakib qui assure que ce métier permet de rencontrer des personnes extraordinaires qui parfois deviennent des clients fidèles dont on connaît les goûts et les préférences. «Le métier de livreur à moto demande plusieurs compétences : il faut une grande habilité dans la conduite d’une moto pour éviter tout accident et pour que les repas n’arrivent pas froid et ne subissent pas les effets des nids de poule et dos d’âne», assure Chakib. Pour lui, le métier est contraignant avec de longues heures de travail et surtout une certaine précarité dans laquelle il vit, ce qui a été fatal pour lui pendant la période de confinement en 2020. En effet, les coursiers des plateformes de livraison ont un statut d’autoentrepreneur.

 


Livreur à Casa



Ils ne sont donc pas salariés de ces plateformes. Par conséquent, ils choisissent eux-mêmes leurs horaires de livraison, se constituent un fonds d’appoint pour rendre la monnaie aux clients et utilisent leur propre smartphone et moyen de transport. La plateforme ne leur procure qu’un sac isotherme après leur avoir dispensé une courte formation pour l’utilisation de la version ‘‘coursier’’ de son application mobile. Mais malgré tout, Chakib est globalement satisfait de son travail : «Je suis licencié en littérature anglaise, j’ai chômé pendant quatre ans. Aujourd’hui, grâce à ce métier, je gagne en moyenne 100 DH en travaillant huit heures par jour avec un budget carburant de 20 DH». Chakib préfère ne pas travailler les lundis parce que le week-end c’est le rush avec de généreux pourboires, surtout quand il y a un grand match de foot. Par contre, la généralisation de la couverture sociale a été un coup de massue pour lui. «Je suis pour la couverture sociale mais 300 DH à payer chaque mois à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), ça n’arrange pas du tout mes affaires», regrette notre interlocuteur.



 



Vous avez dit « ubérisation » ?



À côté des marketplaces et autres plateformes de livraison, des entrepreneurs se sont lancés à leur compte dans ce secteur, notamment dans les villes moyennes. Certains ne disposent que d’un seul moyen de transport alors que d’autres ont investi sur des vélos ou des motos électriques. Imad fait partie de cette dernière catégorie. Jeune lauréat de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), filière commerce et marketing, il a pu décrocher un crédit de 100.000 DH pour créer son entreprise de livraison qui porte d’ailleurs son prénom et l’expression ‘‘Allô’’. «J’ai voulu faire simple. J’ai utilisé le garage de mon père comme siège de la société. J’ai acheté deux motos électriques en leasing et un véhicule utilitaire d’occasion. J’ai engagé deux amis qui se relaient avec moi pour assurer un service 24/7. Les clients nous font confiance parce que nous jouons sur la proximité. Nous pouvons aller à la pharmacie de garde pour acheter les médicaments la nuit, faire des courses en journée et même récupérer les enfants à l’école s’ils le désirent. Tout est une question de confiance. Nous trois présentons des copies de la carte nationale d’identité électronique à tout nouveau client», nous confie Imad, patron de cette toute petite entreprise (TPE). Ce dernier la joue à l’ancienne. Des flyers distribués et le bouche-à-oreille suffisent, selon lui, pour faire connaître son entreprise. Le service est par contre plus cher que la concurrence. Il faut compter 20 DH minimum pour une course. «C’est plus cher parce que nous ne prenons pas des commandes à tout-va. Nous honorons nos engagements et ne rechignons pas devant les tâches difficiles. Nous pouvons transporter des poissons ou même acheter des escargots à l’ancienne médina, ce que ne ferons jamais les plateformes digitales», s’enorgueillit le jeune patron.



 



Aujourd’hui, une trentaine de villes marocaines sont exploitées par pas moins de 20 plateformes de livraison et entreprises de messagerie et courses. Près de 6.000 livreurs et coursiers s’activent chaque jour pour acheminer différents produits et colis à des clients très à cheval sur les délais. Ce secteur gagnerait à être plus structuré sachant que l’activité de messagerie connaît à elle seule une croissance annuelle de 15% alors que 40% du marché serait détenu par le secteur informel. L’Agence marocaine de développement de la logistique devrait se pencher sur ça pour en faire un véritable levier de croissance à l’ère de l’explosion du commerce électronique.



 


Siège de la TGR

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