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Proche-Orient : qui a terre ne vit sans guerre

Pendant des décennies, les Arabes et les Israéliens se sont livrés plusieurs guerres autour de territoires spoliés en 1948 ou occupés en 1967. Les dirigeants arabes ont depuis réclamé à Israël un retrait aux frontières d’avant 1967 pour permettre la création d’un État palestinien. Fragments d’histoire de cet éternel conflit.

Par Hafid El Jaï, Publié le 03/07/2021 à 08:40, mis à jour le 03/07/2021 à 10:54
         Temps de lecture 21 min.
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palestine

Les Arabes ont un très mauvais souvenir de cette déclaration faite par le ministre britannique des Affaires étrangères Arthur James Balfour le 2 novembre 1917. Cette "promesse" est à l’origine du conflit arabo-israélien. Le ministre britannique a changé en 18 mots l’avenir du Proche-Orient. La déclaration se matérialisa sous la forme d’une lettre adressée par Balfour à Lord Rothschild lui annonçant que «le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif…» sans préciser ni le statut futur ni les limites de cette région. Avant cela, le sionisme n’était qu’un simple mouvement marginal. Mais après cette déclaration, on lui a promis le soutien du pouvoir impérialiste britannique à l’époque. En ce sens, Balfour a été celui qui a jeté les bases de "l’État d’Israël" et en même temps établi le conflit entre les Arabes et les sionistes. Un différend qui n’a pas été résolu depuis.
 

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La déclaration Balfour © DR

 

La déclaration Balfour

Il faut replacer cette "promesse" dans le cadre des équilibres de la Première Guerre mondiale. On note ici que les Britanniques se sont tournés vers les Arabes lorsque les Ottomans ont annoncé en novembre 1914 qu’ils entreraient en guerre aux côtés de l’Allemagne face aux Britanniques et aux Français. Il y a aussi le grand rôle joué par Chaim Weizmann parmi la riche élite juive britannique. Weizmann est né en Russie en 1874. Il était parti étudier la chimie en Allemagne et en Suisse avant de prendre la direction de l’Angleterre et de décrocher un emploi de professeur à l’Université de Manchester en 1904, puis d’obtenir la nationalité britannique en 1910. Weizmann a utilisé ses relations sociales avec la puissante famille Rothschild et avec l’éditeur C.B Scott. Tout cela dans le cadre d’une rencontre avec Balfour en décembre 1914 et avec David Lloyd George, alors secrétaire à la Guerre, en 1915 (janvier). Les deux ministres britanniques étaient convaincus que le soutien au mouvement sioniste encouragerait les juifs américains à pousser leur gouvernement dans la guerre et les juifs russes à s’appuyer sur le Kaiser pour vaincre l’Allemagne. Balfour a ainsi vu dans sa "promesse" aux juifs un moyen d’utiliser le sionisme pour étendre l’influence britannique dans le monde. Selon les historiens, Lloyd George et Arthur James Balfour appartenaient au courant de l’église qui défendait une croyance selon laquelle les juifs du monde devraient se réunir en Palestine. Sur la base de telles considérations, la Grande-Bretagne a changé à plusieurs reprises ses alliances avec le sionisme, avec les Arabes et même avec la France. La dualité qui a caractérisé la politique britannique pendant la Seconde Guerre mondiale et ses suites a créé une atmosphère pleine de suspicion et de haine en Palestine. Depuis le début du XXe siècle, ce pays est devenu l’objet de "négociations secrètes". Après la résolution de l’Assemblée générale de la Société des Nations du 29 novembre 1947 et le feu vert des grandes puissances à leur tête les États-Unis et l’Union soviétique, les dirigeants israéliens ont initié la déclaration de l’établissement de l’État d’Israël le 14 mai 1948 suite au retrait britannique de Palestine. Ils appellent alors les juifs de la diaspora à retourner à la «patrie, terre historique du peuple juif».

 

1948 : la Nakba

Opposés à cet état de fait, les Palestiniens ont farouchement défendu leur terre. Une guerre a alors éclaté avec la participation des forces des pays arabes voisins, venus soutenir le peuple palestinien. Les armées arabes ont remporté de grandes victoires sur les milices sionistes. L’armée jordanienne a pu préserver Al-Qods et toute la Cisjordanie. Les pertes des Israéliens ont été énormes. Le Premier ministre et fondateur d’Israël David Ben Gourion a admis en 1948, devant la Knesset : «Nous avons perdu dans la bataille de Bab al-Wad face à l’armée jordanienne deux fois plus de morts que dans toute la guerre !». En conséquence, le Conseil de sécurité est intervenu et a imposé un cessez-le-feu (10 juin 1948), qui comprenait l’interdiction de fournir des armes à toutes les parties prenantes au conflit, et une tentative de parvenir à un règlement pacifique. Les batailles se sont terminées le 21 juillet 1948 avec une fausse victoire pour Israël… Des centaines de milliers de Palestiniens ont été déplacés ou contraints de quitter leurs maisons dans ce qu’on appelait la "Nakba". Après la fin des combats par un armistice l’année suivante, Israël contrôlait la majeure partie de la région. L’État hébreu s’est même empressé de compenser ses pertes pour s’étendre sur de vastes zones de la Palestine historique. Après la Nakba, les Arabes ont déclaré Israël comme étant l’ennemi numéro 1. Les armes retentiront en 1956 avec l’agression tripartite de la Grande-Bretagne, la France et Israël contre l’Égypte, à la suite de la nationalisation du canal de Suez. Un autre épisode sanglant et peu glorieux, mais qui a débouché sur une grande victoire politique de l’Égypte, première puissance arabe.
 

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Exode des Palestiniens en 1948 © DR

 

1967 : la Naksa

La première étincelle de la troisième guerre israélo-arabe a éclaté, après que l’armée de l’air israélienne ait lancé une attaque-surprise contre les bases de l’armée de l’air égyptienne dans le Sinaï, le 5 juin 1967. Cette guerre, qui aboutit à la défaite des armées arabes, dura six jours. Israël a appelé cette guerre "les Six Jours", par fierté de la courte période de temps pendant laquelle il a vaincu les armées arabes. En réalité, Israël a profité de plusieurs éléments pour justifier son déclenchement de la guerre, y compris la fermeture par l’Égypte du détroit d’Al-Aqaba en Mer Rouge à la navigation israélienne, qu’il a considérée comme une "déclaration de guerre égyptienne officielle contre lui" le 22 mai 1967. Pendant la guerre, Israël a détruit environ 70 à 80% du matériel militaire des pays arabes. Pendant ces six jours, Israël a occupé la Cisjordanie et la bande de Gaza, la péninsule égyptienne du Sinaï, le sud du Liban et les hauteurs du Golan syrien. La guerre a également tué environ 20.000 Arabes et 800 Israéliens. En tout, Israël s’est emparé de 85% des terres de la Palestine historique, soit environ 27.000 kilomètres carrés. La guerre de 1967 s’est soldée par des conséquences politiques et géographiques majeures. Le "revers" a entraîné le déplacement d’environ 300.000 Palestiniens de la Cisjordanie occupée et de la bande de Gaza. La plupart d’entre eux ont émigré en Jordanie.
 

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Des soldats égyptiens se rendant sous la menace de l'aviation israélienne © DR

 

La Guerre d’usure

Cette expression désigne la période d’entre-deux-guerres, même si certains historiens la cantonnent à la guerre limitée entre Israël et l’Égypte. Elle a opposé officiellement Israël à l’Égypte de mars 1969 à août 1970. La guerre d’usure, qui a enregistré des succès indéniables des forces égyptiennes, avait pour objectif de restaurer la dignité. Militairement, les combats opposaient les soldats égyptiens à l’est du canal de Suez et les forces israéliennes occupant la région du Sinaï. Les combats prendront fin le 8 août 1970 après l’approbation par le président égyptien Abdel Nasser de l’initiative du secrétaire d’État américain Rogers pour un cessez-le-feu. La Guerre d’Usure comprenait de multiples attaques dans le Sinaï et même dans des zones complètement en dehors de la zone de conflit, comme le bombardement d’un "excavateur israélien" dans l’Océan Atlantique. Parmi ses opérations les plus importantes figuraient la bataille d’Al-Esh et la destruction du port d’Eilat par des hommes-grenouilles égyptiens tuant des dizaines de soldats israéliens et faisant couler le destroyer Eilat au nord-est de Port-Saïd. Cette bataille a vu la toute première utilisation de missiles "sol-sol", et a entraîné une lourde perte pour les forces navales israéliennes, d’autant plus que ce destroyer était d’une grande importance pour la marine israélienne. Cette période a aussi été marquée par une vague d’attentats à l’extérieur du territoire israélien dans une tentative palestinienne d’exporter le conflit hors du Proche-Orient.

 

1973 : la Guerre d’octobre

L’alliance des pays arabes a affronté l’armée d’Israël au mois d’octobre 1973. Cette guerre s’est terminée avec la première vraie victoire des Arabes dans leur longue confrontation avec Israël. Les forces arabes ont lancé une attaque-surprise le 6 octobre 1973 à 14h.
 

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Les forces arabes unifiées lors de la Guerre d'octobre © DR


L’effet de surprise n’a pas permis au ministre israélien de la Défense, Moshé Dayan, de prendre les mesures nécessaires pour repousser l’attaque, menée un jour considéré comme la fête religieuse juive la plus sacrée, à savoir Yom Kippour. Les Arabes semblaient s’être rangés derrière un seul objectif, qui est de restaurer «l’honneur», bafoué par la guerre de 1967 et sa cruelle défaite. Huit mois avant le lancement de l’attaque, les présidents égyptien Al-Sadate et syrien Al-Assad se sont mis d’accord sur un plan commun, en déclarant la guerre à Israël sur deux fronts différents au même moment. L’armée syrienne, qui a subi de lourdes pertes au début de la guerre a été soulagée par le soutien apporté par l’armée égyptienne qui a traversé le canal de Suez et l’arrivée des troupes arabes sur le front syrien, rétablissant l’équilibre du front et obligeant les Israéliens à arrêter leur avance vers la capitale, Damas.

En effet, si les deux pays qui ont ouvert le front de leur guerre contre Israël étaient l’Égypte et la Syrie, derrière eux se tenait un groupe de pays arabes dans un bloc sans précédent, que ce soit avant ou après 1973. Contrairement à la guerre de 1967, les Arabes du début des années 1970 semblaient plus déterminés à récupérer les terres perdues lors de la défaite précédente, et des mois avant le déclenchement de l’affrontement, ils ont commencé à mobiliser leurs troupes et à renforcer les rangs des deux armées arabes directement impliquées dans la guerre, à savoir l’armée syrienne et l’armée égyptienne. De gros bataillons sont venus d’Irak, du Maroc, du Soudan et d’Algérie, et certaines sources israéliennes ont confirmé l’affrontement avec des forces saoudiennes et koweïtiennes sur le front syrien, bien que le rôle des pays du Golfe sera plus important dans l’utilisation de l’arme pétrolière contre les puissances occidentales soutenant Israël. Six ans après la Guerre d’octobre, Anouar Al-Sadate signe un traité de paix avec Israël, le premier entre un pays arabe et l’État hébreu.
 

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Le président palestinien Mahmoud Abbas affichant un document avec les réductions successives des territoires palestiniens pour finir avec 15% s'il accepte les "Accords d'Abraham" © DR

Après les guerres de 1948, 1956, 1967, l’usure, et octobre 1973, Israël lance sa sixième guerre. L’État hébreu envahit le Liban (1982-1985), et transforme ses terres en champ de bataille avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et la Syrie. À la fin des années 1980, la résistance des forces nationales libanaises commence avec des opérations douloureuses contre l’armée israélienne. Le conflit se poursuit dans le sud du Liban entre la résistance libanaise et le peuple palestinien d’une part, et les forces d’Israël et de ses alliés d’autre part pendant 18 ans. Aujourd’hui encore, une paix juste et durable semble improbable condamnant cette terre sainte à une guerre interminable entre les descendants du prophète Ibrahim.

 

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