CAN 2025 : sanctions, confusions et serviette
Dans les cafés, il n’est pas rare d’entendre un groupe d’amis discuter de 98, 2022 ou autres finales marquantes pour l’histoire du football. Eh bien, il y en a une nouvelle à ajouter à l’agenda. Polémiques, communiqués disciplinaires, décisions que personne ne digère… La finale de la CAN 2025, disputée au Maroc face au Sénégal, mérite clairement son terme « historique. Enfin, pour cela, faudrait-il encore que cette histoire soit bouclée.
Ah cette finale, où chaque décision semblait ajouter une couche à un mille-feuille déjà indigeste. Trop de VAR tue la VAR, trop de contestation tue le football et trop de flou finit toujours par nourrir les soupçons.
Alors quoi, faut-il sanctionner tout le monde pour ne fâcher personne ? Punir sans réparer ? La recette est connue et elle laisse rarement un goût de justice derrière elle. La décision finale de la CAF, censée refermer le dossier, a au contraire ravivé les braises. Il n’y a pas eu d’annulation, pas de remise en cause du résultat, mais une série de sanctions qui donnent l’étrange impression que la gravité des faits s’est calculée en termes politiques plutôt que sportifs. A force de vouloir équilibrer les responsabilités, on finit par frustrer tout le monde.
Un vrai cas d’école cette finale. Un cas à analyser !
Description des faits
Pour ceux qui n’étaient pas là, où qui habiteraient sur une autre planète, voici le déroulement des faits… Pour les autres, rendez-vous dans la partie suivante.
La finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal devait être l’aboutissement d’un mois de fête footballistique sur le sol marocain. Elle s’est transformée en une soirée en controverse internationale. Dès le coup d’envoi, l’intensité est maximale, le Maroc, poussé par un stade acquis à sa cause, cherche à imposer son rythme. Le Sénégal, plus physique, répond coup pour coup. Rien d’anormal pour une finale continentale.
Le match se durcit à mesure que le temps s’étire, les fautes se multiplient, les protestations aussi, l’arbitrage devient l’acteur principal de la rencontre, chaque décision étant scrutée, contestée, amplifiée par un contexte déjà très électrique. La VAR entre en scène. A ce stade, la finale est un réel test de nerfs.
L’élément déclencheur survient sur une décision arbitrale, prise après consultation de la VAR. Une décision que le camp sénégalais juge inacceptable. La réaction est immédiate et spectaculaire, le staff sénégalais proteste avec virulence, l’entraîneur donne des consignes qui conduisent ses joueurs à quitter temporairement la pelouse, le match est donc interrompu. Le stade retient son souffle, la scène est surréaliste, surtout à ce niveau de compétition !

Pendant cette interruption, la tension déborde du cadre strictement sportif. Des mouvements de foule sont signalés, des supporters envahissent certaines zones, du matériel est endommagé. Les forces de l’ordre interviennent pour rétablir le calme. Sur le terrain, les officiels tentent de ramener les joueurs sénégalais à la raison. Le match finira par reprendre, mais l’atmosphère n’est plus la même.
Lorsque le jeu reprend, le football n’est plus au rendez-vous. Les décisions arbitrales sont accueillies par des sifflets, les gestes sont surveillés à la loupe. La rencontre ira à son terme, avec un Sénégal sacré champion.
Après le coup de sifflet final, et même avant, rien ne s’apaise, avec des incidents dans les tribunes, usage de lasers, jets d’objets, comportements jugés contraires aux règlements. Sur le terrain, certains joueurs marocains interviennent pour retirer des objets étrangers au jeu. Là encore, ces gestes feront l’objet d’interprétations divergentes ! Nous y reviendrons plus tard.
Dans les heures qui suivent, la Confédération africaine de football ouvre un dossier disciplinaire. Les images sont examinées, les rapports des officiels compilés. Plusieurs jours plus tard, la CAF rend sa décision avec des sanctions financières et sportives qui sont prononcées à l’encontre des deux fédérations, ainsi que contre certains joueurs et membres du staff. Le résultat du match, lui, est maintenu.
Ainsi s’achève officiellement la finale de la CAN 2025.
Quand la justice sportive se perd en route
A la lecture de la décision disciplinaire de la CAF, Aziz Daouda, directeur technique et du développement de la Confédération africaine d’athlétisme, n’a pas vu de fermeté, encore moins de cohérence, il a surtout vu de la confusion. « Je ne sais pas où vous avez vu de la sévérité, parce que moi, j’ai vu plutôt de la confusion », tranche t-il.
Malaise autour du verdict censé clore l’un des épisodes les plus chaotiques de l’histoire de la CAN. Parce que pour Daouda, à la base, il n’y avait pas de conflit Maroc-Sénégal. « Le conflit était entre l’équipe du Sénégal et l’instance, à travers l’arbitre. Le Maroc n’a jamais été partie prenante de ce conflit », rappelle-t-il. L’arbitre siffle, prend une décision, discutable ou non, et une équipe refuse de l’accepter. Et pourtant, la CAF a choisi de placer tout le monde dans le même panier, comme si cela permettait de clore l’affaire plus vite.
Sanctionner le Maroc n’est pas, en soi, choquant, Aziz Daouda ne le nie pas. « Le Maroc a probablement fait aussi des bêtises qui pouvaient être sanctionnées », admet-il. Lasers, fumigènes, débordements de supporters, rien de nouveau sous le soleil des grandes compétitions. Mais là où l’ancien responsable sportif s’étrangle, c’est dans l’amalgame. « Pourquoi mettre les deux sanctions dans le même dossier et faire croire qu’il y avait un conflit Maroc-Sénégal ? C’est archi-faux », lâche-t-il.
Le cœur du problème se niche surtout dans la sanction infligée à l’entraîneur sénégalais, que Daouda considère comme le déclencheur de tout. « Son comportement a été invraisemblable. C’est lui qui a mis le feu aux poudres », insiste-t-il. Cinq matchs de suspension ? Une tape sur les doigts. « Cinq matchs, ce n’est rien du tout. Absolument rien du tout », martèle-t-il, rappelant que ces matchs pourront être purgés sur plusieurs années, peut-être même sans que l’intéressé soit encore en poste.
La goutte à faire déborder n’importe quel vase marocain demeure tout de même la sanction d’Achraf Hakimi. Sanctionné pour avoir voulu retirer un objet qui n’avait rien à faire sur le terrain. « Quelle faute a commise Hakimi, sinon vouloir enlever une serviette ? », interroge Daouda, visiblement abasourdi. Ce n’est plus de la pédagogie disciplinaire, mais du théâtre administratif.
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« Ce n’est pas le football africain qui a été touché, c’est l’Afrique », alerte Aziz Daouda, évoquant l’image renvoyée au monde, les vieux clichés ravivés et une occasion manquée de montrer que le football africain sait se gouverner avec hauteur. Car une coupe, rappelle-t-il avec une lucidité presque cruelle, « c’est une ligne dans un CV que le temps oublie ». Ce qui reste, en revanche, ce sont les souvenirs des décisions qui continueront longtemps à faire débat.
L’image du football marocain après la CAN
Quand on organise une CAN à domicile, on espère écrire une célébration continentale, pas une tragédie shakespearienne en trois actes. Le rêve collectif s’est transformé en brasier médiatique.
À Rabat, la soirée aurait dû être celle de la consécration d’une équipe, au lieu de cela, elle s’est terminée dans un nuage de polémiques disciplinaires, de sanctions financières et de critiques acerbes venues de tous horizons. Sans surprise, cette tempête médiatique a impacté la réputation du Maroc, et par extension, celle du football africain, au moment même où le pays espère briller sur la scène internationale, notamment en vue de la Coupe du monde 2030.
Pour preuve, il n’a fallu que quelques jours à Rafael Louzan, président de la Fédération royale espagnole de football (RFEF), pour se targuer d’avoir la finale de la Coupe du monde en Espagne ! Fausse information, évidemment.
Pour un observateur neutre, cela peut ressembler à un débat stérile, mais pour un Marocain, cela touche à la fierté nationale !
La CAF elle-même a tenté de recadrer la narrative, en condamnant les comportements « inacceptables » tant sur le terrain que dans les gradins, tout en annonçant des sanctions contre les deux fédérations.
De nombreux commentateurs et supporters marocains n’ont pas tardé à exprimer leur frustration, certains allant jusqu’à déplorer que l’organisation du tournoi se termine sur une note où « l’image du football africain » ait pris plus de coups que le ballon lui-même. D’autres se sont interrogés, parfois avec amertume, sur le réel bénéfice de cet événement sur la réputation du Royaume, malgré une logistique saluée par certains.
Sur les réseaux et dans les forums, la discussion est tout aussi vive. Beaucoup estiment que la couverture médiatique internationale a davantage focalisé sur la controverse que sur la qualité du jeu, une erreur de narration coûteuse pour une nation qui rêvait de fêter son second titre continental depuis 1976.
Le rôle de la FIFA
En revanche, la commission aurait dû être beaucoup plus inspirée pour l’avenir du football africain. Et puis, se pose la question de la FIFA : peut-elle reprendre ce dossier et infliger des sanctions plus lourdes ? Sur le plan strictement réglementaire, les sanctions prononcées par la Confédération africaine de football (CAF), quelles qu’elles soient, ne s’appliquent a priori qu’aux compétitions qu’elle organise (CAN, qualifications africaines…). Elles n’ont aucune portée automatique sur les compétitions internationales placées sous l’égide de la FIFA, comme les éliminatoires ou la Coupe du monde. C’est la règle générale du Code disciplinaire de la CAF lui-même.
Ceci dit, la FIFA dispose bien d’un mécanisme pour étendre ces sanctions à l’échelle mondiale si elle le juge nécessaire. L’article 70 du Code disciplinaire de la FIFA prévoit qu’une confédération, une association membre ou « toute autre organisation sportive » peut formuler une demande formelle à la FIFA pour que ses sanctions soient appliquées dans les compétitions internationales. Cette demande doit être déposée par écrit via le Portail juridique de la FIFA, avec tous les éléments du dossier. La Commission de discipline de la FIFA examine alors souverainement l’opportunité d’étendre ces sanctions au-delà du seul cadre continental.
En outre, la FIFA n’est pas passive, elle peut aussi s’autosaisir. Si sa Commission de discipline estime que la gravité des faits le justifie, en particulier lorsque l’incident porte atteinte à l’intégrité du jeu ou à l’image du football mondial, elle peut décider d’office d’appliquer ou d’étendre des sanctions au niveau international, même sans requête explicite de la confédération concernée.
La jurisprudence de la FIFA démontre qu’elle n’hésite pas à sanctionner des fédérations nationales pour des manquements graves (par exemple pour ingérence politique ou violations statutaires), en suspendant une association entière de toutes compétitions internationales.
Enfin, si une partie estime que la FIFA a mal appliqué ses propres règlements ou violé les principes du droit du sport, il est possible, en dernier ressort, de porter l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS/CAS), dont les décisions sont contraignantes et peuvent annuler ou modifier les sanctions disciplinaires.
Finalement, la meilleure réponse à cette finale polémique ne viendra ni d’un recours, ni d’un communiqué, mais du futur.