Façade olympique
Dakar accueille la jeunesse du monde. Et le communiqué triomphal s’arrête exactement là où commencent les vraies questions. Samedi 31 octobre, au stade Abdoulaye-Wade de Diamniadio, on ouvrira les JOJ 2026. Premier événement olympique jamais organisé sur le continent. Près de 2.700 athlètes sont logés sur le campus de l’université Amadou Mahtar Mbow. Le Sénégal aligne 136 sélectionnés, la plus grosse délégation, devant la France.
Mais le Sénégal ouvre ces Jeux lourdement endetté, coincé dans une crise économique et politique. On a rénové le stade Iba-Mar-Diop pendant près de deux ans, refait à neuf la piscine olympique de plein air, planté des luminaires sur la corniche jusqu’à la veille de la cérémonie. On a ravalé la façade pour la photo. Huit sites, trois villes, dont Saly, à 80 kilomètres de la capitale. Combien d’argent public pour que les caméras trouvent Dakar présentable ? Les autorités se gardent bien de chiffrer ce qui restera réellement utile aux Sénégalais une fois les délégations rentrées chez elles.
Pékin, elle, ne laisse rien au hasard. 66 athlètes chinois, dont 50 filles, dans 21 disciplines. Près d’une centaine de Sénégalais envoyés s’entraîner en Chine. Des coachs de wushu dépêchés sur place (discipline qui entre au programme olympique). Alibaba a installé une partie de l’infrastructure numérique et promet de laisser le système au pays. On appellera ça de la coopération. Un cadeau informatique qui reste en place longtemps après les Jeux, ça fabrique surtout une dépendance. Et personne n’a précisé qui maîtrisera les données, qui assurera la maintenance, et à quel prix.
Les médailles, on les comptera en 15 jours. L’influence, elle, se mesurera sur des années. La Chine a une stratégie : écrite, financée, suivie. Le Sénégal a une fierté… et une dette. Les jeunes qui s’élanceront à Diamniadio n’ont pas à porter ce débat. Ceux qui ont signé les contrats, si.