Dette sans issue
Il faut arrêter de se raconter des histoires. Le Sénégal doit 24.000 milliards de francs CFA. En 2026, il va devoir sortir 5.497 milliards juste pour payer les intérêts et les échéances de cette dette. Or, même dans le meilleur des cas, les recettes fiscales ne dépasseront pas 5.384 milliards. Faites le calcul vous-même : l’Etat ne gagne même pas assez pour payer ce qu’il doit.
Et pendant ce temps, on nous parle de souveraineté économique, de redressement, de dignité retrouvée.
On peut mettre les mots qu’on veut dessus. Les créanciers, eux, n’en ont rien à faire des beaux discours. Ils ont juste un tableau de remboursement sous les yeux. Le FMI a proposé de restructurer la dette. Dakar a dit non. Clair, net, plusieurs fois. Bassirou Diomaye Faye et son gouvernement ont choisi la voie de la rigueur : coupes budgétaires, marché régional, discipline.
Sur le papier, ça fait courageux. Sur le terrain, c’est autre chose. 280 milliards de moins sur le fonctionnement de l’Etat, ce n’est pas une ligne dans un Excel. C’est des salaires qui arrivent en retard, des projets qui sont gelés, des services publics qui tournent au ralenti. Ce sont les gens qui paient une dette qu’ils n’ont jamais votée.
Et il faut le dire clairement : cette dette n’est pas tombée du ciel.
L’audit a montré que, sous le mandat précédent, le déficit était deux fois plus élevé que ce qu’on nous avait annoncé : 10,4% du PIB au lieu de 5,5%. Ce n’était pas une erreur de calcul, c’était un mensonge d’Etat qui a duré des années. Et aujourd’hui, c’est encore la population qui règle l’addition.
L’Afrique connaît ce scénario par cœur. On emprunte au nom du développement, on maquille les chiffres pour rassurer les bailleurs, et le jour où il faut payer, c’est toujours le même qui trinque : le citoyen ordinaire, celui qui n’a jamais vu la couleur d’un eurobond ni d’un grand projet d’infrastructure.
Le pétrole et le gaz sénégalais changent la donne… en théorie. La croissance à 8,3% en 2025 est réelle. Mais une croissance qui sert d’abord à éteindre l’incendie de la dette n’enrichit personne tout de suite. Elle stabilise un bilan. Elle ne construit pas un pays.
Le vrai test n’est pas dans les discours de mobilisation ou les plans triennaux. Il tient en une seule question, simple et sans échappatoire : est-ce que le Sénégal peut continuer, année après année, à emprunter pour rembourser ce qu’il a déjà emprunté sans que ce cercle finisse par se refermer sur lui ?
Personne à Dakar n’a encore répondu à cette question. Ni le ministre des Finances, ni le président, ni le FMI qui attend son heure. 2028 approche. C’est l’année du pic. Et les pics de remboursement, en matière de dette souveraine, n’attendent jamais qu’un pays soit prêt.