Guerre Ukraine/Russie : le dilemme des pays africains

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Bien qu’elle joue un rôle encore marginal dans les échanges commerciaux des pays subsahariens, la Russie tient une position stratégique dans leurs importations de produits alimentaires. La flambée des prix et les difficultés d’approvisionnement en Ukraine, l’un des principaux greniers du monde, pourraient avoir des conséquences dévastatrices. Les produits alimentaires occupent un poids prépondérant dans la consommation des ménages des pays africains. Dans ce contexte, certains dirigeants font attention à ne pas froisser le maître du Kremlin, ce qui pourrait aggraver leurs problèmes.

La Russie a cessé d’être spectatrice de la compétition entre les anciennes puissances coloniales et la Chine en Afrique subsaharienne. Au cours des dernières années, le pays a intensifié ses relations diplomatiques et militaires avec les pays de la région. Sur le plan commercial, bien qu’elle joue un rôle encore marginal dans les échanges globaux des pays subsahariens, la Russie tient une position stratégique dans leurs importations de produits alimentaires.



 



Un impact géopolitique



En partie pour ces raisons, une vingtaine de pays africains se sont abstenus ou n’ont pas pris part au vote de l’assemblée de l’ONU contre l’invasion russe en Ukraine, le 2 mars dernier. L’Erythrée, elle, soutient même l’intervention russe en Ukraine. Un conflit avec le maître du Kremlin pourrait aggraver leurs problèmes si la Russie venait à leur couper l’accès à son marché.



 



Les produits alimentaires occupent un poids prépondérant dans la consommation des ménages des pays africains. La guerre en Ukraine et les sanctions touchant la Russie constituent un facteur de déstabilisation pour plusieurs pays. «Au Nigéria par exemple, l’alimentation compte pour près de 52% de l’indice des prix à la consommation et, à la fin de l’année 2021, les prix alimentaires dans le pays étaient déjà en augmentation de 17% sur un an. Le potentiel de déstabilisation politique est donc très fort dans de nombreux pays», relèvent des analystes du groupe Crédit agricole.



 



Contenir la colère des populations



Au-delà des prix, une rupture de l’approvisionnement serait un désastre, cela sachant que les importations en provenance de l’Ukraine – elles représentent une part non négligeable dans les achats de plusieurs pays – seront fortement perturbées. En 2011, la flambée des prix des produits alimentaires a joué un rôle crucial dans le printemps arabe. Huit ans plus tard, au Soudan, l’inflation des prix des céréales avait contribué au soulèvement populaire qui a renversé le régime en place. Face à ces risques, les dirigeants africains se préoccupent en priorité de leurs intérêts. C’est le cas un peu partout. À l’inverse des États-Unis qui ont décrété un embargo complet sur leurs importations d’hydrocarbures russes, les européens ont indiqué qu’ils ne pourraient pas adopter une telle position en raison de leur dépendance au gaz et au pétrole russe.


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