Afrique : l’emploi des jeunes face à une pression démographique croissante

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Afrique : l’emploi des jeunes face à une pression démographique croissanteChômage en Afrique © DR
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L’Afrique est confrontée à un défi majeur : offrir suffisamment d’emplois à une population jeune en forte progression. Le rapport Global Employment Trends for Youth 2026 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) montre que les difficultés d’insertion professionnelle restent particulièrement importantes sur le continent, même si elles prennent des formes différentes entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.

L’Afrique subsaharienne concentre près des deux tiers de l’augmentation de la population mondiale des jeunes. Cette tendance devrait se poursuivre dans les prochaines années. Des millions de jeunes arriveront donc chaque année sur le marché du travail, alors que la création d’emplois ne progresse pas toujours au même rythme.

Cette évolution représente à la fois une opportunité et un risque. Une population jeune peut soutenir la croissance, stimuler la consommation et renforcer la productivité. Mais sans emplois suffisants et de qualité, cette dynamique peut également accentuer le chômage, l’inactivité et la précarité. Pour l’OIT, la progression du nombre de jeunes en dehors de l’emploi, de l’éducation ou de la formation constitue déjà un signe de découragement croissant.

Le paradoxe du chômage en Afrique subsaharienne

En Afrique subsaharienne, le taux de chômage des jeunes était de 8,4% en 2025, soit quatre points de moins que la moyenne mondiale. Ce chiffre pourrait donner l’impression d’une situation relativement favorable. Pourtant, il masque une réalité beaucoup plus fragile.

Dans de nombreux pays, les jeunes ne peuvent pas rester sans activité, même lorsqu’ils ne trouvent pas d’emploi stable. Ils sont donc contraints de se tourner vers l’économie informelle afin de disposer d’un revenu. Le faible taux de chômage ne signifie ainsi pas nécessairement que les jeunes ont accès à des emplois décents.

Selon l’OIT, près de neuf jeunes travailleurs sur dix dans les pays à faible et moyen revenu inférieur occupent un emploi informel. Une grande partie d’entre eux travaille également dans des conditions précaires, notamment comme travailleurs indépendants ou dans des emplois temporaires. Ces activités offrent souvent peu de stabilité et ne garantissent pas une protection sociale suffisante.

Lire aussi : NEET, les oubliés de la transition

Le rapport met également en évidence la progression du phénomène des jeunes « NEET », c’est-à-dire ceux qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. En Afrique subsaharienne, le taux de NEET atteignait 21,6% en 2025, légèrement au-dessus de la moyenne mondiale de 20%.

Cette situation est particulièrement préoccupante. Contrairement au jeune chômeur qui recherche activement un emploi, le jeune NEET se trouve en dehors du marché du travail et du système éducatif ou de formation. Son retour vers l’activité économique peut donc être plus difficile.

Avec l’augmentation continue de la population jeune, une hausse du nombre de NEET pourrait représenter une perte importante de potentiel humain pour les économies africaines.

L’Afrique du Nord face à un chômage élevé

L’Afrique du Nord connaît une situation différente. La région affiche l’un des taux de chômage des jeunes les plus élevés au monde. En 2025, celui-ci atteignait 22,6%, tandis que le taux de NEET s’établissait à 30,1%. La région fait également partie de celles où le chômage des jeunes a le plus augmenté entre 2023 et 2025. Cette évolution traduit des difficultés persistantes dans la transition entre l’école et le marché du travail.

Le problème ne concerne pas uniquement les jeunes sans qualification. L’accès à un emploi correspondant aux compétences acquises demeure également difficile pour une partie des diplômés. Le décalage entre les formations disponibles et les besoins des économies constitue ainsi un enjeu important.

Les difficultés d’accès à l’emploi touchent particulièrement les jeunes femmes. À l’échelle mondiale, leur taux de NEET atteignait 27,4% en 2025, contre 13,1% pour les jeunes hommes. Plus de deux tiers des jeunes en situation de NEET étaient des femmes.

En Afrique du Nord, comme dans plusieurs autres régions, les responsabilités familiales non rémunérées, les discriminations et l’accès limité aux emplois de qualité constituent des obstacles importants à leur participation économique.

Cette situation représente un double défi. Elle limite les possibilités économiques offertes aux femmes tout en privant les économies africaines d’une partie de leur potentiel de travail et de compétences.

Lire aussi : Afrique du Sud : Pretoria vise 3% de croissance annuelle pour soutenir l’emploi

Pour l’Afrique subsaharienne, l’un des principaux enjeux consiste donc à transformer les emplois informels en emplois plus productifs et mieux protégés. La question n’est pas seulement de faire baisser le chômage, mais d’améliorer la qualité des emplois disponibles.

La création d’entreprises, le développement des secteurs productifs et l’intégration dans les chaînes de valeur internationales peuvent contribuer à élargir les possibilités d’emploi. L’investissement dans les compétences constitue également une priorité.

Le rapport de l’OIT relève notamment une évolution positive des emplois hautement qualifiés dans les domaines des sciences, de l’ingénierie, de la santé et des technologies de l’information et de la communication. Ces secteurs progressent dans les économies à faible et moyen revenu.

L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle incertitude

La transformation technologique constitue un autre défi. L’OIT estime que 6,1% des emplois occupés par les jeunes de 15 à 29 ans se trouvent dans des catégories particulièrement exposées à l’intelligence artificielle.

Pour les économies africaines, l’enjeu sera de profiter des nouvelles opportunités liées au numérique tout en limitant les effets négatifs de l’automatisation sur certains métiers. Les compétences devront évoluer rapidement afin de permettre aux jeunes de s’adapter aux transformations du marché du travail.

L’OIT recommande notamment de développer des compétences combinant connaissances techniques, capacités sociales et aptitudes cognitives, ainsi que de renforcer la formation tout au long de la vie.

Face à ces défis, l’Afrique doit placer l’emploi des jeunes au centre de ses politiques économiques et sociales. L’objectif ne consiste pas uniquement à créer davantage de postes, mais à garantir des emplois offrant stabilité, revenus, droits et protection sociale.

L’OIT préconise une approche reposant sur quatre axes : créer des opportunités d’emploi, améliorer l’éducation et la formation, faciliter la transition vers le marché du travail et renforcer la protection sociale.

Pour l’Afrique, l’enjeu est considérable. Sa jeunesse constitue l’une de ses principales ressources. Si les économies parviennent à transformer cette force démographique en emplois productifs, elle peut devenir un moteur de croissance. À l’inverse, l’absence de perspectives risque d’alimenter durablement l’informalité, l’inactivité et le découragement.

Le défi africain n’est donc pas seulement démographique. Il est avant tout économique : donner à une génération de plus en plus nombreuse les moyens de participer pleinement au développement du continent.

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