L’unité d’Addis

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passeport union africainePasseport de l'Union africaine © DR
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N’Djamena, 15 juillet. Un maréchal monte à la tribune d’un forum sur l’eau et, presque en passant, referme un dossier vieux de 60 ans. Plus de visa pour aucun Africain, dès janvier 2027. « Le Tchad, pays de Toumaï, berceau de l’humanité », dira-t-il. La phrase est belle. Le geste, lui, est rare. Il fait du Tchad le huitième pays du continent à sauter le pas après le Congo de Sassou Nguesso, en mai, après le Togo, après le Kenya, le Rwanda, le Ghana, la Gambie, le Bénin. Huit sur 54.

Un Malien qui veut aller en Algérie remplit un dossier. Un Camerounais qui veut aller en Angola aussi. 60 ans après Nkrumah, ça continue. On a un passeport de l’Union africaine depuis 2016. Bordeaux, doré, joli objet. Combien de citoyens ordinaires l’ont vu de leurs yeux ? Zéro, ou presque. Un fonctionnaire d’Addis-Abeba nous l’a montré une fois, à une conférence. Il le gardait dans une pochette plastique, comme une relique.

Le Kenya, lui, a franchi le pas. Vrai. Depuis 2025, plus besoin de visa pour la quasi-totalité des nationalités africaines, Somalie et Libye exceptées. Le Rwanda avant lui. Le Ghana, la Gambie, le Bénin aussi. Bonnes nouvelles, on ne va pas mentir. Mais posez la question autrement : pourquoi ces pays font exception et les autres font système ? Le Tchad vient d’y répondre à sa façon – mais N’Djamena elle-même n’a encore rien dit des modalités. Durée de séjour, contrôles aux postes-frontières : silence radio. L’annonce est spectaculaire. Le décret d’application, lui, attendra.

La Zone de libre-échange continentale existe sur le papier depuis 2021. Les marchandises circulent, en théorie. Les corps, eux, non. On a réglé le sort des containers avant celui des humains. Ça en dit long sur l’ordre des priorités.

Berlin, 1885. Les lignes tracées à la règle sont toujours là. Un diplomate sénégalais disait l’an dernier, mi-figue mi-raisin : on a hérité des frontières, on n’a jamais hérité du courage de les rouvrir. Le refrain, on le connaît : toucher aux tracés, c’est ouvrir la boîte du chaos. Sacralisées, donc. Au nom de quoi, déjà ? De la stabilité. Sauf que l’immobilisme a un coût lui aussi, silencieux celui-là. Des générations entières qui ne connaissent le pays d’à côté que par une chaîne étrangère.

Le panafricanisme des chancelleries reste un panafricanisme de vitrine. Costumes noirs, discours chauds, photos de famille devant un drapeau étoilé. Le vrai test, ce n’est pas le sommet. C’est le guichet. C’est Rabat, Alger, Le Caire, Kinshasa, où le tampon se fait toujours attendre. C’est le regard d’un douanier sur un passeport soudanais ou malien. Ce regard-là ne ment pas, lui.

Le panafricanisme n’est pas mort. Il a juste refusé, pendant six décennies, de sortir des livres pour entrer dans les aéroports. Un ancien ministre ivoirien confiait, dans un couloir, hors micro : « On signe l’unité à Addis, on la range au retour ». 30 ans après, la phrase tient toujours. N’Djamena, en 2027, dira si elle a enfin appris à la dérouler.

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