Burkina Faso-France : une rupture qui redessine les équilibres au Sahel

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Pourquoi la France quitte le Burkina Faso ?Une manifestation contre la France, à Ouagadougou le 4 octobre 2022. © Kilaye Bationo / AP / SIPA
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Le Burkina Faso a annoncé, vendredi 27 juin, la rupture de ses relations diplomatiques avec la France, une décision qui vient consacrer une dégradation progressive des liens entre les deux pays depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré. Les autorités burkinabè accusent Paris d’« activisme incessant » contre leurs intérêts et de soutenir des réseaux hostiles au régime. La France a dénoncé une décision « hostile et sans fondement ».

Pour Frédéric Lejeal, spécialiste du Burkina Faso, cette rupture ne constitue pas une rupture soudaine mais l’aboutissement d’un processus engagé depuis plusieurs années. « La rupture est consommée depuis longtemps », estime-t-il dans un entretien accordé à RFI, rappelant que les relations bilatérales s’étaient déjà fortement détériorées avec le départ des forces françaises, la suspension de la coopération militaire et le rappel de l’ambassadeur français à Ouagadougou.

Le point de bascule remonte notamment au retrait de l’opération Barkhane, décidé sous la pression des autorités burkinabè, qui reprochaient à la présence militaire française son incapacité à enrayer la progression des groupes armés. Malgré ce départ, la menace terroriste reste persistante dans le pays, confronté aux attaques de groupes comme le JNIM et l’EI au Sahel.

La décision intervient également dans un contexte de tensions accrues avec les partenaires occidentaux. Une récente intervention du général Christophe Gomart devant le Parlement européen, critiquant la situation des libertés publiques et les résultats des autorités burkinabè dans la lutte antiterroriste, a provoqué la colère de Ouagadougou. L’ambassadeur de l’Union européenne au Burkina Faso avait ensuite été convoqué par les autorités.

Lire aussi : Maroc-Burkina Faso : un partenariat judiciaire qui se renforce

Une recomposition géopolitique

Cette rupture s’inscrit dans une recomposition géopolitique plus large au Sahel. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), développent une coopération renforcée et affichent un discours commun de défiance envers les puissances occidentales. Ces régimes militaires se rapprochent notamment de nouveaux partenaires comme la Russie, dans une logique revendiquée de diversification des alliances.

Selon Frédéric Lejeal, cette orientation répond aussi à des enjeux internes. Face aux difficultés sécuritaires, aux pertes territoriales et à la crise humanitaire, les autorités burkinabè cherchent à maintenir le soutien populaire en mettant en avant la lutte contre des « ingérences étrangères ». Le régime affirme ainsi défendre une souveraineté nationale menacée.

Sur le terrain, les conséquences immédiates pour les ressortissants et les entreprises françaises restent limitées. Les autorités burkinabè ont indiqué que les Français et les acteurs économiques pouvaient continuer leurs activités, à condition qu’elles s’inscrivent dans les intérêts du pays.

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