Afrique de l’Ouest : la BCEAO abaisse ses taux dans un contexte de déflation

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Afrique de l’Ouest : la BCEAO abaisse ses taux dans un contexte de déflationSiège de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) © DR
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Dans un contexte international marqué par de nombreuses incertitudes, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a décidé d’assouplir sa politique monétaire afin de soutenir l’activité économique dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). L’institution mise notamment sur une croissance solide et sur une inflation devenue négative pour faciliter l’accès au financement.

À l’issue de sa réunion ordinaire tenue à Dakar le 4 mars, le Comité de politique monétaire (CPM) de la BCEAO a annoncé une réduction de 25 points de base de ses principaux taux directeurs. Cette décision entrera en vigueur le 16 mars.

Le taux directeur principal a ainsi été ramené de 3,25% à 3,00%, tandis que le taux du guichet de prêt marginal passe de 5,25% à 5,00%. En revanche, le coefficient des réserves obligatoires demeure inchangé à 3%.

Dans un communiqué signé par son président, Jean-Claude Kassi Brou, la Banque centrale souligne que cette mesure devrait « contribuer à renforcer l’assouplissement des conditions de financement de l’activité économique au sein de l’UEMOA ».

Un changement de cap après une période de resserrement monétaire

Cette décision marque une nouvelle étape dans l’évolution de la politique monétaire de l’institution. Ces dernières années, la BCEAO avait adopté une stratégie plus restrictive afin de contenir les pressions inflationnistes.

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L’inflation avait en effet atteint 8,4% en octobre 2022, sous l’effet de la flambée des prix de l’énergie et des perturbations économiques liées à la guerre en Ukraine. Pour y faire face, la Banque centrale avait entamé dès juin 2022 une série de hausses de taux, portant progressivement son taux directeur à 3,50% en décembre 2023, un niveau qui est resté inchangé durant toute l’année 2024.

Cette politique restrictive intervenait alors que l’inflation dépassait l’objectif fixé par la BCEAO, compris entre 1% et 3%. Au deuxième trimestre 2024, elle avait atteint 4,1%, notamment en raison d’une campagne agricole moins favorable, de perturbations d’approvisionnement liées à l’insécurité au Sahel et de la hausse des prix des denrées alimentaires importées.

Le premier signal d’assouplissement est apparu en juin 2025, lorsque la Banque centrale a abaissé son taux directeur de 3,50% à 3,25%, profitant du ralentissement de l’inflation, retombée à 2,3% au premier trimestre 2025. La décision de mars 2026 constitue donc la seconde étape de ce cycle de détente monétaire.

Une inflation devenue négative dans l’Union

La nouvelle baisse des taux intervient dans un contexte inédit pour l’Union : l’inflation est passée en territoire négatif. Au quatrième trimestre 2025, elle s’est établie à -0,8%, après -1,4% au trimestre précédent.

Ce recul des prix s’explique principalement par la baisse des coûts alimentaires. Une campagne agricole favorable a permis d’augmenter l’offre locale, tandis que le prix de certaines denrées importées a également diminué.

Sur l’ensemble de l’année 2025, l’inflation moyenne dans la zone s’est établie à 0%. Pour 2026, la BCEAO anticipe toutefois un retour progressif à un niveau positif, estimé à 1,4%, tout en soulignant que les tensions géopolitiques mondiales pourraient influencer l’évolution des prix.

Une croissance économique soutenue

Parallèlement à cette faible inflation, l’économie de l’UEMOA continue d’afficher une croissance robuste. En 2025, le produit intérieur brut (PIB) de la zone a progressé de 6,7%, contre 6,2% en 2024.

Cette performance s’explique notamment par les bons résultats de la campagne agricole, ainsi que par la dynamique des services, des industries extractives et du secteur manufacturier. Grâce à ces facteurs, l’UEMOA figure parmi les régions les plus dynamiques du monde en matière de croissance économique.

À titre de comparaison, certaines grandes économies avancées continuent de maintenir une politique monétaire prudente face aux pressions inflationnistes. La Banque centrale européenne, par exemple, conserve en mars 2026 un taux principal de refinancement de 2,15%.

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Pour 2026, la BCEAO prévoit une croissance du PIB réel d’environ 6,4%, soutenue par la solidité de la demande intérieure et par la bonne performance attendue des secteurs agricoles et miniers. L’accès au financement s’est également amélioré au sein de l’Union. Les crédits accordés à l’économie ont progressé de 5,6% en 2025, contre 4,5% en 2024.

Bien que cette progression reste modérée, elle traduit une amélioration de la dynamique de financement dans la région. La réduction des taux directeurs devrait, selon la BCEAO, contribuer à renforcer cette tendance en facilitant davantage l’accès au crédit pour les entreprises et les ménages.

Une situation extérieure globalement plus favorable

Sur le plan extérieur, l’Union a également enregistré une amélioration de sa balance commerciale. Cette évolution est liée à la hausse des exportations de pétrole et d’or, combinée à une baisse de la facture des importations énergétiques et alimentaires.

Par ailleurs, la mobilisation accrue de ressources financières extérieures par les États membres a contribué à renforcer la position extérieure de la zone. Lors de sa réunion de septembre 2025, le Comité de politique monétaire avait déjà souligné cette amélioration du solde global des échanges extérieurs.

Malgré ces évolutions positives, certains facteurs de risque persistent. À la fin de l’année 2025, la chute des prix de plusieurs matières premières agricoles a commencé à peser sur les économies productrices.

Les cours du cacao ont ainsi reculé de 43,9% en glissement annuel en décembre 2025, tandis que ceux du caoutchouc ont chuté de 23,5% et ceux du café de 19,3%. Cette tendance pourrait affecter les recettes d’exportation de plusieurs pays membres. Face à ces incertitudes, la BCEAO affirme maintenir une surveillance étroite de l’évolution de la situation économique et financière.

Le Comité de politique monétaire a indiqué qu’il continuera d’accorder « une vigilance particulière aux risques pesant sur l’évolution des prix » et se réserve la possibilité de prendre « les mesures idoines » afin de préserver la stabilité monétaire et financière au sein de l’Union. La réduction des taux directeurs apparaît ainsi comme un levier destiné à soutenir la croissance tout en maintenant un équilibre prudent face aux incertitudes internationales.

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