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Jeunesse marocaine : quel avenir ?

Bien avant la pandémie de Covid-19, le roi Mohammed VI avait décidé en 2019, de ne plus organiser la cérémonie officielle de célébration de son anniversaire au Palais royal, comme cela était de coutume le 21 août de chaque année marquant la fête de la Jeunesse. Une tradition est néanmoins liée à cette fête nationale, celle de faire le point sur les politiques publiques en faveur des jeunes du royaume ce jour-là. Nous n’allons pas déroger à cette règle…

Par Hafid El Jaï, Publié le 21/08/2021 à 08:46, mis à jour le 21/08/2021 à 12:29
         Temps de lecture 12 min.
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roi jeunes

Tout d’abord, il faut s’accorder sur la définition de jeune en termes de tranche d’âges. Il faut dire que la fourchette varie largement selon les études et les institutions. Dans plusieurs bases de données internationales, sont considérées comme jeunes les personnes âgées de 15 à moins de 25 ans. D’autres études retiennent plutôt la tranche d’âge de 15 à moins de 30 ans. Quant au Haut-Commissariat au Plan (HCP), il a opté pour un élargissement jusqu’à 44 ans parce que l’espérance de vie a augmenté et parce que les modes de consommation, de valeurs et de comportements sociaux ont changé. L’élargissement de la tranche d’âge des jeunes à 44 ans révolus permettra donc de déceler d’éventuelles évolutions à l’ère de l’ouverture économique et démocratique.

 

Petite histoire de la fête de la Jeunesse

La première célébration de la "fête de la Jeunesse" au Maroc remonte au 9 juillet 1956. Feu Mohammed V avait alors décidé de célébrer l’anniversaire du prince héritier Moulay El Hassan (futur Hassan II). Ahmed Bensouda, qui était secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports à l’époque, précisait il y a quelques années que feu Mohammed V a voulu non seulement célébrer l’anniversaire de son fils, mais également célébrer la jeunesse marocaine dont Moulay El Hassan était le symbole : un jeune marocain enthousiaste et volontaire. En effet, chaque jeune marocain considérait Moulay El Hassan comme une idole. Après l’approbation royale, le Secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports a lancé un appel à toute la jeunesse marocaine, avec toutes ses organisations et instances culturelles et sportives, pour recueillir leurs propositions de célébration aux niveaux national et local. Bensouda, qui a ensuite travaillé comme conseiller de feu Hassan II, a déclaré dans un article-souvenir : «le 9 juillet 1956, lorsqu’une célébration a été organisée au champ de courses à Rabat, les masses se sont rassemblées et des groupes d’organisations de jeunesse ont défilé en différentes tenues devant le prince héritier. La jeune génération qui a célébré l’anniversaire de Moulay El Hassan ce jour-là, est devenue celle des bâtisseurs du Maroc indépendant dont les fils ont prouvé qu’ils étaient capables non seulement de combler le vide laissé par le colonialisme, mais construire l’édifice d’un État moderne avec ses hommes, ses cadres, ses lois et ses dispositifs».

Depuis, cette fête nationale a été célébrée le 9 juillet de chaque année sous le règne de feu Mohammed V et de feu Hassan II, puis le 21 août après l’intronisation du roi Mohammed VI.

 

La place des jeunes dans la dynamique du pays

Les trois rois ont toujours prôné l’implication des jeunes dans le développement du Maroc. C’est ainsi qu’en 1957, feu Mohammed V lança la construction de la route Al Wahda (l’unité). Le défunt monarque soulignait : «Au nombre des projets que nous escomptons réaliser en vue de consolider l’unité accomplie entre les régions de la nation, du Nord au Sud, figure la création d’une route reliant Taounate à Ketama en traversant ce qui constituait auparavant un obstacle entre les deux parties d’une même nation unie. C’est ce qui nous a conduit à l’appeler la Route de l’Unité». Quelque 12.000 jeunes issus de toutes les régions avaient participé à ce chantier de 80 km et suivi, en même temps, des cours d’éducation pédagogique et civique, ainsi que des exercices militaires. Parmi les volontaires figuraient le prince héritier Moulay El Hassan et le grand leader socialiste Mehdi Ben Barka.

 

Les initiatives impliquant les jeunes sont innombrables. Arrêt sur une décision prise par feu Hassan II en 1990, à l’occasion de la fête de la Jeunesse :

Le défunt Souverain décide de créer le Conseil national de la jeunesse et de l’avenir (CNJA). Organisme consultatif par excellence, il a été chargé de contribuer à l’adaptation des systèmes d’éducation et de formation aux besoins de l’économie du pays, à la préparation adéquate de l’avenir des jeunes Marocains et à la réalisation de leur insertion dans le système productif national. Les missions du CNJA étaient multiples, notamment les recherches, études, réflexions et propositions. Celles-ci devraient être initiées dans un cadre consultatif et représentatif des différentes composantes économiques, sociales et culturelles de la société marocaine. Chapeauté par Habib El Malki, actuel président de la Chambre des représentants, ce conseil n’atteindra toutefois pas les objectifs escomptés.

Aujourd’hui, un autre organisme doit prendre le relais. En effet, la Constitution de 2011 avait institué la création du Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative. Une loi portant création de cette instance a été adoptée par le Parlement il y a quelques mois. La mise en place du Conseil doit donc être en tête des priorités du prochain exécutif.

 

Acteurs du changement ?

Selon la dernière enquête nationale sur les jeunes réalisée en 2011 par le HCP, le Maroc comptait 13,8 millions de citoyens âgés de 18 à 44 ans. Les derniers chiffres du ministère de la Jeunesse et des Sports concernent les 15-34 ans. Ils sont 11,7 millions de Marocains, soit un tiers de la population. 82 % d’entre eux n’exercent aucune activité, 50 % ont des revenus qui sont parmi les plus bas du pays et 75 % ne bénéficient d’aucune couverture médicale… 1% seulement des jeunes adhèrent à un parti politique. C’est dire leur désintérêt pour la chose publique à la veille des élections générales du 8 septembre prochain. Comment peut-on espérer une adhésion des jeunes à l’action politique alors que même le mécanisme de discrimination positive en faveur des jeunes a été abandonné pour les prochaines élections. Attendus pour constituer un atout démographique indéniable, nos jeunes continuent d’être marginalisés et de ce fait, ils rêvent d’un avenir meilleur en dehors du Maroc.

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Le gouvernement parallèle des jeunes, une initiative citoyenne lancée pour impliquer les jeunes dans l'évaluation et le suivi des politiques publiques © DR


En 2019, une nouvelle politique intégrée en matière de jeunes a été adoptée après plusieurs appels lancés par le roi Mohammed VI lors de ses discours, demandant d’accorder un plus grand intérêt à la jeunesse. «À l’instar de l’Initiative nationale pour le développement humain, Nous appelons à l’élaboration d’une nouvelle politique intégrée dédiée aux jeunes», avait déclaré le Chef de l’État dans un discours devant les membres des deux Chambres du Parlement à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire d’automne 2017. Cette nouvelle politique prévoit de renforcer la convergence des programmes tout en veillant au bon usage des ressources matérielles et humaines et à la rationalisation des efforts.

Il faut savoir que plus de 17 départements gouvernementaux disposent de politiques destinées aux jeunes, d’où l’intérêt d’harmoniser ces programmes. 34% de la population marocaine, soit 11 millions de personnes sont ciblées. Un chiffre qui représente le nombre de jeunes âgés de 15 à 40 ans au Maroc. S’agissant des axes de cette stratégie, le gouvernement indique qu’ils portent notamment sur l’écoute des jeunes et le renforcement de leurs personnalités ainsi que la facilitation de leur accès aux services de base :l’éducation, la formation et la santé. Quant à sa mise en œuvre, elle s’appuiera sur une approche horizontale prévoyant l’harmonisation de tous les programmes, une approche intégrée basée sur la participation de tous les acteurs, une approche territoriale faisant appel à l’esprit de la régionalisation avancée et une approche contractuelle reposant sur le renforcement du partenariat entre tous les intervenants. Mais au-delà de la rhétorique, jusqu’à présent, cette politique n’a pas été concrétisée. Du moins, on n’en perçoit pas encore les résultats.

 

Jeunes et nouveau modèle de développement

Dans son rapport général, la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) prévoit parmi les choix stratégiques du nouveau modèle de développement l’inclusion et l’épanouissement des jeunes, en multipliant les opportunités et voies de participation. Selon ce rapport, le développement du Maroc repose sur une jeunesse libre, épanouie, compétente, entreprenante et citoyenne qui s’accomplit, réalise ses potentialités et contribue au développement de son pays. De même, «un des enjeux critiques et majeurs du Maroc est de fournir à ces jeunes les compétences dont ils ont besoin, de leur offrir des opportunités qui améliorent leurs perspectives d’avenir, et de leur garantir des espaces d’expression, de participation citoyenne et de prise d’initiative, renforçant ainsi leur esprit de civisme, leur attachement aux fondamentaux de la Nation et leur mobilisation active au développement de leur pays», estime la CSMD, notant que les écoutes citoyennes ont fait émerger une demande importante des jeunes Marocains pour des voies d’épanouissement, leur permettant de s’exprimer, se réunir, entreprendre et de mener des initiatives. Ces demandes concernent aussi bien la culture, les arts, le sport, que les espaces publics d’expression et de création. Elles s’ajoutent aux attentes liées aux services publics de qualité (notamment pour l’éducation, la santé et le transport). Afin d’atteindre ces objectifs et de répondre à ces demandes, la Commission propose trois principaux leviers, à savoir le renforcement du système d’insertion professionnelle des jeunes à travers de nouvelles approches d’orientation et d’accompagnement et des liens plus solides avec le monde du travail. 



La fête de la Jeunesse est une occasion privilégiée pour célébrer nos jeunes, capital inestimable du Maroc de demain. Le potentiel de notre jeunesse est énorme, on l’a vu pendant cette pandémie de Covid-19. Impliqués, engagés, actifs et surtout patriotes, nos jeunes ont démontré qu’ils pouvaient agir pour leur bien-être collectif, pour leur pays. Il est regrettable de voir que les formations politiques sont dans l’incapacité de repenser leurs discours à destination de cette frange de la population afin de regagner sa confiance. Les mêmes stratégies génèrent les mêmes réactions, renforçant inéluctablement la non-participation des jeunes. Les partis sont en déphasage avec le dynamisme sociétal et le rôle actif d’une jeunesse excédée de voir en permanence les mêmes personnes d’un autre âge briguer un nouveau mandat. Si on veut que les jeunes électeurs s’investissent davantage, il faut parler leur langage et investir de jeunes candidats à même de les représenter afin qu’ils soient associés au développement du Maroc de demain aux côtés de leurs aînés.

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